Yann LeCun : «La jeunesse doit s’emparer du futur brillant que va nous apporter l’IA»
ENTRETIEN - Il est le chercheur français le plus influent du secteur de l’intelligence artificielle. Yann LeCun revient auprès du Figaro sur l’histoire mouvementée du secteur, la fausse route que représente selon lui l’I

Yann LeCun, 65 ans, couronné du prix Turing pour ses travaux sur l’apprentissage profond (« deep learning »), est parfois surnommé « le parrain de l’IA ». Professeur à l’université de New York, il a dirigé de 2013 à fin 2025 Fair, le laboratoire de recherche en intelligence artificielle du géant des réseaux sociaux Meta. Il a quitté le groupe de Mark Zuckerberg pour fonder AMI Labs, un laboratoire qui poursuit ses travaux sur les « world models », ou l’IA appliquée au monde physique.
Il s’agit selon lui de la meilleure approche pour aboutir à des machines réellement intelligentes. LE FIGARO - Comment en êtes-vous venu à étudier l’IA ? YANN LECUN - J’ai toujours eu l’ambition de découvrir des méthodes qui permettront à la machine d’arriver à une intelligence similaire à celle que l’on observe chez les humains et les animaux.
L’apprentissage en est un composant essentiel et est un grand mystère à élucider. Je n’ai pas abandonné cet espoir, c’est d’ailleurs la raison d’être d’AMI Labs ! Mais en 1983, lorsque j’ai commencé mon doctorat, le champ de ce que l’on appelle l’apprentissage machine était tabou depuis une dizaine d’années.
On ne pouvait pas mentionner cette méthode née dans les années 1950 sans être pris pour un doux dingue ! La recherche en IA était alors tournée vers les systèmes experts, qui ont suscité de gros investissements. Seule une toute petite communauté s’intéressait encore à la question de l’apprentissage machine, essentiellement au Japon.
Mais quand j’ai terminé mon doctorat à la fin des années 1980, l’apprentissage machine via les réseaux de neurones, un domaine porté d’abord par des physiciens et des psychologues experts des sciences cognitives, avait commencé à décoller. Je suis alors parti au Canada pour me connecter avec les gens que je considérais comme les locomotives de ce champ, dont Geoffrey Hinton avec qui j’ai fait mon postdoctorat à l’université de Toronto (et avec qui il remportera aux côtés de Yoshua Bengio le prix Turing 2018, NDLR). Et puis, j’ai été recruté par Bell Labs, la branche recherche du géant des télécoms AT&T, un endroit mythique.
J’y suis allé avec l’idée d’y rester deux ans et puis de revenir en France. Finalement, ce départ en Amérique du Nord a duré plus longtemps que prévu ! (Yann LeCun vit aux États-Unis).
Vous déclariez en 2016 au Figaro que « l’histoire de l’IA est une succession de déceptions » . Vous le pensez toujours ? L’histoire de l’IA est une succession de grands espoirs, de déclarations un petit peu trop optimistes, suivies par la réalisation que le problème est plus compliqué qu’on ne le pense !
Ces déceptions ont causé des « hivers de l’IA », ou plus exactement des hivers d’une approche particulière de l’IA. Les réseaux de neurones ont connu cet hiver de 1970 jusqu’à la fin des années 1980, où l’on a alors déclaré que les machines intelligentes seraient là sous dix ans.