"Les prix doivent être compétitifs pour raviver l’intérêt des Chinois": confrontée à une concurrence accrue depuis la réouverture d'Ormuz, l'Arabie Saoudite va vendre son pétrole à prix discount au mois d'août
La compagnie pétrolière saoudienne va exceptionnellement brader son pétrole pour regagner des clients asiatiques, alors que les cours ont chuté depuis l'arrêt des combats au Moyen-Orient.

C'est une décision rare. L'Arabie saoudite va vendre son pétrole à prix cassé le mois prochain, alors que la physionomie du marché a totalement changé depuis la signature d'un protocole d'accord de paix entre les États-Unis et l'Iran. L'augmentation de l'offre, notamment permise par la reprise progressive du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, a fait chuter les cours et accru la concurrence pour trouver des acheteurs.
Pour séduire les clients asiatiques, Saudi Aramco, la compagnie d'État, va donc baisser les prix de son pétrole Arab Light de 11 dollars en août, soit 1,5 dollars de moins que le prix de référence régional, rapporte Bloomberg. Lors des 25 dernières années, l'Arabie saoudite n'a fait de telles ristournes que deux fois: en 2015 pour contrer le pétrole américain et en 2020 contre l'or noir russe. "Les baisses de prix officielles pour les chargements d'août reflètent le surplus de cargaisons disponibles rapidement.
Les prix doivent être suffisamment compétitifs pour raviver l’intérêt des Chinois", décrypte Ahmed Mehdi, analyste pétrolier chez Renaissance Energy Advisors, auprès de Bloomberg. Après avoir atteint un pic d'environ 126 dollars le baril en avril, les cours du pétrole Brent de la mer du Nord se situent désormais en dessous des niveaux enregistrés juste avant le début du conflit, autour de 72 dollars. Pour le moment, cela ne se traduit pas totalement à la pompe.
Les carburants restent en moyenne 15 centimes d'euro plus chers qu'avant la guerre, selon le site Carbu. com. En fait, les marchés pétroliers semblent se rapprocher de la situation initiale.
Avant le début de la guerre, l'offre de pétrole était largement plus importante que la demande, de l'ordre de 3,7 millions de barils par jour, selon les chiffres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Ce surplus exerçait une forte pression à la baisse sur les prix. Et ce matelas a été très utile pour éviter la catastrophe au plus fort de la guerre.
Certains, comme la Chine, dont le rôle a été majeur, avaient profité de l'excédent pour faire des réserves. "La Chine, notamment, a consommé pendant de nombreux mois d'énormes quantités d'importations de pétrole qu'elle avait stockées. Ce phénomène, conjugué à une baisse de la demande tant du côté des raffineurs que des consommateurs finaux, a permis à la Chine de réduire ses importations de pétrole brut de 40 % –soit 4,6 millions de barils par jour– entre février et mai, contribuant ainsi significativement à atténuer les tensions sur le marché mondial", note ainsi l'AIE.
L'offre de pétrole devrait redevenir plus importante que la consommation l'année prochaine, selon les projections de l'AIE. L'institution anticipe un excédent de l'ordre de 5 millions de barils de pétrole par jour en 2027, à condition bien sûr que la situation se stabilise au Moyen-Orient. À ce stade, des négociations se poursuivent entre Washington et Téhéran.
Mais les progrès sont lents, et des questions clés restent en suspens, notamment l'avenir du programme nucléaire iranien.