Renault annonce un plan de départ volontaire concernant 800 ingénieurs en France d’ici fin 2027
Le groupe automobile français avait déjà annoncé courant avril qu’il allait réduire «de 15 à 20 %» le nombre de postes d’ingénierie dans ses effectifs mondiaux sous «deux ans».
Moins de fonctions transversales, moins de coordinations, moins de réunions. Mais plus de responsabilité. C’est ainsi que Philippe Brunet, le Chief technology officer (responsable de la technologie) du groupe Renault envisage le futur de la conception des nouveaux véhicules au sein de la marque au losange.
En avril dernier, le constructeur avait annoncé une refonte de son ingénierie au niveau mondial. Avec un objectif clair : concurrencer les constructeurs chinois dans le domaine de la conception de nouveaux véhicules, avec l’ambition d’être aussi rapide qu’eux et tout aussi compétitif. Avec à la clé, 15% à 20% de suppressions de postes sur les 11.
000 personnes travaillant pour l’ingénierie au niveau mondial. Aujourd’hui, la marque au losange décline ce plan à l’échelle hexagonale. Et la France est plutôt bien traitée.
L’ingénierie de Renault emploie 5500 personnes en France. Et la refonte du secteur devrait provoquer le départ de 800 personnes, soit un peu moins de 15% des effectifs. De plus, «il n’y aura aucun départ contraint, seulement des départs négociés ou des dispenses d’activité (c’est-à-dire des préretraites NDLR)», a expliqué Philippe Brunet, lors d’une rencontre en distanciel avec quelques journalistes.
Simplifier pour aller plus vite Surtout, le plan de Renault va cependant bien au-delà d’une simple réduction d’effectifs. «Si on se contente de gérer des effectifs, nous n’allons pas réussir : il faut transformer l’ingénierie pour que nous soyons capables de la pérenniser au sein du groupe», explique le chef de la technologie. En 2024, les constructeurs chinois avaient moins de 3% de parts de marché en Europe.
Fin mai, ils avaient grimpé à 8,8%. Tous les constructeurs déjà présents en Europe souffrent aujourd’hui. Il faut donc s’adapter à cette situation.
«La solution la plus facile serait d’arrêter de développer nos technologies pour les acheter aux Chinois, estime Philippe Brunet. Nous ne faisons pas ce choix-là, mais nous voulons continuer à développer et maîtriser nos technologies. Mais il faut être compétitif.
Ce qui justifie cette évolution de grande ampleur». Aujourd’hui, la conception d’un véhicule est divisée en 44 éléments. Ce qui nécessite de nombreuses fonctions transverses pour coordonner tous ces éléments, et prend forcément plus de temps pour se décider.
D’ici la fin de cette année, il n’y aura plus que 27 morceaux. « Il faut aller beaucoup plus vite dans la prise de décision et la réalisation, souligne le CTO de Renault Group. Et pour ça, il faut tout simplifier ».
11. 000 ingénieurs dans le monde Pour y parvenir, il va falloir étendre le champ des responsabilités techniques, mais Philippe Brunet estime que cela peut être un facteur de motivations pour les équipes. Le patron de la technologie compte également réduire drastiquement les documentations, spécifications et autres éléments administratifs qui accompagnent le développement d’un véhicule.
À ce niveau, il vise une réduction de ce que les ingénieurs appellent des «délivrables» de 30%. Et les réunions devraient être amputées de 20%. Ces changements vont forcément avoir des conséquences sur les compétences et les effectifs de l’ingénierie en France.
Outre les 800 départs, le constructeur de Billancourt prévoit plus de 200. 000 heures de formations sur la période 2026-2027. Sur ce volume, certains ingénieurs vont rester dans leur domaine de compétence, mais s’adapter aux évolutions du moment.
Ce sera le cas dans le domaine des batteries, où les technologies évoluent très vite. Mais 500 personnes devront entamer un parcours de reconversion plus lourd. « Et nous allons procéder à 150 à 200 recrutements externes, car dans certains domaines, nous devons disposer des compétences très rapidement », précise Philippe Brunet.
Les dirigeants de Renault pensent qu’ils peuvent convaincre les syndicats de les accompagner dans cette stratégie. Ils leur ont présenté ce plan le mercredi 24 juin. Ils prévoient de le présenter aux managers de l’ingénierie le jeudi 25 juin, et à l’ensemble des salariés du secteur le lendemain.
Surtout, ils espèrent parvenir à un accord en juillet. Ce qui permettrait de le mettre en œuvre au niveau opérationnel avant la fin de l’année. Au niveau des effectifs, le plan est cependant prévu pour être réalisé d’ici la fin de l’année 2027.