Russie : la Banque centrale abaisse son taux directeur à 14,25% sur fond de ralentissement économique

La Banque centrale de Russie (BCR) a abaissé vendredi son taux directeur de 0,25 point, à 14,25%, sur fond de difficultés économiques liées au coût de l’offensive en Ukraine et de sanctions occidentales. «La croissance économique se poursuit à un rythme modéré après un ralentissement temporaire en début d’année», a indiqué la BCR dans un communiqué annonçant cette baisse. Celle-ci est moindre qu’attendu par les analystes, alors que les indicateurs de l’économie russe affichent une situation délicate.
Plus de quatre ans après le début de son offensive massive contre l’Ukraine, la Russie fait face à de multiples sanctions occidentales, une inflation élevée, des coûts d’emprunt prohibitifs et des pénuries de main-d’œuvre. L’augmentation du prix du carburant a été un «facteur clé» de cette décision, a indiqué la patronne de la Banque centrale, Elvira Nabioullina, dans une conférence de presse vendredi. Kiev a intensifié ses attaques aériennes contre les infrastructures d’hydrocarbures russes, pour tenter d’assécher la manne financière que Moscou tire des exportations, causant des dégâts notamment mardi et jeudi dans une raffinerie majeure de Moscou.
Signe de tensions dans le secteur, des restrictions ont été mises en place à la pompe dans certaines stations-essence, l’exportation d’essence automobile a été interdite jusqu’au 31 juillet et celle de carburant d’aviation jusqu’au 30 novembre. «Les prix de l’essence augmentent rapidement et constituent le principal facteur d’inflation de ces dernières semaines», a estimé auprès de l’AFP Janis Kluge, spécialiste de l’économie russe à l’Institut allemand des affaires internationales et de la sécurité (SWP). Il lie les pénuries d’essence aux frappes ukrainiennes sur les raffineries.
«Il semble que la Banque centrale s’attende à ce que la crise du carburant en Russie s’intensifie dans les prochaines semaines, menant à une hausse de l’inflation», a-t-il ajouté. Le déficit se creuse, la TVA augmente La BCR avait maintenu un taux directeur à près de 20% pendant deux ans, alors que l’économie russe bénéficiait de l’explosion des dépenses militaires depuis 2022. Ces dépenses colossales ont également fait grimper l’inflation, pesant sur la croissance, tandis que les entreprises ont critiqué les coûts d’emprunt élevés.
L’économie s’est contractée de 0,2% au premier trimestre, enregistrant son premier recul trimestriel depuis trois ans et les autorités ont revu à la baisse les prévisions de croissance pour 2026, à 0,4%, contre 1,3% attendu précédemment. En 2025, la croissance russe avait déjà fortement fléchi, atteignant 1%, contre 4,3% en 2024. Le déficit budgétaire russe continue également de se creuser, atteignant pour cette première partie de 2026 l’équivalent de près de 80 milliards de dollars et dépassant de 60% la prévision de déficit pour l’année entière.
La BCR note qu’une «trajectoire du taux directeur plus élevée» que prévu pourrait être nécessaire au vu de la politique budgétaire des trois prochaines années. Moscou tente de combler ce déficit en puisant notamment dans le portefeuille des Russes. Le gouvernement a par exemple augmenté la TVA de deux points de pourcentage dès cette année.
Le président Vladimir Poutine a minimisé ces difficultés dans un discours au Forum économique international de Saint-Pétersbourg début juin, en mettant l’accent sur la «souveraineté» économique de la Russie face aux sanctions et à «l’élargissement de son cercle de partenaires».