Spoofing sur le pétrole d’Hyperliquid : 170 millions $ d’ordres fantômes pour 119 000 $ de gain
Bloomberg et Solidus Labs pointent 170 M$ d'ordres annulés sur le Brent d'Hyperliquid en mars, pour 119 000 $ de gain. Soupçon de spoofing, sans preuve. L’article Spoofing sur le pétrole d’Hyperliquid : 170 millions $…
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Pour comprendre l’affaire, il faut partir du carnet d’ordres . C’est la liste publique des offres d’achat et de vente en attente sur un marché, classées par prix. Les traders la lisent en permanence. Un gros mur d’ordres de vente laisse penser que le prix va baisser. À l’inverse, un gros mur d’achat annonce une hausse.
Le spoofing exploite cette lecture. Le manipulateur affiche de gros ordres qu’il n’a aucune intention de laisser s’exécuter. Prenons un exemple simplifié. Le Brent cote 83 dollars et le spoofer place 10 millions de dollars d’ordres de vente juste au-dessus du prix. Les autres traders croient à une vague vendeuse et vendent à leur tour, si bien que le cours glisse à 81 dollars. Le spoofer achète alors discrètement à ce prix bas. Puis il annule ses faux ordres avant qu’ils ne soient touchés. Le mur disparaît, le prix remonte et il revend avec un bénéfice.
Une variante, le layering , étage ces faux ordres sur plusieurs niveaux de prix pour rendre le mur plus crédible. Pour repérer un spoofer, les sociétés de surveillance comme Solidus Labs guettent surtout trois signaux. D’abord, une part d’ordres annulés écrasante par rapport aux ordres exécutés. Ensuite, de gros ordres retirés juste avant d’être touchés. Enfin, des transactions de sens opposé passées au même moment par le même compte.
La pratique est illégale aux États-Unis depuis la section 747 du Dodd-Frank Act de 2010. Ce texte interdit de passer un ordre « avec l’intention de l’annuler avant son exécution ». En Europe, le règlement sur les abus de marché, dit MAR, range lui aussi ces faux ordres parmi les manipulations de cours.
Le terrain de jeu mérite aussi une définition. Un contrat perpétuel est un produit dérivé sans date d’échéance. Il permet de parier à la hausse ou à la baisse sur le Brent avec un effet de levier, sans jamais détenir de pétrole. Sur Hyperliquid, ces contrats s’échangent 24 heures sur 24 dans un carnet d’ordres entièrement on-chain, visible par tous.
Le scénario décrit par Bloomberg colle à cette définition. Le 9 mars, l’un des deux comptes a annulé environ 17 millions de dollars d’ordres de vente . Au même moment, 425 000 dollars d’achats s’exécutaient de l’autre côté du carnet, soit quarante fois moins. Autrement dit, ce compte retirait environ 40 dollars d’ordres pour 1 dollar réellement échangé. D’après Solidus Labs, le perpétuel Brent a d’abord glissé de 83,06 à 81,42 dollars en une dizaine de secondes. Il a ensuite grimpé à 87,56 dollars en moins d’une minute. Le même trader concentrait par ailleurs plus de 90 % des annulations de ce marché. Sur trois jours, le gain estimé atteint 119 000 dollars.
Seule la rédaction Journal du Coin rapporte cette information pour l’instant. Elle reste « source unique » tant qu’une autre rédaction ne l’a pas confirmée.
Méthode : les dépêches sont regroupées d’après les mots de leur titre et de leur résumé ; chaque rédaction compte une fois ; les chiffres sont lus tels que publiés. Rien ici n’est rédigé par une IA.
Ces trois journées sont celles de la frénésie pétrolière. Le 9 mars, le WTI a touché 119,48 dollars avant de rechuter jusqu’à 81,19 dollars dans la même séance. De plus, le volume quotidien des contrats pétrole d’Hyperliquid a dépassé le milliard de dollars au plus fort de la crise. Dans un carnet aussi nerveux, quelques millions d’ordres fantômes suffisent à déplacer le prix.
Bloomberg précise que l’identité des deux comptes et leur intention ne sont pas établies. Or l’intention est le cœur de toute affaire de spoofing. La CFTC est le gendarme américain des dérivés. Depuis ses lignes directrices de 2013, elle exige la preuve que l’ordre a été passé avec l’intention de l’annuler avant exécution. La simple imprudence ne suffit pas. Même sur un marché réglementé, ce type de dossier prend des années. Au 29 octobre, aucun média n’a fait état d’une action réglementaire.
Le précédent le plus lourd donne la mesure du risque. En septembre 2020, JPMorgan a accepté de payer 920,2 millions de dollars aux autorités américaines, selon la CFTC, pour des centaines de milliers d’ordres fictifs, passés de 2008 à 2016 sur les futures de métaux précieux et de bons du Trésor. « Le spoofing est illégal, purement et simplement », avait alors résumé Heath Tarbert, président de la CFTC.
Auprès de Bloomberg, Hyperliquid Labs s’en est tenu à une phrase. Selon l’entreprise, chaque ordre, chaque annulation et chaque transaction sont inscrits dans un registre public et immuable , consultable par tous en temps réel. Trade.xyz, l’équipe qui déploie les marchés pétroliers via HIP-3, affirme que ses marchés sont conçus pour résister à la manipulation. L’équipe assure aussi une surveillance et des alertes continues . HIP-3 est un cadre lancé en octobre 2025. Il permet à toute équipe qui immobilise 500 000 HYPE de créer ses propres marchés perpétuels et d’en fixer les règles.
L’argument de la transparence coupe dans les deux sens. Les données publiques ont permis à Solidus Labs de reconstituer la séquence sans aucun accès privilégié. Elles serviraient aussi de pièces à conviction si la CFTC décidait un jour d’agir. En revanche, la blockchain se contente d’enregistrer et ne sanctionne personne. Sur un marché réglementé, l’opérateur détecte et transmet au régulateur. Sur Hyperliquid, c’est le déployeur HIP-3 qui fixe lui-même les règles du marché qu’il surveille.
L’affaire arrive après six mois de tirs croisés. CME et ICE, les deux grandes bourses de dérivés américaines, ont alerté la CFTC et des parlementaires le 15 mai, selon Bloomberg. Elles visaient les perpétuels pétrole d’Hyperliquid et invoquaient le risque de manipulation, le contournement des sanctions et une possible distorsion des références mondiales du pétrole . Fin mai, Jeffrey Sprecher, PDG d’ICE, a jugé la plateforme « plus grosse que le Nasdaq ». Il soulignait au passage qu’elle ne compte que onze personnes . L’autorité monétaire de Singapour, la MAS, l’a placée à son tour sur sa liste d’alerte des investisseurs fin juin. Ces attaques manquaient jusqu’ici d’un cas concret. Solidus Labs leur en fournit un, même sans preuve d’intention.
Washington souffle pourtant le chaud. Le 19 août, Donald Trump a affirmé à la Maison-Blanche que le président de la CFTC, Michael Selig, « travaille aussi à faire venir Hyperliquid aux États-Unis » de manière « pleinement conforme et légale ». Le 26 août, le Hyperliquid Policy Center et trade[XYZ] ont ensuite demandé par lettre à la CFTC d’autoriser des perpétuels régulés sur le WTI, le Brent et le gaz Henry Hub . Le spoofing présumé de mars tombe donc en pleine demande d’agrément.
Ce n’est pas la première fois que les carnets d’Hyperliquid servent de terrain de jeu. En mars 2025, une stratégie sur le memecoin JELLYJELLY a laissé le coffre HLP, le teneur de marché communautaire de la plateforme, avec environ 12 millions de dollars de pertes latentes selon Lookonchain. Hyperliquid a alors fait état d’« indices d’activité de marché suspecte », et ses validateurs ont voté le retrait du marché. La Hyper Foundation a ensuite dédommagé les utilisateurs, à l’exception des adresses signalées.
Le 12 novembre 2025, l’affaire POPCAT a même pris des airs de spoofing. Un trader a réparti 3 millions de dollars sur 19 portefeuilles pour bâtir une grosse position longue. Il a posé un mur d’achat de 20 millions de dollars , puis l’a retiré d’un coup. Le cours s’est effondré, les liquidations se sont enchaînées et le coffre HLP a encaissé 4,9 millions de dollars de dette irrécouvrable, d’après les données on-chain analysées par Lookonchain. C’était déjà la troisième attaque de ce type en 2025, après JELLYJELLY et TST en juillet.
L’année 2026 n’a pas été plus calme. En avril, le coffre HLP a perdu 1,5 million de dollars dans une attaque orchestrée via le Fartcoin . Fin juillet, un prix aberrant venu d’une place coréenne a fait plonger le perpétuel SK Hynix de 17,9 % et liquidé 57 millions de dollars sur 960 comptes. À chaque fois, la transparence de la blockchain a permis de reconstituer l’attaque après coup, sans l’empêcher.
Pump.fun a annoncé le 28 octobre sur X l’ouverture des perps dans son application. Plus de 300 marchés Hyperliquid deviennent accessibles, des cryptos aux actions en passant par les matières premières. Le levier monte à 50x sur le S&P 500 , 40x sur le bitcoin, 25x sur l’ether et 20x sur Tesla ou Nvidia, selon TokenPost. Les positions s’ouvrent en marge isolée, c’est-à-dire avec une garantie propre à chaque position, depuis un solde en USDC ou en SOL sans passer par un pont. Pump.fun prélève 0,05 % par transaction en plus des frais du protocole, et ses conditions d’utilisation excluent les États-Unis et l’Ontario.
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Pump.fun n’a rien construit côté moteur. Le launchpad de memecoins de Solana se limite à une interface. Il achemine les ordres vers les carnets d’Hyperliquid grâce aux builder codes, un mécanisme qui lui reverse une part des frais. HyperCore apparie les ordres et gère les liquidations. Autrement dit, le public le plus impulsif de la crypto arrive avec du levier sur les mêmes carnets pétrole que Solidus Labs a passés au crible.
Hyperliquid cumule ainsi des déployeurs juges et parties avec un flux retail branché en direct sur ses carnets pétrole. Ceux qui réclament une surveillance de marché digne de ce nom tiennent leur dossier d’exemple, daté du 9 mars. La CFTC, elle, n’a annoncé aucune décision publique, ni sur la saisine de mai ni sur la demande d’agrément d’août.
Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.
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