«Une consommation très timide» : les arboriculteurs confrontés à l’urgence de vendre leurs cerises
Favorisée par une météo clémente, la production française devrait dépasser les 30.000 tonnes cette année. Mais l’afflux de fruits sur le marché inquiète une partie de la filière, confrontée à des ventes insuffisantes.
C’est une situation suffisamment rare pour être soulignée. Après plusieurs années marquées par des aléas climatiques, les producteurs français de cerises bénéficient cette saison d’une récolte particulièrement abondante. Au point d’appeler les consommateurs à en acheter rapidement pour soutenir la filière.
Selon les estimations de la profession, plus de 30. 000 tonnes de cerises devraient être récoltées cette année en France, soit environ un tiers de plus qu’une année habituelle. S’il s’agit d’une excellente nouvelle pour les arboriculteurs, c’est également un défi commercial de taille car, contrairement à d’autres fruits, la cerise doit être vendue et consommée très rapidement.
La cerise est ainsi le fruit qui a la saison la plus courte pour onze mois de travail et seulement quelques semaines de vente. À elle seule, la moitié de la récolte annuelle est consommée durant le mois de juin. Une période cruciale pendant laquelle les producteurs jouent une grande partie de leur revenu.
Cette année, les conditions météorologiques ont favorisé les vergers. «Il y a plus souvent des années où il pleut, où il y a de la grêle. Cette année, il n’y a eu aucun phénomène négatif», explique à franceinfo Mathilde Chambe, arboricultrice à Bessenay, près de Lyon.
Résultat : les arbres ont produit davantage de fruits et les volumes mis sur le marché sont particulièrement importants. Mais le temps presse, comme le relève Mathilde Chambe : «Les producteurs ramassent, les cerises partent le soir chez des grossistes et le lendemain, elles sont en magasin. On ne peut pas stocker la cerise.
» Un marché «insuffisamment demandeur» Cette contrainte logistique rend la filière particulièrement dépendante du rythme des achats des consommateurs. Or, dans plusieurs régions productrices, les ventes peinent encore à absorber les volumes disponibles. Les observations publiées par le Réseau des nouvelles des marchés de FranceAgriMer illustrent ces difficultés.
Dans le bassin Sud-Est, principal territoire de production français, le marché «reste insuffisamment demandeur» au 19 juin. Les promotions mises en place par les grandes surfaces concentrent l’essentiel des ventes, tandis que les échanges avec les grossistes demeurent limités. Malgré une bonne qualité des fruits, les prix sont orientés à la baisse.
La situation est également compliquée en Auvergne-Rhône-Alpes. FranceAgriMer évoque des «apports encore très conséquents», une «consommation très timide» et des «prix très bas». Certains opérateurs se retrouvent même dans l’impasse face aux volumes disponibles.
Les cours sont jugés «anormalement bas» et se rapprochent du seuil pouvant conduire à une qualification de crise conjoncturelle. Le tableau est toutefois plus favorable dans le Grand Est, où la campagne «prometteuse» se confirme avec une production abondante, de bonne qualité et une demande jugée satisfaisante. Pour les amateurs de cerises, cette récolte exceptionnelle se traduit donc par des prix relativement accessibles.
Il faut compter entre 5 et 8 euros le kilo selon les variétés, les régions et les circuits de distribution. Une mauvaise nouvelle pour les producteurs, comme le relève Mathilde Chambe : «Les cerises sont cueillies à la main. Il y a aussi des insectes ravageurs et on n’a plus d’insecticide donc il faut employer des moyens pour couvrir les vergers.
On a des coûts qui augmentent énormément. » Contrairement à leurs voisins européens, les producteurs tricolores n’ont plus le droit d’utiliser l’acétamipride depuis 2020 pour lutter contre les insectes. Il s’agissait d’un pesticide clé dans la culture de la cerise, notamment pour lutter contre la larve de la mouche de ce fruit.