« L’IA supprime déjà des postes » : le cri d'alarme des journalistes dans la rue
Inquiets pour l’avenir de leur métier, plusieurs centaines de journalistes ont manifesté, jeudi 18 juin, à Paris. Montée de l’IA, plans de licenciements et concentration des médias sont autant de préoccupations qui n’épa

« Défendons l’information, notre bien commun au service de la démocratie ». Voilà le slogan inscrit sur la grande banderole brandie en tête du cortège de la manifestation pour la liberté de la presse, partie ce jeudi 18 juin de la Place de la Bourse en direction du ministère de la Culture, à Paris. Ce rassemblement, porté par l’ensemble des syndicats de la presse, du SNJ à la CFDT, a réuni plusieurs centaines de journalistes – les autorités en prévoyaient 500 -, et alerte sur la crise sans précédent que vit le secteur. Malgré une ambiance globalement conviviale, la colère et l’inquiétude sont bien présentes.
Au cœur de cette manifestation, de nombreuses préoccupations concernant l’avenir de la profession. Parmi elles, un sujet reste central : l’intelligence artificielle. Cette technologie bouleverse déjà les métiers de l’information.
L’IA, un risque pour l’emploi des journalistes
Une journaliste du groupe Infopro Digital (premier groupe de presse professionnelle en France regroupant Le Moniteur, LSA, L’Usine nouvelle…) témoigne : « La direction a annoncé que 19 secrétaires de rédaction seront remplacés par une intelligence artificielle développée en interne dont nous n’avons même pas encore vu le fonctionnement. » En parallèle, cinq postes de chefs d’édition doivent être créés afin de relire et vérifier l’ensemble des contenus produits par l’IA. Chez Prisma Media aussi (Voici, Femmes actuelles, Géo…), 260 postes doivent être supprimés. Plusieurs professionnels de la maquette ou de l’illustration voient déjà leurs missions progressivement remplacées par des outils génératifs.
Les journalistes sont inquiets de l'avenir de leurs métiers.
Des postes supprimés, mais aussi une charge de travail exponentielle pour ceux qui restent : « Journalistes surmenés, information en danger ! » scande une manifestante. Débordés, de nombreux journalistes font aussi appel à l’intelligence artificielle. Le risque est dans toutes les têtes de produire, à son tour, une information biaisée et une IA qui prend de plus en plus de place dans les organes de presse.
Le groupe Prisma Médias, propriété de Vincent Bolloré, lance un plan de licenciements de 40% de ses effectifs.
La concentration des médias, un risque pour la liberté d’expression
À ces préoccupations s’ajoute une autre inquiétude grandissante : la concentration des médias entre les mains d’un nombre toujours plus réduit de propriétaires, comme Vivendi qui détient CNews, Europe 1 ou le JDD… ou LVMH à qui Challenges, Le Parisien, Paris Match, Les Echos appartiennent. Bien que la France se situe à la 25ème place du dernier classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières, le combat pour défendre ce droit est plus que nécessaire aux yeux de ses professionnels. Plusieurs manifestants dénoncent aussi la montée en puissance des idées d’extrême droite, poussées par de grands patrons comme Vincent Bolloré (Vivendi) ou Pierre-Édouard Stérin (Valeurs actuelles, le Crayon). « Pas d’IA dans nos médias, pas de fachos dans nos journaux ! » pouvait-on entendre pendant la marche. Un bon résumé des préoccupations ambiantes.
Ces préoccupations ne touchent pas la seule population active. Des étudiants en journalisme, des alternants et jeunes débutants étaient également présents, tous soucieux de leur futur, incertain. « Je suis très inquiète pour la liberté de la presse, déclare une étudiante en dernière année d’école de journalisme, inquiète de ne pas pouvoir écrire librement et « de recevoir, d’une certaine manière, une pression de la part de mon rédacteur en chef ».
Pragmatique, elle angoisse aussi pour son entrée sur le marché du travail : « Aujourd’hui, à la sortie de l’école, même un CDD est difficile à trouver. » Un autre apprenti journaliste partage son sentiment : « Avec tous les licenciements qu’il y a en ce moment dans le secteur, j’ai peur que l’IA nous remplace. » Malgré ces inquiétudes, les jeunes journalistes en devenir, bien présents à la manifestation, ne sont pas prêts à se résigner.
Reportage et photos de nos stagiaires de 2nde, Paul Beaunay Rio, Bella Lévy-Weisz, Eva Robin
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