"La France est dotée de l'arme nucléaire": le directeur général de l'armement balaie l'idée d'un "déclassement" face à l'Allemagne qui investit massivement pour sa défense
Reconnaissant une situation budgétaire "différente" entre les deux pays, le directeur général pour l'armement Patrick Pailloux refuse de "parler de déclassement de la France vis-à-vis de l'Allemagne", soulignant que notr

Alors que le général Fabien Mandon, chef d'état-major des Armées, alertait début juin sur le "décrochage" de la France par rapport à l'Allemagne, le directeur général pour l'armement Patrick Pailloux n'est pas du même avis. "Je ne parlerais certainement pas de déclassement de la France vis-à-vis de l'Allemagne", balaie-t-il dans un entretien paru dans L'Express ce dimanche 14 juin. Selon Patrick Pailloux, la comparaison entre les deux pays ne tient pas "en matière de capacités", car "la France est un pays doté de l'arme nucléaire".
Le patron de la DGA, chargé de mener à bien les programmes d'armement, reconnaît une situation budgétaire "différente" en Allemagne qui investit très massivement dans sa défense depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. L'Allemagne sort le carnet de chèques Le général Fabien Mandon se montrait bien plus alarmiste il y a quelques jours, craignant "un différentiel frappant" dans les prochaines années. "Si l'Allemagne continue à ce rythme, dans cinq ans, l'argument selon lequel nous bénéficions d'une expérience opérationnelle et d'une certaine culture ne tiendra plus.
Pour les Américains, la référence européenne devient peu à peu l'Allemagne", estimait le chef d'état-major des Armées. D'après un rapport publié en février dernier par l'Institut international d'études stratégiques, l'Allemagne est le quatrième pays qui dépense le plus en matière de défense dans le monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie. Selon ce classement, la France se trouve, elle, en huitième position.
Et l'actualisation de la loi de programmation militaire, qui doit arriver en commission mixte paritaire, et ses 36 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2030, ne changeront pas le format de nos armées. Le texte ne prévoit ni Rafale ni frégates supplémentaires. Autre problématique, les collaborations franco-allemandes battent de l'aile.
L'exemple le plus marquant concerne le programme Scaf (Système de combat aérien du futur) qui devait succéder au Rafale en 2040. Mais ce projet d'avion de combat a été enterré cette semaine par Berlin. "La fin du Scaf ne signe pas du tout la fin de la coopération franco-allemande en matière de défense", nuance pour sa part Patrick Pailloux ce dimanche.
"Dans ce cas précis, nous ne sommes simplement pas parvenus à mettre d'accord des industriels. Or, on ne peut pas construire de coopération européenne sans inclure ce volet", détaille le patron de la DGA. Concernant le projet de char franco-allemand du futur MGCS, le géant allemand de l'armement Rheinmetall a évoqué un retrait de Paris qui prévoirait de réduire drastiquement sa participation financière au budget.
Ces difficultés n'ont pas de quoi rebuter la Direction générale pour l'armement qui prévoit d'"annoncer prochainement des projets avec l'Allemagne".