L’armée n’a que "quelques milliers" de drones et moins de 2% du budget militaire y est consacré: un rapport du Sénat juge que "la France n’est pas prête à la guerre des robots"
Un rapport du Sénat "tire la sonnette d'alarme" sur les capacités des armées françaises en matière de drones, de lutte anti-drones et d'utilisation de l'intelligence artificielle, un domaine dans lequel la France "doit m

Les armées françaises ont-elles pris le virage de la révolution des drones? Trois sénateurs, Hélène Conway-Mouret (PS), Étienne Blanc (LR) et Ronan Le Gleut (LR), "tirent la sonnette d'alarme" dans un rapport d'information, adoptée à l'unanimité par la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. "La France n’est pas prête à la guerre des robots", raison pour laquelle les trois élus "appellent à un réveil stratégique afin de faire de la robotisation la colonne vertébrale des armées françaises".
Selon eux, "les volumes disponibles, quelques milliers, restent insuffisants pour atteindre une véritable masse critique" en parallèle des "15. 000 drones utilisés chaque jour sur le champ de bataille ukrainien". "Des insuffisances capacitaires subsistent, notamment dans les domaines des drones tactiques, des munitions téléopérées, des capacités d’appui dans la profondeur ou encore des capacités de lutte-anti-drones", alertent-ils.
Des "capacités insuffisantes" face à la menace Mais l'armée l'a déjà dit à maintes reprises: hors de question de commander une pléthore de drones qui prendraient la poussière dans un hangar. "Si j'avais stocké mes drones dans un hangar il y a un an, ils seraient moins utiles aujourd'hui", estimait mi-juin le général Pierre Schill, évoquant alors "leur durée de vie limitée". Cette date de péremption pour les drones s'explique aussi par l'innovation galopante dans ce domaine.
"Les drones tels qu'ils existent aujourd'hui n'existaient pas il y a quatre ans. Il y a six mois, si on avait dû parier sur les drones, on aurait parié sur ceux télécommandés par signal vidéo. Aujourd'hui, ils sont contre-battus par le brouillage et il faut des drones filaires", illustrait alors le chef d'état-major de l'armée de Terre.
Une rapidité des cycles également observée par les sénateurs auteurs de ce rapport. "La durée moyenne séparant l’apparition d’une nouvelle technologie de l’élaboration d’une parade par l’adversaire est désormais estimée à seulement 6 semaines", estime le rapport du Sénat. La France possède aussi des "capacités insuffisantes" dans son arsenal en matière de lutte anti-drones.
"Les armées ne disposaient, à la fin de l’année 2024, que de 31 systèmes de lutte anti-drones, 150 fusils brouilleurs, 3 systèmes de lutte anti-drones navals et 8 SAMP-T (système sol-air moyenne portée/terrestre)", recensent les sénateurs. Un financement "modeste" La loi de programmation militaire, qui doit être prochainement promulguée par Emmanuel Macron après avoir été adoptée par le Parlement, consacre moins de 2% des crédits aux drones, selon le document. Un chiffre jugé "modeste au regard de son rôle désormais joué dans les conflits".
D'ici 2027, une unité robotique de combat doit être mise sur pied via le projet Pendagron mené par l'agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense. De plus en plus, les drones sont dotés d'intelligence artificielle, afin de contrer le brouillage ennemi ou pour repérer une cible ennemie. Et là encore, il y a du travail, selon les trois élus auteurs de ce rapport.
Car même si "les armées françaises ont engagé leur transformation dans ce domaine, celle-ci demeure en-deça du changement d'échelle nécessaire". "Dans le domaine de l’IA de défense, la France se doit donc de monter en puissance", plaident encore les sénateurs. Pour rattraper le retard français, le rapport partage 12 recommandations, comme "une simplification accrue des procédures d'acquisition", afin de faciliter la commande publique qui "soutiendra les PME et ETI innovantes".
Les sénateurs demandent aussi la mise en place "de nouveaux centres d’expérimentation permettant de tester drones, systèmes de lutte anti-drones et solutions d’intelligence artificielle en conditions réelles". Fin 2025, la Direction générale de l'armement, qui pilote les programmes de défense en France, a créé des centre experts référents. L'objectif: regrouper au même endroit militaires et industriels pour tester des équipements.
L'un de ces centres est dédié à la lutte anti-drone, un domaine où la France cherche à faire mieux à un prix compétitif. La guerre au Moyen-Orient et l'utilisation par l'Iran de drones low-cost Shahed a été l'occasion de tester en conditions réelles certaines innovations en la matière.