Canicule : le coup de chaud du gouvernement
La classe politique paraît désarmée face aux vagues de très fortes chaleurs. Une impréparation coupable qu’il est urgent de remplacer par des actions de long terme.

Chaud devant encore. Pendant quelques jours… Mais pas seulement… Les périodes de canicules extrêmes sont appelées à se reproduire. Et les récentes qu’on vit si difficilement exigent une mobilisation des plus hautes autorités qui n’avait en rien été anticipée, du moins au niveau politique.
Car les chercheurs, eux, avaient averti depuis fort longtemps. Des travaux ont été poursuivis sur les mesures à prendre à court et long terme, sans que la puissance publique leur accorde grand crédit. Jusqu’à l’inédit plan « Orsec chaleurs extrêmes » qui tente à la fois d’éviter le pire et de rattraper le temps perdu. Tâche indispensable, mais dont on ne mesure pas toute l’ampleur quasi révolutionnaire.
Les climatosceptiques de l’extrême droite
Le temps perdu ne se rattrape guère, et dans la lutte contre le réchauffement climatique, beaucoup de temps a été dilapidé. Pas seulement du fait de ce gouvernement car les blocages ont été nombreux. Ceux des climatosceptiques de droite et d’extrême droite notamment, des médias Bolloré en particulier, résolument « négationnistes » sur ce plan-là.
Une certaine gauche a aussi sa part de responsabilité, par exemple l’ancien ministre jospinien de l’Education, le géophysicien Claude Allègre qui a nié longtemps et avec impudence tout réchauffement climatique. On remarquera encore que les écologistes, autrefois prophétiques, se sont plus préoccupés de Gaza ces derniers mois que de la mobilisation contre les coupes budgétaires drastiques imposées à tous les budgets verts.
Or voilà l’Ouest aussi exposé voire surexposé, avec des températures de 40 degrés, en ressenti plus cuisant encore. À Rennes, les habitants -cramoisis- se rendent compte que la gare SNCF, terminée il y a sept ans seulement, est devenue un four. Dans les écoles comme dans les appartements individuels, même fournaise.
C’est en réalité toute l’architecture du siècle dernier qui est à repenser, toute l’organisation des villes, cela va de soi. Sans négliger les transports et l’organisation des soins dans les hôpitaux. On se protégeait du froid et des vents jusque-là, et on n’a pas voulu anticiper à hauteur -vertigineuse- du défi imposé par le réchauffement climatique.
Face à l’ampleur de la tâche immédiate, le gouvernement est sur le pont pour éviter une surmortalité identique à celle subie en 2003 : 15 000 morts. On n’en est pas là, heureusement, sans doute grâce à une leçon tirée de cette tragédie. Dans les Ehpad, des pièces climatisées ont été installées.
Elles sont efficaces et ont décidé les pouvoirs publics à réaliser un effort « clim » dans les hôpitaux où le minimum d’équipement de refroidissement n’avait pas même été envisagé. 30 000 climatiseurs ont été commandés d’urgence, 7 500 avaient été livrés hier ces derniers jours. On est donc encore loin du compte et la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, se déploie sur le terrain pour activer cette climatisation salvatrice. Pour un peu, elle les aurait posés elle-même, ces appareils salvateurs.
L’effort principal a été déployé par le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, pour faire face à ce mal du XXIe siècle tardivement découvert, la solitude. Ou plus précisément encore, l’isolement. Des « mamans solos », des personnes âgées délaissées par leur famille, abandonnées dans les grandes villes, notamment en Île-de-France où elles passent encore beaucoup trop entre les mailles des filets sociaux. Là, les pouvoirs publics vont tenter de rapprocher les fichiers et les services sociaux. Voilà un progrès de solidarité notoire. Il reste pourtant beaucoup plus à faire.
C’est une action d’adaptation tous azimuts qu’il va falloir mener comme le souligne le haut-commissaire au plan, Clément Beaune, dans une note remise au gouvernement. Il propose par exemple le changement des horaires des services publics qui devraient commencer et finir plus tôt, la mise en place d’un réseau de refuges climatiques dans les villes, l’aménagement en baignades des plans d’eau et rivières, l’ouverture au public des bassins et piscines des campings et hôtels, etc.
Toutes ces décisions sont peu coûteuses ; mais encore faudrait-il que l’on ne s’endorme pas à l’automne en voulant imaginer que ces canicules ne sont que des cauchemars passagers. Les coups de chaud ne passeront pas avec les grands froids ni avec le déni des ventilateurs des hauts plateaux de l’ignorance bollorisée.