Chaque minute de travail coûte 170 euros pour moderniser les rails sur l’axe Paris-Cherbourg: voici à quoi ressemblent les grands travaux de la SNCF pour régénérer son réseau à bout de souffle avec du matériel unique au monde
SNCF Réseau déploie les grands moyens pour améliorer durablement la fiabilité, le confort et la sécurité de cette ligne qui date de la fin du XIXe siècle.

C'est un enjeu majeur. Le réseau ferroviaire français a 29 ans de moyenne d'âge et les besoins de régénération sont majeurs. On le sait, l'État et la SNCF cherchent désespérément des moyens supplémentaires (+1,5 milliard d'euros par an) pour éviter un effondrement du réseau.
Pour autant, le contrat de performance sur dix ans signé en 2022 entre l'État et SNCF Réseau, l'entité de l'entreprise publique en charge du déploiement et de l'entretien des voies et des aiguillages, prévoit désormais 3 milliards d'euros pour l'infrastructure par an. De quoi financer 1. 600 chantiers majeurs dans l’ensemble des territoires pour remettre à neuf 1.
064 km de voies. De nombreux chantiers sont donc d'ores et déjà en cours, comme en Normandie, sur la ligne Paris-Caen-Cherbourg, longue de 371 kilomètres, qui a été mise en service entre 1855 et 1858. Ce chantier hors normes, d’un montant de 27 millions d’euros, constitue le principal investissement ferroviaire engagé en Normandie cette année.
Cet été jusqu'au 21 août, ce sont 54 kilomètres de rails qui seront remplacés entre Bernay et Caen sur 16 semaines. "Au terme des seize semaines de travaux, ce sont 108 kilomètres de voies (54 km de rails x 2) qui auront été remplacés, soit plus de deux fois la longueur du tunnel sous la Manche", explique SNCF Réseau. Le gestionnaire a pris sa calculette et souligne que ce chantier représente une dépense de "170 euros par minute".
Son objectif est double: "garantir la pérennité et la robustesse de l’infrastructure tout en accompagnant la progression des besoins de mobilité voyageurs et fret sur cet itinéraire stratégique à l’échelle nationale". "Une usine mobile de 600 mètres" Sur place, SNCF Réseau déploie les grands moyens avec la mobilisation d'un train-usine quasiment unique en son genre, "une véritable usine mobile d’environ 600 mètres de long. Concentré de technologie industrielle, cet équipement permet de renouveler jusqu’à 1.
000 mètres de rails par nuit grâce à l’enchaînement continu de plusieurs opérations spécialisées". Dans et sous ce train usine, des agents travaillent en même temps pour décharger et mettre en place des rails neufs en longs coupons, souder des nouveaux rails, déposer progressivement des anciens rails et de leurs attaches, poser, caler et fixer les rails neufs puis enfin évacuer, trier et valoriser les matériaux déposés. 180 agents sont ainsi mobilisés sur ce chantier chaque nuit.
Le gestionnaire souligne qu'il n’existe en France que deux trains "capables de réaliser ce type d'opération à grande échelle. Leur mobilisation se prépare plusieurs années à l'avance afin de coordonner les ressources humaines, les approvisionnements, les entreprises de travaux et les contraintes d'exploitation du réseau ferroviaire". "Ce dispositif industriel permet d’intervenir à un rythme soutenu tout en garantissant un haut niveau de sécurité, de qualité des travaux et de performance opérationnelle sur l’un des principaux axes ferroviaires normands", ajoute-t-on.
De très nombreux autres chantiers d'ampleur sont actuellement menés sur le réseau français. On peut citer le renouvellement de la ligne Poitiers-Limoges d’un montant de 126,2 millions d’euros. Mais il n'y pas que les rails (parfois très anciens) qu'il faut remplacer, les caténaires doivent également être renouvelées.
Certaines datent des années 1950, d'autres sont très fragilisées par les conditions climatiques. Là encore, SNCF Réseau utilise du matériel hors normes, unique au monde, à savoir le train usine "Suite Rapide Caténaire 25. 000 V", développé avec Colas Rail et TSO Caténaire.
"Depuis sa mise en service en 2019, il a permis de moderniser plus de 1. 000 kilomètres de caténaires, avec des performances pouvant atteindre 200 kilomètres renouvelés sur une seule année", explique SNCF Réseau, soit une cadence de production jusqu'à quatre fois supérieure aux méthodes traditionnelles. "SNCF Réseau mène aujourd'hui un programme de régénération d'une ampleur sans précédent pour moderniser les infrastructures ferroviaires françaises.
Pour répondre à ce défi industriel, nous avons besoin de solutions capables de produire plus, plus vite et avec une bonne inscription dans le plan de transport", explique Estelle Masclet, Directrice générale adjointe Opérations et Programmes Industriels de SNCF Réseau. Ce matériel sera ensuite utilisé pour les travaux de régénération des caténaires de trois zones stratégiques du territoire: Provence-Alpes-Côte d'Azur, Nord-Est Normandie et Centre.