SpaceX fait aussi saliver les laboratoires: l'industrie pharmaceutique veut fabriquer des médicaments dans l'espace qui sont bien meilleurs sans la gravité terrestre
L'introduction en bourse de SpaceX s'inscrit dans une vague d'engouement pour l'espace qui dépasse désormais le cadre de la connectivité par satellite ou des lanceurs et de la défense aérospatiale. De plus en plus d'entr

Et si la médecine tirait profit de l'économie spatiale? Si la méga-introduction en Bourse de Space X s'inscrit dans une vague d'engouement pour l'espace, notamment dans le secteur de la défense ou de la connectivité par satellite, de plus en plus d'entreprises misent sur l'orbite terrestre basse pour fabriquer des médicaments en microgravité. Les perspectives commerciales ne cessent de s'élargir à mesure que les industries aérospatiales de base mettent en place les infrastructures nécessaires, rapporte la chaîne de télévision américaine CNBC.
En 2025, la société Redwire, spécialisée dans les technologies spatiales et de défense, a créé une filiale dédiée, SpaceMD, afin de commercialiser des produits pharmaceutiques développés dans l'espace. Après avoir passé des années à mettre au point la bio-impression en orbite, elle considère que sa principale opportunité commerciale réside dans la mise au point de méthodes d'administration de médicaments aux patients. "La technologie la plus aboutie est le PIL-BOX, une nouvelle technologie de formulation de médicaments", a déclaré John Vellinger, PDG de SpaceMD, à CNBC.
"SpaceMD a déjà envoyé en orbite 54 unités PIL-BOX – des micro-laboratoires automatisés spécialisés conçus pour cristalliser des protéines en orbite – et a testé 37 composés médicamenteux", a-t-il précisé. "Nous avons collaboré avec Eli Lilly, Bristol Myers Squibb (BMS) et d’autres laboratoires pharmaceutiques, et nous leur avons présenté ces nouvelles formes cristallines. Ils souhaitent continuer à nous proposer de nouveaux candidats-médicaments", a-t-il ajouté.
La composition des médicaments perturbée par la gravité Sur Terre, la composition des préparations pharmaceutiques est constamment perturbée par la gravité, par le biais de mécanismes tels que la sédimentation, où les particules lourdes tombent au fond d'un tube à essai, et la convection, où les fluides chauds montent et les fluides froids descendent. "Dans l'espace, l'absence de gravité permet aux scientifiques de cultiver des cristaux plus uniformes et de meilleure qualité", a expliqué Phil Williams, professeur de biophysique à l'université de Nottingham, auprès de CNBC. Les cristaux cultivés en orbite terrestre basse sont donc plus prévisibles et exempts de défauts.
"Lorsque les molécules sont plus homogènes, elles sont généralement plus faciles à administrer aux patients", a ajouté Phill Williams. À l'inverse, lorsque les cristaux sont de tailles variées, les petits cristaux se logent dans les interstices des plus gros, ce qui rend le liquide plus visqueux. Ce détail compte aux yeux des scientifiques car la viscosité, autrement dit l'épaisseur d'un médicament, détermine la manière dont les patients l'absorbent.
Par exemple, les médicaments biologiques, comme les insulines ou hormones de croissance, nécessitent généralement des aiguilles de gros calibre et de longues perfusions à l'hôpital. En réduisant la viscosité, ces traitements complexes peuvent être transformés en injections fluides et indolores. Les liquides lourds et instables peuvent également être stockés sans les coûts financiers et environnementaux considérables liés, par exemple, au transport aérien en congélateur.
Le Keytruda revisité sous une formule cutanée, une première autorisée aux États-Unis et dans l'UE Redwire n'est toutefois pas pionnière dans le développement de médicaments dans l'espace. La pharmacie spatiale a d'abord vu le jour chez le laboratoire américain Merck, connu sous le nom de MSD en dehors des États-Unis. En 2014, l'entreprise a mené des expériences de cristallisation à bord de la Station spatiale internationale (ISS) afin de mieux comprendre comment l'absence de gravité influe sur les médicaments, notamment sur son anticancéreux phare, le Keytruda.
Pour rappel, le Keytruda est un anticorps synthétique qui aide l'organisme à lutter contre le mélanome, une forme de cancer de la peau, mais aussi prescrit dans le traitement de plusieurs cancers (de l'oesophage, colorectal, etc). Initialement administré aux patients à l'hôpital par perfusion intraveineuse pouvant durer plusieurs heures, les essais cliniques ont permis de mettre au point une version injectable sous-cutanée que les patients pourraient éventuellement s'administrer eux-mêmes à domicile. L'imagerie UV des échantillons prélevés lors du vol spatial a révélé que la culture des anticorps dans l'espace avait permis d'obtenir un mélange très homogène et stable, qui se dissolvait facilement.
Merck a trouvé le moyen de reproduire ces conditions sur Terre. Ce mode d'administration ne prend que quelques minutes (une minute toutes les trois semaines ou deux minutes toutes les six semaines) et a obtenu l'autorisation des agences américaine (FDA) et européenne (EMA) des médicaments respectivement en septembre et novembre 2025. Contactée par BFM Business, MSD France indique qu'une procédure d'autorisation par la Haute autorité de santé (HAS) est en cours dans l'Hexagone.
Outre MSD et Redwire, la start-up américaine Varda s'est aussi essayée à la fabrication de médicaments dans l'espace. En 2023, elle avait mené une mission dans le but de produire de façon totalement autonome du ritonavir, la molécule d'un traitement contre le Sida. Pour ce faire, Varda mise sur la production orbitale en continu et a mis au point des satellites de fabrication autonomes de 300 kg équipés de modules de rentrée atmosphérique spécialisés.
L'entreprise a récemment mené à bien le sixième vol de sa capsule, lancée à bord du Transporter-16 de SpaceX. Une feuille de route dévoilée au Royaume-Uni De l'autre côté de l'Atlantique aussi, la fabrication des médicaments dans l'espace capte l'attention des Britanniques. En début d'année, le Royaume-Uni a reconnu que les patients pourraient bénéficier de médicaments de meilleure qualité.
Il a ainsi défini une feuille de route pour la mise sur le marché de médicaments fabriqués dans l'espace. "Comme le prévoit le plan du gouvernement britannique consacré au secteur des sciences de la vie, doté d'un budget de 2 milliards de livres sterling, ces innovations pourraient élargir l'éventail des options thérapeutiques et améliorer les résultats dans l'ensemble du système de santé", peut-on lire dans un communiqué publié le 5 mars dernier. L'Agence spatiale britannique investit également dans des projets tels qu'une étude de faisabilité menée par la start-up britannique BioOrbit.
Cette dernière étudie actuellement un système évolutif permettant de cristalliser et de fabriquer des médicaments biologiques complexes dans l'espace afin de rendre possibles les traitements anticancéreux à domicile. L'entreprise a récemment débauché deux cadres supérieurs de Redwire : Molly Mulligan au poste de présidente et Ken Savin à celui de directeur scientifique.