Ce sera finalement 0,5% (et plus 0,9%) et surtout le pouvoir d'achat va se contracter: la Banque de France sabre drastiquement ses prévisions de croissance pour 2026
En raison d'une mauvaise surprise au premier trimestre et de prix de l'énergie plus élevé que prévu, la Banque de France ne table plus que sur une croissance de 0,5% en 2026. L'inflation, elle, devrait s'établir à 2,5% e

Nouvelle douche froide pour l'économie française. Après une contraction inattendue de l'activité (-0,1%) au premier trimestre, le PIB tricolore peine toujours à redécoller. Dans ses nouvelles prévisions publiées ce mardi, la Banque de France anticipe une croissance nulle au deuxième trimestre: "Le mois de mai n'a pas été un bon mois pour l'économie française.
La progression de l'activité en mai a nettement ralenti dans l'industrie", détaille Xavier Debrun, chef économiste de la Banque de France, évoquant notamment l'impact plus fort que prévu de la hausse des prix énergétiques depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Autant de mauvaises surprises qui conduisent l'institution à réviser en nette baisse sa prévision de croissance pour 2026, laquelle tombe à +0,5%, contre +0,9% attendu jusqu'alors. "Ce qui va contribuer le plus à la croissance en 2026 c’est le commerce extérieur, le reste est relativement atone, notamment la consommation des ménages qui est assez ralentie (+0,2%)", observe Xavier Debrun.
Un rebond attendu en 2027 Ces prévisions correspondent à un "scénario de base" dans lequel les prix du pétrole et du gaz s'établiraient respectivement en moyenne sur l'année à 83 dollars le baril et à 46 euros le mégawattheure. Mais si les répercussions de la guerre en Iran ne se dissipaient pas rapidement et que les prix énergétiques restaient durablement élevés, la croissance française pourrait être de 0% sur l'année, selon le scénario le plus défavorable imaginé par la Banque de France. Pour le ministère de l'Economie, si "l’ensemble des dernières prévisions économiques, incluant celles de la Banque de France, sont en demi-teinte, elles n'ont pas pu prendre en compte les évolutions les plus récentes de la situation internationale, notamment les annonces de cessez-le-feu et de réouverture du détroit d'Ormuz.
Ces bonnes nouvelles constituent un signal de relance pour l’économie française. Elles doivent désormais se traduire concrètement dans le portefeuille des Français ainsi que dans les décisions d’investissement des entreprises". Le locataire de Bercy, Roland Lescure estime d'ailleurs que "l’heure est au retour de la confiance collective: c’est elle, davantage que la dépense publique, qui permettra de soutenir durablement la croissance".
Il y a quelques jours, le nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, avait prévenu que le choc énergétique observé après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient sera "persistant" quelle que soit "l'évolution géopolitique à court terme", a estimé le nouveau gouverneur de la Banque de France. L'annonce d'un accord entre l'Iran et les États-Unis a toutefois permis ce mardi de retrouver un baril du pétrole Brent, référence mondiale du brut, sous la barre des 80 dollars pour la première fois depuis début mars. Et "une fois que le choc se dissipera" totalement, "il y aura un rebond" de l'activité, rassure Xavier Debrun.
Grâce au redressement de la consommation des ménages et de l'investissement des entreprises notamment, la croissance française devrait s'élever à 0,9% en 2027 (+0,1 point par rapport à la dernière estimation), selon le scénario de base, et à 1,2% en 2028. Avec cette nouvelle prévision de croissance pour 2026, la Banque de France se montre néanmoins plus pessimiste que le FMI, qui prévoit jusqu'à présent une progression de l'activité de 0,7% cette année, ou même que le gouvernement qui espère encore +0,9%. L'inflation revue en forte hausse Si la croissance 2026 est revue à la baisse, c'est notamment parce que l'inflation, elle, devrait finalement être plus forte que prévu cette année, à 2,5% en moyenne sur l'année en données harmonisées (IPCH).
C'est 0,8 point de plus que ce que prédisait la Banque de France lors de sa dernière estimation en mars. Les prix seraient en effet tirés "par la hausse des prix de l’énergie et ses effets indirects, notamment sur le transport aérien du fait du renchérissement du kérosène, ainsi que sur les prix alimentaires, en lien avec les hausses attendues des matières premières agricoles et des engrais", souligne la Banque de France. Une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d'achat des ménages qui reculerait de 0,4% cette année, les prix augmentant plus vite que les salaires (+2,1%).
Sans compter que la remontée du taux de chômage jusqu'à 8,2% pèserait sur le pouvoir de négociations des salariés. Seule consolation: ce recul ne serait que temporaire et le pouvoir d'achat repartirait à la hausse en 2027 (+0,5%) et 2028 (+0,4%) grâce à une inflation moins dynamique (+1,7%) et à un taux de chômage qui repasserait sous la barre des 8% (7,8% en 2028). L'objectif d'un déficit de 5% fin 2026 désormais inatteignable?
Dans ce contexte de ralentissement économique, le respect de l'objectif de déficit public du gouvernement (basé sur une croissance de 0,9%) à 5% du PIB fin 2026 paraît plus qu'hypothétique. "En l'absence de mesures d'économie supplémentaires, le solde public s'établirait à -5,2% du PIB en 2026", prévient la Banque de France. La banque centrale prédit ensuite un légère ajustement dans les années suivantes mais cela resterait "insuffisant pour stabiliser la trajectoire de la dette publique qui atteindrait 122% du PIB en 2028", contre environ 115% en 2025, met en garde Xavier Debrun.
Un niveau qui maintiendrait la France parmi les cancres du continent en matière de gestion des finances publiques puisque la dette moyenne de la zone euro devrait s'élever à environ 90% du PIB en 2028.