Fraude au SMS : comment cette start-up française a transformé le vice caché des géants de la tech en or
PODCAST – Cofondateur de Prelude, Matias Berny a transformé la lutte contre la fraude au SMS en business. Après une levée de 20 millions de dollars, l’entreprise passe d’un produit antifraude à une plateforme complète d’

Matias Berny est un spécialiste de la lutte contre la fraude au SMS. Diplômé d’Epitech, il s’est formé sur le terrain, à la dure, après avoir rejoint Zenly, l’application de géolocalisation entre amis revendue à Snap, où il a dirigé l’équipe « User and Friend ». Sa mission initiale, censée durer quelques jours, est devenue un combat permanent : la vérification des numéros de téléphone par SMS représentait alors le deuxième poste de dépense de l’entreprise, juste après les salaires.
Trois problèmes structurels apparaissent rapidement. D’abord la conversion : avec 230 régions à couvrir et de multiples opérateurs mobiles par zone, acheminer un simple SMS de vérification est complexe. Ensuite les coûts, qui explosent avec la croissance. Enfin la fraude au « SMS pumping » : des acteurs situés dans la chaîne de livraison génèrent artificiellement du trafic SMS pour toucher des commissions, sans que l’utilisateur final ne s’en aperçoive – seule l’entreprise paie la facture. Matias Berny en a fait l’expérience directe chez Zenly, où un week-end de trafic anormal a englouti l’équivalent d’un trimestre de budget, sans remboursement possible des partenaires.
De cette expérience est né Prelude. La start-up combine deux approches : l’analyse de signaux de trafic (pics anormaux) et des technologies de fingerprinting développées en interne, permettant d’évaluer si un appareil Android ou iOS, ou une connexion réseau, sont légitimes. Prelude compare les latences entre plusieurs serveurs dans le monde pour situer l’origine réelle d’une requête, même derrière un VPN ou un proxy, et utilise aussi des mécanismes de « proof of work » – des calculs effectués par le processeur ou la carte graphique de l’appareil – pour distinguer un utilisateur réel d’un bot.
Le modèle économique de Prelude se veut vertueux : l’entreprise ne prend aucune marge sur le prix du SMS, qu’elle facture au coût réel, et fait payer uniquement sa couche technologique antifraude à prix fixe. Plus son volume de trafic augmente, plus elle peut négocier des tarifs SMS bas auprès des agrégateurs, ce qui bénéficie directement à ses clients.
Les usages de cette technologie de fingerprinting dépassent la simple vérification téléphonique. Dans le secteur du ticketing, elle permet de bloquer les comportements automatisés de revente sur des plateformes comme eBay. Dans les applications de rencontre, elle limite les faux profils et les bots d’arnaque.
Sept de ses dix plus gros clients sont aux Etats-Unis
Après avoir levé 8 millions d’euros en 2024, la start-up a bouclé une nouvelle levée de fonds de 20 millions cette année auprès de 20VC, avec la participation de Singular, Seedcamp, Deel et FDJ Ventures, pour faire évoluer son produit unique vers une plateforme complète d' « onboarding and trust ». Cet argent doit financer la R&D en amont, le recrutement commercial – avec des cycles de performance longs pour les nouveaux profils – ainsi que l’expansion aux États-Unis, où se trouvent déjà sept de ses dix plus gros clients.
Faux colis, vraie arnaque : cette escroquerie par SMS devient redoutable grâce à l’IA
L’entreprise compte aujourd’hui une cinquantaine de salariés, avec une forte présence parisienne jugée essentielle pour la collaboration entre équipes techniques, commerciales et produit. Elle compte parmi ses clients Alan (assurance), Alma (paiement fractionné), Birdy (racheté par Voodoo), ou encore Suno, plateforme de génération musicale par intelligence artificielle.
Sur le terrain de l’IA justement, l’entrepreneur anticipe un nouvel enjeu : l’authentification des agents conversationnels qui agiront pour le compte d’humains. Des protocoles comme le MCP commencent à structurer cette « délégation d’identité », un domaine sur lequel Prelude entend se positionner tôt, multipliant les allers-retours à San Francisco pour suivre ces évolutions.