Un peu de malchance, beaucoup d'erreurs, la concurrence d'Action et Temu... Comment Gifi, présent dans la vie des Français depuis 45 ans, a sombré en à peine 3 ans
En 2023, un "simple" problème opérationnel s'est transformé en catastrophe industrielle. Mais le groupe souffrait déjà d'une incapacité à s'adapter à l'évolution de la demande.
Depuis mardi, c'est officiel. L'enseigne de distribution Gifi, créée en France en 1981, est en redressement judiciaire. Le tribunal de commerce de Toulouse, saisi par le groupe lui-même, a ordonné une période d'observation de six mois, et fixé une nouvelle audience au 8 janvier prochain pour évaluer l'évolution des capacités financières de l'entreprise.
"Les magasins restent ouverts et les équipes sont pleinement mobilisées sur les temps forts commerciaux de fin d'année. La direction reste en fonctions" aux côtés des administrateurs et mandataires judiciaires, tente de rassurer la direction. Un expert de la gestion des crises d'entreprises, Patrick Puy -nommé président du directoire le 12 octobre- est notamment aux manettes afin de trouver une issue à celle que Gifi traverse depuis 2023.
Une "catastrophe industrielle" Il y a encore quelques années, pourtant, le groupe était un joyau national, réunissant tous les ingrédients d'une épopée capitaliste à la française: un fondateur et leader charismatique, Philippe Ginesti, qui, précurseur sur le marché des articles de maison à prix discount, avait su, grâce à des slogans percutants, faire aimer sa marque et ouvrir plus de 600 magasins sur tout le territoire national. Que s'est-il donc passé qui puisse expliquer sa dégringolade? Cela peut surprendre, mais l'élément déclencheur a été un "simple" problème opérationnel.
En 2023, la mise en place d'un nouveau système d'information intégré, qui gère la communication entre les magasins et les entrepôts, tourne à la catastrophe industrielle. Il perturbe le pilotage des achats, la gestion des stocks et des approvisionnements des magasins, en causant des ruptures de stocks de plusieurs semaines. Et au fur et à mesure que les rayons se vident, le chiffre d'affaires et la trésorerie du groupe se creusent, avec des pertes estimées à plus de 100 millions d'euros, rappelle Olivier Meier, professeur spécialisé en stratégie et management à l'Université Paris-Est Créteil.
Plus de 25 millions de trésorerie non couverts Les dégâts commencent alors à s'enchaîner. Gifi, qui peine à payer ses fournisseurs à temps, perd leur confiance. Les assureurs-crédits dégradent la note de l'entreprise, de nombreux fournisseurs demandent à être payés avant la livraison, les problèmes de trésorerie s'installent.
Un cercle vicieux se met en place, d'autant plus pernicieux qu'il intervient juste au moment où de nouveaux concurrents redoutables arrivent en France, explique Olivier Meier: la chaîne néerlandaise de supermarchés Action, "qui repose sur une offre ultra-standardisée et un modèle logistique optimal avec des prix très bas", ainsi que les plateformes chinoises Shein et Temu, qui commencent à gagner d'importantes parts de marché. Cerise sur le gâteau: "des conditions météorologiques défavorables à compter d'avril 2024, (qui ont) pénalisé les ventes de produits saisonniers représentant environ la moitié du chiffre d'affaires du groupe", note le tribunal dans sa décision. Résultat: en 2025, l' (la rentabilité) du groupe attendu à 9 millions d'euros, ressort à -100 millions d'euros, selon la décision du tribunal.
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- BFM Business4 nov., 17:25
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