La guerre en Ukraine rappelle que "le signal GPS est facile à perturber": cette entreprise normande a développé un capteur à accrocher à la cheville pour localiser quelqu'un sans recourir aux satellites
L'entreprise Sysnav, basée à Vernon dans l'Eure, a développé un capteur permettant de localiser en temps réel et en trois dimensions du personnel sans recourir aux satellites et à la technologie du GPS.

Se localiser là où les satellites et les GPS ne peuvent pas nous renseigner, telle est l'ambition de Sysnav et son projet LocIndoor. L'entreprise basée à Vernon, dans l'Eure, a mis au point un boîtier de "la taille d'une boîte d'allumettes" permettant de repérer en temps réel une personne dans un environnement où le GPS en serait incapable. Sur un champ de bataille où les brouilleurs se sont multipliés, dans une usine sensible à la taille tentaculaire, dans un immeuble en feu pour suivre en direct l'avancée des pompiers: les cas d'usage possibles, listés par David Vissière, président et co-fondateur de l'entreprise, sont nombreux.
"Les problèmes de navigation sans GPS sont connus, mais avec la guerre en Ukraine, on est passé de risque à menace constatée. Le signal GPS est très facile à perturber", explique-t-il à BFM Business. Pour protéger les travailleurs isolés ou repérer les primo-intervenants dans une situation à risque, il n'est pas impossible que le signal GPS saute.
Alors, l'entreprise se base sur la navigation magnéto-inertielle, une technologie brevetée, pour indiquer à un centre de commandement la position en temps réel et en trois dimensions de son personnel sans recourir aux satellites. L'entrepreneur prône la praticité de son capteur: un petit boîtier d'une autonomie de plusieurs heures à accrocher depuis une base à la cheville à l'aide d'un scratch. Des forces spéciales aux aéroports de Paris À l'origine, cette technologie était embarquée dans un sac à dos, une taille conséquente donc qui ne répondait pas aux besoins de leurs utilisateurs.
"Il y a un enjeu de la miniaturisation pour un boîtier qui doit compter au moins cinq capteurs espacés", détaille David Vissière. La version adaptée aux militaires est néanmoins encore aujourd'hui plus volumineuse que celle destinée aux clients du monde civil, les contraintes n'étant pas les mêmes. Car le sujet intéresse les armées françaises.
L'entreprise a été distinguée lors du Forum Innovation Défense en novembre dernier via un prix remis par le chef d'État-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill. "Une promesse pour nous de voir notre développement être accompagné, selon le co-fondateur de Sysnav. Des tests sont en cours avec des forces spéciales pour cette technologie intégrée au programme Centurion, mené par la DGA (Direction générale de l'armement), et qui finance des initiatives d'innovations.
"L'enjeu est d'aller vers un programme d'armement, développer quelques milliers de systèmes pour passer à l'échelle", espère David Vissière. Un changement de dimension que se sent prêt à assumer la société normande qui affirme produire une "solution souveraine" made in France. Mais chez Sysnav, on déplore que ça n'aille pas assez vite "lorsque la solution existe à l'état de prototype" pour équiper les fantassins français, regrettant que le projet soit soumis aux mêmes contraintes que les grands programmes d'armement avec "des temps de cycle très longs".
David Vissière plaide aussi pour "un lien plus direct" avec les utilisateurs de sa technologie. "Ces retours d'expérience ont une valeur énorme pour nous, pour adapter nos besoins", justifie l'entrepreneur, ancien ingénieur de la DGA. Des difficultés compensées d'une certaine manière par le marché civil et la part des ventes à l'export.
Ce sont plusieurs milliers d'exemplaires vendus chaque année, ce qui constitue aujourd'hui 70% de l'activité de l'entreprise normande. Par exemple, le capteur est utilisé par des industries pharmaceutiques pour juger l'efficacité d'un médicament sur la motricité d'un patient et étudier l'évolution de son pas. Sysnav équipe aussi des véhicules, comme ceux des aéroports de Paris ou les voitures radars mobiles du ministère de l'Intérieur, ainsi que les sapeurs-pompiers de Paris.
Pour l'entreprise fondée en 2008 et sa centaine de salariés, les perspectives sont réjouissantes. Entre 2020 et 2025, son chiffre d'affaires a doublé. Objectif d'ici 2031: le porter à 50 millions d'euros.