« Rouler en voiture sans permis, c’est la honte ! » : comment Linktour veut faire mentir cette idée reçue et surclasser la Citroën AMI
Plus une voiture est petite, plus faible est la marge qu’elle génère pour son constructeur. Cette réalité ne décourage pas les Chinois de tenter une percée sur le marché de la voiturette sans permis, qui échappe aux surt

Pour prendre pied sur un marché déjà encombré, les constructeurs chinois ont pris le parti de casser leurs prix. La méthode n’a rien de nouveau : elle a parfaitement réussi aux Japonais dans les années 1970, puis aux Coréens une génération plus tard. Vendre moins cher présente néanmoins l’inconvénient de suggérer l’idée que votre produit souffre d’une qualité inférieure. Il faut alors de longues années d’efforts pour redresser l’image de votre marque et gommer l’idée que son nom est synonyme de camelote.
Le risque est encore plus grand dans le domaine de la voiturette sans permis, qui est généralement associée aux qualificatifs peu flatteurs de frêle, rustique et dangereuse. Pourtant les parents sont de plus en plus nombreux à les préférer aux scooters, dont la conduite est jugée plus périlleuse encore. Autrefois réservée aux retraités et aux personnes isolées à la campagne, la voiture sans permis a subitement changé de dimension suite à l’arrivée en 2020 de la riante petite Citroën AMI. Étonnamment peu chère pour la catégorie, d’un usage facile du fait de sa motorisation électrique, cette sans-permis a fait bondir de 137 % le nombre d’immatriculations de la catégorie entre 2019 et 2024. Son succès dépasse les frontières de la France, qui reste le premier marché pour la voiturette en Europe.
Casser l’image de la voiture sans permis qui fait honte
C’est à ce gâteau épargné par les surtaxes européennes à l’importation que s’attaque la marque chinoise Linktour, filiale du groupe Shandong Weiqiao Pioneering, qui vient d’accorder ses droits de distribution exclusifs en France à Modelabs. S’écartant de la recette traditionnelle, ce constructeur méconnu renonce à rivaliser avec Citroën en termes de prix et propose un produit « à mi-chemin entre l’AMI et l’Aixam ». Cette dernière marque devance Citroën au palmarès des ventes toutes énergies (électrique et Diesel).
Responsable de l’activité automobile au sein de Modelabs, distributeur français bien connu de smartphones, d’objets connectés et de micromobilité, Sébastien Barba-Lata souligne l’approche qualitative de Linktour : « Il existe trois clientèles : le lycéen, le retraité et, entre les deux, l’actif qui a perdu son permis de conduire. Or, ce dernier s’avoue un peu honteux à l’idée d’être vu dans une voiturette. Voilà pourquoi Linktour soigne le design, voulu valorisant. Cette voiture 100 % électrique bénéficie en outre d’une structure en aluminium plus rigide que le treillis de tubes d’acier conventionnel. Viennent s’y boulonner des panneaux de carrosserie en aluminium plutôt qu’en plastique. Cette technique permet de rester sous la barre des 450 kg, qui garantit la gratuité du stationnement à Paris. »
Les voiturettes sans permis à l’épreuve du crash test
Assemblée en Chine depuis octobre 2025, la Linktour Alumi se décline en deux variantes d’aspect identique mais aux performances très différentes (catégories des quadricycles électriques L6e et L7e) : la première voit sa vitesse maximale bridée à 45 km/h et se conduit dès l’âge de 14 ans ; la seconde atteint les 90 km/h mais exige le permis. Hélas ! A l’instar de la charmante Microlino déclinée elle aussi en deux variantes, la Linktour Alumi n’est pas autorisée à s’aventurer sur les voies rapides et les autoroutes. Début 2024, la députée Renaissance de l’Ain Olga Givernet avait proposé de lever ce frein à la diffusion de ces voiturettes économes en matières comme en énergie, mais son projet n’a pas abouti au Parlement.
Nous avons pris le volant de la version L6e bridée à 45 km/h et donnée pour une autonomie de 120 km (180 km et 90 km/h pour la L7e). Proposée à partir de 10 690 euros avec assistance, antiblocage et répartiteur de freinage, ainsi que l’aide au démarrage en côte, cette Linktour Alumi pour ados fait meilleure impression que l’ultra populaire Citroën AMI dont la carrosserie est teintée dans la masse. Elle bénéficie en effet d’une véritable peinture (quatre coloris au choix), plus étendue que celle de sa rivale espagnole Silence S04 (distribuée dans le réseau Nissan), qui fait la part belle aux éléments protecteurs en plastique noir.
La bonne facture de la planche de bord surpasse les attentes et les usages dans le monde de la voiturette sans permis.
Longue de 2,69 mètres (contre 2,41 m à la Citroën AMI), la Linktour écarte la formule peu appréciée des deux places en tandem qui n’a guère réussi à la Renault Twizy et à sa remplaçante Mobilize Duo, tout juste retirée du catalogue. Les deux passagers voyagent côte à côte, dignement installés sur des sièges au dossier inclinable. L’assise épaisse offre un moelleux et un confort que peinent à imaginer les conducteurs d’AMI. Ils resteront bouche bée devant la profusion de moquette au plancher et de tissu, voire de simili cuir (selon version) sur la planche de bord. Enfin, ils seront stupéfaits de découvrir la présence d’un écran tactile connecté, d’un coffre accessible de l’extérieur (320 litres) et de vitres qui descendent électriquement. La climatisation, la caméra de recul et le déverrouillage des portières depuis son smartphone sont également disponibles : le comble du luxe.
La Linktour Alumi s’imagine volontiers dans le rôle de la seconde voiture du foyer
Avantage supplémentaire, « la batterie LiFePO4 d’une capacité de 7,2 kWh (ou 12,92 kWh, sur la version L7e) se branche sur une prise domestique aussi bien que sur n’importe quelle borne de recharge publique, là où les concurrentes de l’Alumi se limitent souvent à la prise secteur », fait valoir Sébastien Barba-Lata. Toutefois et contrairement à la batterie de la Silence S04 concurrente, celle de la Linktour n’est pas amovible. Il s’agit pourtant là d’un avantage décisif lorsqu’on gare sa voiturette dans la rue.
Plus longue que la Citroën AMI, la Linktour Alumi rejoint la Smart Fortwo de seconde génération (ici photographiée à Paris).
Aussi soignées soient sa présentation et sa fiche technique, la Linktour Alumi ne saurait masquer sa véritable nature. Pour qui n’a jamais conduit de voiturette, les premiers kilomètres sont un choc. L’empattement terriblement court (distance entre les roues avant et arrière) amplifie démesurément les contrecoups des pavés et des ralentisseurs. Du fait de la légèreté de l’ensemble, la direction se dispense aisément d’assistance (disponible selon version) mais elle gagnerait à se montrer moins collante : l’absence de retour est un défaut pénible en ville.
Modelabs espère vendre 3 000 exemplaires de la Linktour Alumi en 2026 en France et grimper sur le podium des ventes. Dans l’immédiat, il n’existe pas de distributeur physique : le client passe commande en ligne sur le site Internet de Linktour France ou bien de la FNAC et se fait livrer en point relais, comme s’il achetait une simple trottinette électrique ou bien un smartphone. A cette occasion, il peut souscrire une assurance, demander sa carte grise, ainsi que le bénéfice de l’aide de l’État (jusqu’à 466 euros, traitement garanti sous 60 jours). « Nous négocions avec des réparateurs de véhicules sans permis multimarques et avec des enseignes de la grande distribution pour construire un réseau de partenaires distributeurs », signale Céline Arbaudie, directrice commerciale chez Linktour France. Une offre de location sera proposée « très prochainement ».
Très fier de sa construction soignée, Linktour l’évoque dans le nom de sa voiturette Alumi issu de l’association de trois mots : Alluminio (aluminium, hommage à la technologie de carrosserie 100 % aluminium) ; Lume (du latin lumen, lumière) ; et Amico (ami en italien).