Énergie bon marché, clientèle immense, autorités « probusiness »… L’industrie française succombe toujours à l’aimant américain
Derrière les milliards d’investissements promis à Donald Trump, les groupes tricolores misent d’abord sur ce marché porteur et suivent leurs clients. En profitant, parfois, de son bouclier douanier et des aides…
À Houston, mercredi 21 octobre, l’humeur est au beau fixe autour du barbecue qui clôt la première journée du Forum Amérique du Nord des conseillers du commerce extérieur de la France. Engie, Vicat… Les industriels explorent les « nouvelles frontières de l’économie mondiale ». Un thème de circonstance : depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump rebat les cartes du commerce mondial à coups de droits de douane.
Dans ce paysage, une constante : l’appétit insatiable des groupes français pour l’immense marché américain. En juillet, Air liquide a annoncé plus de 680 millions de dollars d’investissements. Bouygues Construction a racheté l’américain Vannoy. Le 1er octobre, CMA CGM a acquis FedEx Supply Chain, valorisé 1,4 milliard de dollars. Une opération qui s’inscrit dans les 20 milliards d’investissements sur quatre ans promis par Rodolphe Saadé à Donald Trump. Le 6 mars 2025, l’image avait fait le tour du monde : le milliardaire marseillais, bras croisés dans le bureau ovale derrière Donald Trump. Le président y voyait le fruit de sa politique protectionniste.
En pleine guerre douanière avec l’Europe, les annonces françaises affluaient déjà : plus de 700 millions de dollars chez Schneider Electric d’ici à 2027, au moins 20 milliards chez Sanofi d’ici à 2030. De quoi susciter des accusations d’allégeance. À l’approche des midterms, les groupes restent discrets sur les sommes promises déjà investies en usines, rachats et R&D. Et invoquent le temps long. « De nombreux projets étaient déjà bien avancés avant ces annonces », précise-t-on chez Schneider Electric. « Il n’y a pas eu d’accélération liée à Trump. On est dans la continuité », tranche Sophie Fouillat, directrice générale stratégie d’Arkema. « Notre stratégie aux États-Unis ne dépend pas d’une administration ou d’un cycle politique particulier », élude de son côté Saint-Gobain. « Avec Trump, c’est avec lui ou contre lui, analyse un connaisseur. Certains dirigeants ont joué la carte de l’opportunisme : annoncer des investissements déjà prévus, pas toujours vérifiables, afin de flatter son ego. »
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Effet Trump ou pas, les chiffres confirment l’appétit de conquête. Selon le Bureau of Economic Analysis, les nouveaux investissements directs français aux États-Unis ont atteint 21,6 milliards de dollars en 2025, contre 4,6 en 2024. Près de cinq fois plus, mais moins qu’en 2021. L’aimant américain est moins politique que structurel. Le FMI y prévoit une croissance de 2,3 % pour 2026. Logements, infrastructures : les besoins abondent. Isoler des maisons ou bâtir des hôpitaux ne se décide pas au rythme des élections. Les data centers qui pullulent, gourmands en énergie et en matériaux, ouvrent des débouchés. Deux critères comptent pour investir, rappelle Thierry Mayer, économiste à Sciences-Po : « Les coûts et l’accès au marché. Énergie bon marché, clientèle immense : le pays coche les deux cases. » Surtout, dans cet État fédéral, le soutien va au-delà de la Maison-Blanche. « Les autorités locales sont probusiness et favorisent l’implantation des activités », souligne Matthieu Giard, membre du comité exécutif d’Air liquide, citant le Texas et la Louisiane.
Pas encore recoupée
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- Challenges31 oct., 17:00
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