Leurs sites de production sont situés en Bretagne et dans la Sarthe : ces entreprises qui fabriquent des grenades lacrymogènes pour le maintien de l'ordre
Deux sociétés françaises passent depuis plusieurs années des contrats de plusieurs millions d’euros avec l’État pour équiper les forces de l’ordre. Des sites de production qui existent depuis plusieurs décennies.
Plus de 19.000 grenades lacrymogènes auraient été employées à Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux lors de la journée du 17 octobre, marquée par des violences et des pillages en marge des manifestations. C'est le décompte, encore provisoire à l'époque, réalisé par Le Monde peu après cette journée noire. Les grenades lacrymogènes ? Un matériel de maintien de l'ordre régulièrement utilisé lors de manifestations et mis au point en France il y a plus d'un siècle, comme le rappelle la chercheuse en sciences sociales Anna Feigenbaum dans sa Petite histoire du gaz lacrymogène. Aujourd'hui encore, deux entreprises françaises situées en Bretagne et dans la Sarthe, font partie des principaux fournisseurs des forces de l’ordre : Nobel Sport et Alsetex.
Lors de la dernière attribution du marché public en 2023, ces deux sociétés ont signé des contrats de plusieurs millions d’euros. Huit lots de commandes de matériel étaient proposés en appel d'offres, initialement pour un montant estimé à 38 millions d'euros mais finalement totalisant plus de 78 millions, selon l’avis disponible en ligne sur le Bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP).
L'entreprise sarthoise Alsetex, avait répondu à six lots pour un total d’environ 21 millions d’euros. L’État a notamment accordé plus de 11 millions d’euros pour le lot 5, « cartouches-grenades 56 millimètres à effet sonore et lacrymogène à portée 80 mètres ». De son côté Nobel Sport, dont le principal site de production se situe en Bretagne, a remporté le lot 1, « fourniture de grenades de maintien de l’ordre et moyens de propulsion à retard et bouchons allumeurs », pour un montant de près de 40 millions d’euros (hors taxes). L’entreprise française a également obtenu une partie des lots 3 et 8.
Depuis plusieurs années, ces deux industriels se partagent le gâteau. En 2018 déjà, ils avaient répondu un appel d’offres similaire mais celui-ci était de 17,5 millions d’euros selon le BOAMP. Nobel Sport avait récupéré 68 % de la valeur de ce marché et Alsetex 30 %.
De la production de poudre pour la marine royale au maintien de l'ordre et à la chasse
Le savoir-faire des deux entreprises est historique. Le principal site de production de Nobel Sport, dans le Finistère, existe depuis la fin du XVIIe siècle. Au début, l’usine de Pont-de-Buis produit de la poudre noire pour la Marine royale. Après les deux guerres mondiales, la Société nationale des poudres et explosifs qui l'exploite alors a commencé à tourner sa production vers les activités de chasse avant de céder cette branche à Nobel Sport en 2000. Aujourd’hui, Nobel Sport y fabrique de la poudre destinée aux munitions de fusil de chasse et à des équipements de maintien de l’ordre comme des lanceurs de balles de défense (LBD) ou des grenades lacrymogènes.
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- Challenges30 oct., 17:30
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