IA et travail : « Les précédentes révolutions industrielles ont, sur le long terme, toujours créé plus d’emplois qu’elles n’en ont détruits »
Pour tirer profit de l’intelligence artificielle, les économistes Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur plaident, dans une tribune au « Monde », pour une « révolution fiscale » et la création d’un bonus-malus afin de…
L’« IA et travail » n’est pas un slogan, mais le point de départ d’une réflexion structurée sur les transformations que la technologie promet de déployer dans l’économie française. Dans une tribune conjointe au quotidien Le Monde, les économistes Jean‑Hervé Lorenzi et Alain Villemeur rappellent que les grandes révolutions industrielles du XIXᵉ et du XXᵉ siècle ont, sur le long terme, fini par générer plus d’entreprises et d’emplois qu’elles n’en ont détruits. Cette constatation base leur choix d’appuyer la construction d’une « révolution fiscale » – un rééquilibrage des politiques d’imposition – afin de soutenir la croissance tout en sauvegardant l’emploi à temps plein.
Dans ce cadre, les deux auteurs appellent à instaurer un mécanisme de « bonus‑malus ». Le principe, selon eux, serait simple mais ambitieux : les entreprises qui tirent un bénéfice significatif de l’IA mais ne compensent pas l’impact sur la main‑d’œuvre humaine se verraient imposer un montant additionnel, tandis que celles qui investissent en IA tout en créant ou en préservant des postes qualifiés bénéficieraient d’un bonus fiscal. Cette mesure vise à créer un incitatif à l’emploi et à la formation, s’assurant que la compétitivité de l’industrie n’exclue pas les travailleurs.
L’enjeu principal de l’argumentaire de Lorenzi et Villemeur est de concilier innovation et justice sociale. Ils soulignent que l’IA, loin d’être une simple “machine à réduire les coûts de production”, est un vecteur de nouveaux métiers – l’optimisation des process, la gestion prédictive, la maintenance assistée – et d’entreprises basées sur la donnée. Or, sans fer de lance fiscal, les entreprises peuvent retirer les bénéfices de l’IA en dehors du pays ou en la stockant sous forme de liquidités. La réforme proposée permettrait de capturer une partie de ces gains et d’en utiliser les ressources pour soutenir la formation et les services sociétaux liés à l’emploi.
Sur le plan macro‑économique, une telle politique pourrait renforcer la consommation intérieure en redistribuant partiellement les rendements de la productivité de l’IA vers les ménages. Les décideurs pourraient ainsi veiller à ce que l’augmentation du PIB ne se traduise pas par un désavantage disproportionné pour les travailleurs. Les institutions européennes, qui surveillent déjà les discussions sur la fiscalité digitale, sont susceptibles de se référer à ces propositions françaises comme point de départ d’un cadre harmonisé au niveau de l’UE.
Ce qui se profile enfin, c’est un chantier de dialogue entre les secteurs public et privé. Les entreprises seront appelées à consulter leurs propres cadres sociétaux pour déterminer les seuils de bonus‑malus. Le gouvernement devra quant à lui élaborer un mécanisme de suivi transparent. À l'issue de la mise en place, les prochaines étapes consisteront à mesurer l’impact sur l’emploi et à ajuster les taux fiscaux pour éviter les distorsions économiques indésirables. Le débat se poursuivra sur la façon de définir clairement les critères de « création d’emploi» et de déterminer l’échelle d’impact requis pour déclencher le malus.
Pas encore recoupée
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- Le Monde28 oct., 09:00
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