"À politique inchangée, le déficit public atteindrait 6,8% du PIB en 2030": un groupe d'économistes missionnés par le gouvernement évalue à 125 milliards d'euros l'effort à réaliser d'ici 2032
Sollicités par le gouvernement à l'approche des nouveaux débats budgétaires, quatre économistes ont réalisé une évaluation de la trajectoire des dépenses et des recettes publiques si aucun changement n'était mené. Ils es

Pour stabiliser ses finances publiques, la France doit procéder à un ajustement budgétaire de 125 milliards d'euros d'ici la fin du prochain quinquennat en 2032, selon un rapport rendu ce mercredi 15 juillet par un groupe d'économistes missionnés par le gouvernement. À l'approche des discussions budgétaires au Parlement, qui s'annoncent très difficiles pour l'exécutif, Xavier Jaravel (Conseil d'analyse économique), Xavier Ragot (OFCE), Jean-Luc Tavernier (ancien directeur de l'Insee) et Natacha Valla (ancienne cadre de la Banque centrale européenne) ont été chargés d'estimer la trajectoire que prendraient les finances publiques "à politique inchangée" d'ici 2030. C'est-à-dire si les pouvoirs publics ne changeaient rien, afin d'observer la dynamique des dépenses et des recettes.
Leur constat est clair: les dépenses augmenteraient nettement plus vite que les recettes. En ne faisant rien, le déficit public, évalué en 2025 à 5,1% du PIB (Produit intérieur brut), passerait à 5,9% en 2027 et à 6,8% en 2030. Dans le même temps, le montant de la dette publique gonflerait sensiblement, passant de l'équivalent de 118% du PIB en 2026 à 130% en 2030, soit une hausse de 34 points en 20 ans.
Dit autrement, cela représenterait l'équivalent d'1,3 année de production de richesses en France. Pour les auteurs de ce rapport, la première raison de cette "dérive" tient à la hausse de la charge d'intérêts, c'est-à-dire des dépenses consacrées au seul paiement des intérêts de la dette. Ce poste augmenterait en effet d'environ 10 milliards d'euros par an d'ici 2030, soit un total de 46 milliards d'euros, alors que la France emprunte plus qu'avant et surtout à des taux nettement plus élevés que dans les années 2010.
Forte pression du vieillissement de la population Le vieillissement de la population pèse aussi sur les finances publiques. Si rien n'est fait, les dépenses de retraite et de santé sont amenées à grimper de manière significative, et à un rythme plus rapide que le potentiel de croissance de l'économie. À politique inchangée, les auteurs évaluent que les dépenses de retraite augmenteraient de 47 milliards d'euros d'ici 2030 (+13%), parce que le nombre de retraités et le montant moyen des pensions versées vont augmenter.
À noter que cette estimation intègre une remise en route de la réforme de 2023, dont l'application a pour le moment été suspendue. L'an passé, les dépenses brutes de retraite s'élevaient à 422 milliards d'euros (soit 14,1% du PIB) et représentaient près d'un quart des dépenses publiques, selon le dernier rapport du Conseil d'orientation des retraites. De leur côté, et toujours à politique inchangée, les dépenses de santé sont attendues en hausse de 40 milliards d'euros d'ici 2030 (+15%), selon Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla.
Troisième raison de la hausse spontanée des dépenses publiques: la planification d'une augmentation du budget de la Défense. La dernière loi de programmation militaire prévoit en effet une augmentation de 19 milliards d'euros d'ici 2030. De plus, dans les calculs réalisés par les économistes, la contribution versée à l'Union européenne augmenterait de 10 milliards d'euros pour atteindre 38 milliards d'euros en 2030 et la surtaxe exceptionnelle d'impôt sur les sociétés disparaîtrait.
"Des effort partagés" À partir de ce constat, les auteurs ont donc estimé à 125 milliards d'euros le montant de l'ajustement nécessaire pour stabiliser les finances publiques en cinq ans. Comment faire? "Compte tenu des montants en jeu, on ne peut pas faire reposer l’ajustement sur un seul instrument", précisent les quatre économistes.
"L'ampleur de l’ajustement est telle que les efforts devront être partagés, et qu’il est illusoire de penser qu’une partie minoritaire de la population (les ultra-riches, les fonctionnaires, les retraités, les étrangers, etc. ) puisse subir tout l’ajustement", ajoutent les auteurs. Ces économistes jugent toutefois prioritaire de s'attaquer en priorité aux dépenses publiques.
Concrètement, ils préconisent notamment de remettre en question "l'indexation automatique des dépenses sur l'inflation". La semaine dernière, le comité de suivi des retraites, chargé de donner un avis annuel au gouvernement sur l'évolution du système, appelait lui aussi à sous-indexer les pensions de retraite par rapport à l'inflation, ce qui suppose une perte de pouvoir d'achat pour les retraités.