Transition énergétique : Agnès Pannier-Runacher et Hiba Farès plaident pour « l’écologie des solutions »
Agnès Pannier-Runacher, députée et ex-ministre, et Hiba Farès, présidente du directoire de RATP Dev, prônent une transition plus pragmatique qu’idéologique. De quoi ménager la souveraineté industrielle. Rencontre.

Elles ne se connaissent pas si bien, mais elles se sont retrouvées, le temps d’un débat. Agnès Pannier-Runacher, qui fut de nombreux gouvernements sous Emmanuel Macron, a jeté sa gourme de supertechno pour se frotter aux électeurs du Pas-de-Calais et se faire élire députée en 2024. Ils n’étaient pas si nombreux les macronistes à y arriver, surtout sur les terres du Rassemblement national. De quatre ans sa cadette, la Franco-Libanaise Hiba Farès, patronne de RATP Dev (25 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros), qui regroupe les activités du transporteur public en dehors de l’Ile-de-France, est aussi passée par HEC avant de filer à Harvard, alors qu’Agnès Pannier-Runacher avait opté pour l’ENA.
Deux femmes de pouvoir. Débit ultrarapide pour l’inspectrice des finances, coolitude étudiée pour la patronne. Des talents qui se complètent, au point qu’on verrait bien Farès comme ministre de l’Industrie ou des Transports d’une Pannier-Runacher promue à Matignon. Elles en rigolent.
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Revenons au thème du débat : « Transition énergétique, stop ou encore ? » Ce soir-là, on parle surtout mobilité, puisque l’assistance de The Extra Mile Le Club est composée de dirigeants de la filière. Et parce qu’elles sont incollables. Pannier-Runacher, dans une vie précédente, a été cadre dirigeante de l’équipementier Faurecia (devenu Forvia) et Farès, de par ses fonctions, connaît le métro, le train, le tramway, le bus, le covoiturage, les robots-taxis…
« On est à la ramasse par rapport à la Chine »
On démarre en présentant un sondage réalisé par Odoxa pour Challenges. Pour se faire tacler d’emblée par l’ex-ministre de la Transition énergétique, puis écologique. Inutile de diviser l’opinion pour ou contre les renouvelables ou les moteurs thermiques, « l’enjeu, c’est la consommation d’énergie, la sobriété ». Ce qui permet de dégager à la fois des solutions et du consensus : « Comme ministre, en mobilisant les acteurs économiques, j’avais réussi à réduire de 12 % leur consommation d’énergie, c’est utile, nécessaire, indispensable. »
Hiba Farès partage cette approche « non idéologisée » de l’écologie : « Pour que cela passe, il faut prendre en compte l’avis des gens, la réalité. Ne pas oublier par exemple que la voiture représente 80 % des transports en ruralité. » Pour l’avoir oublié justement, le Premier ministre Edouard Philippe avait mis le feu et provoqué l’insurrection des « gilets jaunes ». Mais chut, pas de politique politicienne s’il vous plaît.
Ce qu’elles disent haut et fort, par contre, c’est que transition écologique se conjugue mal avec souveraineté industrielle. « Le principal frein au développement des bus électriques, c’est qu’ils sont tous chinois », assène Farès. Et Pannier- Runacher se lâche : « Oui, on est à la ramasse par rapport à la Chine. » Farès reprend la main : « Prenez les trains, il est certain qu’on doit apprendre à travailler avec CRRC pour les appels d’offres. » Précision : CRRC est le constructeur chinois qui séduit de plus en plus les clients à l’international. « Vous verrez, ce sera pareil pour les avions. Pékin a prévu de prendre le lead dans ce secteur en 2040 », ajoute Pannier-Runacher.
« La transformation se fait à bas bruit »
L’assistance est tout ouïe, car l’invasion des véhicules électriques chinois est la grande affaire de ces dirigeants. Transition rime avec mutation industrielle. « Je suis élue d’un territoire où l’on a fermé les mines », rappelle la députée du Pas-de-Calais. Farès, elle, estime que la solution n’est pas la voiture, mais le développement des transports en commun. Un ange passe sur la terrasse qui accueille ce soir l’Extra Mile Le Club, cénacle peuplé de car guys.
De retour sur le terrain via une question de l’assistance. « La priorité des gens : un bus ou un train à côté de chez moi, ou moins de taxes sur mon plein d’essence ? » Réponse de la députée : « Certains ont structuré leur vie autour de la voiture, ce n’est pas la peine de la leur raconter, surtout les hommes, d’ailleurs. C’est sur ce sujet que j’ai été le plus insultée. Il y a un backlash dans les mots, mais la transformation se fait à bas bruit. »
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Et de façon plutôt radicale, à écouter Hiba Farès, qui vient de remporter un appel d’offres de trains en Normandie : « Il y a un big bang, à Caen, on va augmenter l’offre de TER de 50 % et on va doubler la fréquentation d’ici à 2030. » L’heure tourne et les voilà qui doivent conclure. Elles s’accordent sur un concept, celui de « l’écologie des solutions ». Non à l’idéologie, et vive le pragmatisme.