Marges sur les produits alimentaires : ce rapport qui remet les pendules à l’heure entre distributeurs et industriels
Alors que distributeurs et industriels s’accusent mutuellement d’être responsables de la hausse des prix alimentaires, le rapport annuel de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) apporte une lecture

Un rapport qui tombe à pic. Ce jeudi 9 juillet, l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires (OFPM) a dévoilé son dossier annuel dans un contexte où distributeurs et industriels se livrent une bataille de plus en plus vive sur la question des marges. C’est notamment un récent rapport sénatorial, qui accuse la grande distribution de pratiques « prédatrices » à l’égard des industriels et des agriculteurs, qui a ravivé les tensions.
Si les deux secteurs se renvoient la balle, l’OFPM apporte une réponse plus nuancée. Son principal enseignement : la hausse des prix alimentaires des dernières années ne peut pas être attribuée à un seul maillon de la chaîne. Elle résulte d’un choc inflationniste global, dont les effets ont été répartis différemment selon les périodes et les filières.
La grande distribution a bien amorti la hausse des prix agricoles pendant l’inflation
Le rapport revient notamment sur la période inflationniste de 2022-2023, marquée par l’envolée du coût des matières premières agricoles, de l’énergie, des emballages et du transport. « Le choc de prix agricoles 2022-2023 a davantage été amorti par le maillon de la distribution », écrit l’Observatoire. Autrement dit, les enseignes ont absorbé une partie de la hausse des coûts en réduisant leurs marges commerciales, afin de limiter le prix final payé par les consommateurs.
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Une correction a toutefois été effectuée lorsque la pression sur les coûts a commencé à ralentir. « Les marges par rayon, qui avaient toutes diminué en 2022, ne repartent à la hausse que pour quelques rayons en 2023 et demeurent stables ou augmentent à nouveau en 2024 », constate l’OFPM.
La grande distribution a donc bien retrouvé une partie des marges perdues pendant la crise inflationniste. Mais le rapport invite à ne pas confondre marge commerciale et bénéfice. La marge brute dégagée sur un produit alimentaire sert aussi à financer les coûts de fonctionnement des magasins (salaires, charges énergétiques, loyers…). C’est d’ailleurs l’un des points régulièrement avancés par les distributeurs dans leur défense. Certains rayons traditionnels comme la boucherie, la poissonnerie et la boulangerie affichent même des résultats nets négatifs après affectation des charges.
Les industriels ont aussi ajusté leurs marges
Du côté des industriels, le scénario n’est pas si différent. L’OFPM montre que les entreprises agroalimentaires ont elles aussi vu leurs marges comprimées au moment du pic inflationniste. « Lorsque les marges brutes des industries agroalimentaires ou de la grande distribution se sont maintenues ou comprimées en 2022, leurs marges nettes ont également diminué », est-il noté.
La situation s’est ensuite améliorée puisqu’en 2023, les marges brutes « ont, pour la plupart, progressé en valeur », note l’OFPM, tout en précisant que cette hausse est aussi liée à l’augmentation des autres charges. De quoi remettre les pendules à l’heure après plusieurs coups de communication où chacun a tenté de faire porter la responsabilité de l’inflation alimentaire à l’autre.