Hors de question qu'il paie 12 milliards de dollars d'impôts et perde le contrôle de Meta: à quelques jours du référendum sur la taxe des milliardaires, Zuckerberg a bataillé mais fait plier son entreprise pour garder le pouvoir · Notitia
Hors de question qu'il paie 12 milliards de dollars d'impôts et perde le contrôle de Meta: à quelques jours du référendum sur la taxe des milliardaires, Zuckerberg a bataillé mais fait plier son entreprise pour garder le pouvoir
Menacé par une taxe exceptionnelle de 5% sur sa fortune, qui pourrait lui coûter plus de 12 milliards de dollars, Mark Zuckerberg a négocié un accord inédit avec Meta. Le fondateur de Facebook pourra vendre une partie…
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BFM Business
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Le mardi 3 novembre, les Californiens vont voter. Ils devront répondre oui ou non à cette question : "Instaure un impôt exceptionnel sur certains contribuables. Initiative de modification de la Constitution et de la législation de l'État.
" C'est la proposition 40. Derrière cet intitulé très administratif se cache une mesure qui fait trembler les plus grandes fortunes de la Silicon Valley : la création d'un impôt exceptionnel de 5% sur le patrimoine des milliardaires. Concrètement, les quelque 200 habitants de Californie dont la fortune dépasse le milliard de dollars pourraient être contraints de reverser à l'État l'équivalent de 5% de leur patrimoine.
Et pas seulement de leurs revenus : leurs actions, leurs participations dans des entreprises ou encore leurs placements financiers seraient concernés. Cette proposition est différente de la "taxe Zucman" qui consiste à imposer chaque année un prélèvement minimal de 2% sur le patrimoine des contribuables dont la fortune dépasse 100 millions d'euros. Contrairement à la proposition du Français ou à tout autre impôt sur la fortune classique, la taxe californienne ne serait prélevée qu'une seule fois, et non chaque année.
Les milliardaires concernés pourraient toutefois étaler son paiement sur cinq ans, moyennant un coût supplémentaire. Autre particularité : elle viserait les personnes qui résidaient en Californie au 1er janvier 2026, même si elles ont depuis quitté l'État. Plusieurs très grandes fortunes ont d'ailleurs pris les devants en déménageant avant cette date.
C'est le cas notamment des cofondateurs de Google Larry Page et Sergey Brin, de Peter Thiel, le cofondateur de PayPal. Tous trois sont partis en Floride. Ou encore de Travis Kalanick, le cofondateur d'Uber, parti au Texas.
Autant de grandes fortunes qui pourraient ainsi échapper à la taxe. 100 milliards de dollars sur cinq ans Mais le résultat du référendum ne suffira pas nécessairement à décider du sort de cette taxe. Deux autres propositions, les numéros 41 et 42, seront soumises au vote le même jour.
Soutenues financièrement par de grandes fortunes, dont le cofondateur de Google Sergey Brin, elles visent à empêcher l'entrée en vigueur de cet impôt. Si l'une d'elles obtient davantage de voix favorables que la proposition 40, la taxe pourrait être neutralisée, même si une majorité de Californiens a voté pour son adoption. C'est un puissant syndicat californien de travailleurs de la santé, le SEIU-UHW, qui est à l'origine de cette initiative.
Elle est aussi soutenue par le sénateur démocrate Bernie Sanders. Ses promoteurs espèrent récolter environ 100 milliards de dollars sur cinq ans pour compenser les coupes budgétaires décidées par l'administration Trump dans le financement de la santé, qui menacent notamment les hôpitaux et les cliniques de l'État. Cette bataille fiscale divise profondément la Californie, jusque dans le camp démocrate.
Le gouverneur Gavin Newsom s'oppose à la taxe, redoutant qu'elle ne pousse les milliardaires à quitter l'État et ne finisse par réduire ses recettes fiscales. Il soutient même la proposition 42, qui interdirait plus largement l'instauration de nouveaux impôts sur le patrimoine. Une personnalité majeure de Californie est particulièrement concernée.
Mark Zuckerberg qui envisageait en effet de quitter le "golden state" pour échapper à l'impôt sur les milliardaires. Son patrimoine est estimé à 247 milliards de dollars par Bloomberg. Ce qui fait du créateur de Facebook la cinquième fortune de la planète malgré un salaire symbolique de PDG d'un dollar par an depuis 2013.
Mais il a changé d'avis. Du moins, sa société a cédé pour le retenir. Selon ce document de Meta déposé à la SEC, le patron de 42 ans a du âprement négocier avec un comité spécial du conseil d'administration pour trouver une solution.
"Ces négociations ont été longues et, à plusieurs reprises, conflictuelles", peut-on y lire. Le comité, chargé de défendre les intérêts des actionnaires, exigeait en effet des concessions significatives du fondateur de Facebook avant d'accepter la création d'une nouvelle catégorie d'actions. Un compromis a finalement été trouvé.
L'enjeu financier pour le milliardaire n'est pas anodin. Si l'ensemble de la fortune de Zuckerberg entrait dans l'assiette de la taxe envisagée, il pourrait théoriquement devoir s'acquitter d'une facture d'environ 12,3 milliards de dollars. 61% de droits de vote Car contrairement à un impôt sur le revenu, qui porte sur les sommes gagnées au cours d'une année, cette mesure viserait directement le patrimoine des milliardaires.
Autrement dit, leurs actions, leurs participations dans des entreprises, leurs biens immobiliers et leurs autres actifs, selon les règles d'évaluation et les exemptions prévues par le texte. Une différence majeure pour les grandes fortunes de la technologie, dont la richesse est essentiellement constituée d'actions de leurs propres entreprises. Pour s'en acquitter, il pourrait donc être contraint de vendre une partie de ses participations, au risque de réduire son influence sur son entreprise.
Le projet est d'autant plus controversé qu'il toucherait des fortunes constituées au fil de plusieurs décennies et pas seulement les revenus ou les plus-values réalisés récemment. C'est là que l'accord entre Meta et Zuckerberg prend tout son sens. Le groupe a conçu une nouvelle catégorie d'actions sans droit de vote qui permettra à son fondateur de monétiser une partie de sa fortune sans abandonner son pouvoir.
Aujourd'hui, Mark Zuckerberg contrôle environ 61% des droits de vote de Meta grâce à des actions bénéficiant de droits de vote renforcés alors qu'il possède seulement 13% des parts de l'entreprise. Ce dispositif lui permet de conserver la maîtrise des grandes décisions stratégiques, même s'il ne possède pas la majorité du capital économique de l'entreprise. Avec le nouveau mécanisme, il pourra céder progressivement jusqu'à la moitié de sa participation sans perdre son contrôle sur le groupe.
Le dirigeant pourra notamment vendre un cinquième des nouvelles actions qui lui seront attribuées dès leur émission. Une disposition qui, selon les documents déposés par Meta, doit lui permettre de dégager suffisamment de liquidités pour payer l'impôt californien si celui-ci est adopté. Pour créer cette nouvelle catégorie de titres, Meta va procéder à un fractionnement d'actions à raison de deux pour une pour les actionnaires existants.
Les nouveaux titres sans droit de vote devraient commencer à être négociés en janvier. En échange de ces concessions, Mark Zuckerberg s'est engagé à rester domicilié en Californie pendant huit ans. Un engagement toutefois assorti d'une clause lui permettant de déménager si des circonstances imprévues importantes le justifiaient.
Pour Meta, l'enjeu était donc aussi de retenir son fondateur dans l'État où se trouve son siège historique. C'est ainsi que le comité spécial justifie sa décision. "Si l'impôt sur la fortune californien est adopté et que Mark Zuckerberg devient redevable de cet impôt, il paierait de fait [du par sa rémunération de 1 dollar par an] pour exercer ses fonctions de directeur général tout en résidant en Californie.
" Par ailleurs, il considère que "compte tenu de la transformation radicale et sans précédent qui s'opère en lien avec l'intelligence artificielle, le talent et le leadership de Mark Zuckerberg ont été essentiels à notre croissance, à notre stratégie et à notre stabilité depuis notre création, et souhaite que cela perdure. " Un point cependant sur lequel les investisseurs ont des doutes. Cette semaine, ils ont durement sanctionné Meta en Bourse après l'annonce de dépenses qu'ils jugent excessives dans l'IA.
Meta a besoin de beaucoup d'argent Le sujet du contrôle n'est d'ailleurs pas nouveau chez Meta. En 2017, le groupe avait déjà tenté de mettre en place une structure comparable, avant d'y renoncer face à une procédure judiciaire engagée par des actionnaires minoritaires. Ceux-ci dénonçaient le risque de voir Mark Zuckerberg conserver un pouvoir considérable tout en réduisant progressivement son exposition financière aux performances de l'entreprise.
L'accord négocié avec Mark Zuckerberg répond également à un impératif industriel. Meta a besoin de sommes colossales pour financer ses ambitions dans l'intelligence artificielle. Selon les documents publiés par le groupe, ses prévisions internes font apparaître un besoin de financement de plusieurs centaines de milliards de dollars au cours des prochaines années.
Pour lever de telles sommes, Meta pourrait émettre de nouvelles actions. Mais cette opération aurait pour conséquence de diluer les droits de vote de ses actionnaires actuels, et notamment ceux de Mark Zuckerberg. Or, le fondateur de Facebook a clairement prévenu qu'il refuserait toute opération susceptible de remettre en cause son pouvoir sur l'entreprise.
Quant à emprunter les sommes nécessaires, cela pourrait fragiliser la situation financière du groupe et de dégrader sa notation de crédit. La création de nouvelles actions sans droit de vote pourrait donc permettre à Meta de lever des capitaux auprès des investisseurs sans diluer le contrôle de son fondateur. Car le géant de la tech a besoin de sommes colossales pour investir dans les infrastrutures IA.
Au troisième trimestre, Meta a consacré 35 milliards de dollars à ses investissements et sur l'ensemble de l'année, le groupe prévoit des dépenses d'investissement pouvant atteindre 145 milliards de dollars. Rien ne dit toutefois que les Californiens adopteront cette taxe le 3 novembre prochain. Les derniers sondages montrent d'ailleurs que ses partisans perdent du terrain.
Même si selon ce dernier sondage de Politico en date du 19 octobre, 46% des électeurs assurent qu'ils voteront oui contre 43% de non. Rappelons enfin que tous les milliardaires de la Silicon Valley ne partagent toutefois pas cette hostilité. Jensen Huang, le patron de Nvidia, dont la fortune avoisine les 185 milliards de dollars, a récemment assuré sur CBS qu'il considérerait comme un "privilège" de payer cette taxe.
Une position qui tranche avec celle des autres grandes figures de la tech. En Californie, ne résident actuellement plus que deux patrons du secteur dont la fortune dépasse 100 milliards de dollars : Jensen Huang et Mark Zuckerberg.