"Ce serait bénéfique": après l'échec du Scaf, l'italien Leonardo ouvre la porte à l'Allemagne dans son projet d'avion de combat mené avec le Royaume-Uni et le Japon
Tout en prenant soin de préciser que rien n'était fait à ce stade, Lorenzo Mariani se montre très intéressé par l'hypothèse d'une entrée de l'Allemagne dans le programme Gcap, le principal concurrent du Scaf franco-allem

Une participation de l'Allemagne au programme italo-britannico-japonais Gcap serait "bénéfique", a estimé le PDG du géant italien de défense Leonardo dans un entretien à l'AFP, quelques semaines après l'abandon du Scaf, l'ambitieux projet franco-allemand d'avion de combat du futur. "Pour le moment ce n'est pas une option, même si, d'un point de vue industriel, je pense que ce serait bénéfique", a déclaré Lorenzo Mariani en marge du salon aéronautique et de défense Farnborough au Royaume-Uni. Il a cité, parmi les avantages, "la forte compétence de l'industrie allemande, la capacité de financement importante de l'État allemand et l'expérience commune" acquise au sein des programmes Eurofighter, chasseur européen actuel et du Tornado, avion de combat multinational européen, développé à partir des années 1970 par l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie.
"Le seul véritable risque concerne les perturbations dans les délais et la répartition des parts de marché", a-t-il ajouté. Il a admis ne pas avoir été officiellement approché, même si "des échanges informels entre industriels existent toujours et ont lieu en permanence". Lorenzo Mariani avait déjà lancé un appel du pied à l'Allemagne à la fin du mois de juin, dans un entretien accordé au Financial Times.
Le programme avance Le GCAP (Global Combat Air Programme), un avion de combat de sixième génération, doit remplacer l'Eurofighter Typhoon pour l'Italie et la Grande-Bretagne, et le Mitsubishi F-2 pour le Japon. Airbus, qui représentait l'Allemagne et l'Espagne dans le Scaf, enterré en raison des divergences industrielles avec Dassault Aviation, ne ferme pas la porte à une entrée dans le programme Gcap. "Cela dépend", "c'est à déterminer", a réagi Michael Schoellhorn, chef de la division Airbus Defence and Space.
"Nous sommes prêts à rejoindre ou à construire quelque chose où nous aurons une part significative du travail et du leadership", a-t-il poursuivi. La recomposition des alliances autour du futur chasseur européen est l'un des sujets majeur de Farnborough, d'autant plus que le Gcap a connu une accélération ce mois-ci avec l'attribution par les trois pays de 4,6 milliards de livres (5,4 milliards d'euros) pour poursuivre son développement, pour une entrée en service en 2035. Mardi, le Canada a annoncé rejoindre le programme comme premier pays "observateur", ouvrant la voie à ce qu'il en devienne un membre à part entière.
Pour M. Mariani, il s'agit d'un "autre progrès, car le premier ouvre généralement la voie à d'autres pays qui souhaitent obtenir le même rôle". Frictions avec OHB Le patron de Leonardo, engagé avec Airbus et Thales dans une mégafusion dans le domaine des satellites baptisé Bromo, a par ailleurs défendu ce projet face aux attaque d'OHB, concepteur de satellites allemand qui dénonce les atteintes à la concurrence et menace de saisir la justice en cas d'accord "sans contre-mesure".
Après le protocole d'accord sur la fusion entre Airbus, Thales et Leonardo signé en octobre 2025, les partenaires préparent actuellement le dépôt du projet auprès des autorité antitrust européennes. "Il y a un certain nombre de points qui doivent être étudiés et résolus. Je reste assez optimiste quant au fait que nous terminerons la procédure dans les délais prévus", a souligné M.
Mariani. "Nous avons rassuré l'ensemble du tissu industriel en expliquant que Bromo sera bénéfique pour nous, mais aussi pour les clients et pour toute la chaîne d'approvisionnement. Le mécanisme de création d'un grand champion en Europe vise clairement cet objectif", a-t-il poursuivi.
"Si certains craignent que cela puisse nuire à la compétitivité, je pense qu'ils se trompent (... ) Nous considérons qu'il existe une pluralité de l'offre", a-t-il insisté. "Nous pensons pouvoir accéder à de nouveaux marchés qui, autrement, ne seraient pas accessibles aux Européens, mais seraient captés par des concurrents", a-t-il conclu.
Face à la puissance croissante de SpaceX et de son patron Elon Musk, qui domine le marché des lanceurs et déploie à grande échelle sa constellation de satellites Starlink, le projet Bromo vise à renforcer la capacité de l'Europe à rivaliser dans le spatial. Pour aller plus loin: "La France est la seule équipe en Europe qui peut produire un avion de chasse": un nouveau Rafale? Un Scaf français?
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