Un fonds australien achète de nouveau des obligations tricolores, Goldman Sachs juge "excessif" l'écart de taux entre la France et l'Allemagne: la pression des marchés sur la dette française est-elle exagérée?
Interrogé par Bloomberg, le deuxième fonds le plus important d'Australie assure acheter de la dette française, jugeant "excessives" les anticipations des investisseurs sur la situation budgétaire du pays et l'ampleur…
Ce n'était plus arrivé depuis 2002. Mercredi 21 octobre, le taux d'emprunt de la France à 10 ans a franchi le seuil symbolique des 5% alors qu'un mouvement de vente massive d'obligations est engagé depuis plusieurs semaines. La tendance est certes observée dans le monde entier mais elle fragilise particulièrement l'Hexagone, considéré comme le maillon faible en raison du piteux état de ses finances publiques.
Cette pression sur la France s'observe notamment à travers l'envolée du spread, soit l'écart de taux avec l'Allemagne, qui avoisinait les 175 points de base il y a quelques jours (161 actuellement), contre 70 points l'été dernier. Mais l'ampleur de cette défiance envers la France est-elle vraiment justifiée ? Non, selon l'Australian Retirement Trust (ART), deuxième plus important fonds australien, qui a décidé à contre-courant des autres investisseurs d'acheter des obligations tricolores, rapporte Bloomberg.
Des anticipations exagérées Gestionnaire de portefeuille principal de l'ART, Jimmy Louca a en effet expliqué avoir commencé à se positionner sur les titres français à 10 ans en septembre, alors que le rendement dépassait les 4,5%. Et il a ensuite intensifié ses achats en octobre, malgré les inquiétudes croissantes sur l'instabilité politique en France et la capacité du gouvernement à faire voter un budget réduisant le déficit public pour 2027. Pourquoi un tel pari ?
Car "nous pensons que le marché a anticipé de manière excessive deux éléments : l'ampleur du cycle de hausse des taux de la BCE et la détérioration budgétaire qui devrait se produire au cours de ce cycle", explique Jimmy Louca à Bloomberg. Au-delà des inquiétudes sur la situation budgétaire française, les investisseurs qui anticipent des hausses de taux de la BCE compte tenu du retour de l'inflation contribuent effectivement eux aussi à la remontée des rendements obligataires. La mécanique est la suivante : espérant une meilleure rémunération demain avec la hausse des taux, ces investisseurs vendent les titres qu'ils possèdent aujourd'hui.
Or plus les ventes sont nombreuses, plus les prix des obligations baissent car l'offre augmente plus vite que la demande. Et plus le prix d'une obligation diminue, plus son rendement augmente. Pour l'ART, ces anticipations de hausses des taux sont exagérées car si la flambée des prix de l'énergie nourrit l'inflation depuis le début du conflit au Moyen-Orient, elle pénalise également la croissance ce qui, à terme, devrait freiner...
l'inflation et réduire les rendements obligataires. Les rendements étant inversement proportionnels aux prix des obligations, le fonds australien achète aujourd'hui de la dette française en tablant sur le fait qu'elle pourra revendre ses titres à un prix plus élevé à l'avenir. Jimmy Louca juge aussi que le risque budgétaire pour la France est surévalué par les investisseurs.
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- BFM Business27 oct., 05:58
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