Soupçons de fraude à 400 millions d’euros : le groupe Altrad visé par le PNF, un nouveau coup dur pour son patron déjà condamné
Le groupe montpelliérain propriété de la 20e fortune professionnelle de France selon Challenges, fait l’objet d’une enquête pour fraude fiscale. L’administration suspecte des montages acrobatiques… lesquels n’ont jamais

Le groupe de services (ingénierie, maintenance) et de fournitures (échafaudages, bétonnières…) à l’industrie Altrad, une des plus belles réussites industrielles françaises de ces vingt dernières années se trouve dans le viseur de l’administration fiscale. Soupçonné de fraude à l’impôt, le groupe montpelliérain fait l’objet d’une plainte des services de Bercy. Le Parquet national financier (PNF) est chargé de l’enquête.
Selon l’AFP, qui a révélé une perquisition intervenue la semaine dernière sur plusieurs sites du groupe dont son siège social, les soupçons portent sur un supposé système de fraude fiscale d’un montant annuel compris « entre 23 et 86 millions d’euros par an sur la période 2018-2024, soit un montant total compris entre 350 et 400 millions d’euros ». Le montage aurait consisté à sortir ces sommes de la marge du groupe, en jouant sur les nombreuses filiales du groupe à l’international via un hub basé à Dubai. Des informations non confirmées à ce stade par le PNF. Le groupe Altrad, lui, s’applique un droit au silence alors que plusieurs personnes ont été auditées librement, sans mise en garde à vue, par les enquêteurs.
Mohed Altrad, l’incarnation de la réussite à la française
Avec près de 65 000 salariés dans le monde, et 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, le groupe Altrad n’a jusqu’ici jamais fait parler de lui… sinon par son dirigeant et ses activités extra-entrepreneuriales. Sacré meilleur chef d’entreprise du Monde par le cabinet EY en 2015, Mohed Altrad est une personnalité à part dans le capitalisme hexagonal.
Né en Syrie, venu en France à la faveur d’une bourse d’étude, il est désormais la 20e fortune professionnelle de France selon le classement Challenges. Un parcours hors norme doublé d’un besoin de reconnaissance passant par son engagement politique – il a, en vain, été deux fois candidat à la mairie de Montpellier- et dans le sport avec le rachat du Montpellier Hérault Rugby qui disputera samedi sa quatrième finale du championnat de France face à Toulouse. Malgré un premier titre national en 2022 et un troisième sacre en Challenge Cup au printemps, le club et son président restent mal aimés du milieu du rugby, certains soupçonnant l’homme d’affaires d’influencer excessivement les instances dirigeantes.
Un dirigeant qui a déjà franchi la ligne jaune
Il faut dire qu’en décembre 2022, le tribunal correctionnel de Paris l’a condamné à 18 mois de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et une peine d’inéligibilité pour corruption active, trafic d’influence et abus de biens sociaux, aux côtés de Bernard Laporte, alors président de la FFR. Ce dernier, aujourd’hui manager du MHR, est soupçonné d’avoir favorisé le groupe Altrad en échange de 180 000 euros versés en mars 2017 pour des séminaires, via un contrat d’image qui n’aurait jamais été exécuté. Les deux hommes ayant fait appel, leur second procès se tiendra en mars 2027.
1,3 milliard de retombées, mais 42 millions de pertes : le paradoxe du rugby français, entre popularité grandissante et fragilité financière
Le club de rugby détenu par Mohed Altrad, le Montpellier HR, sait également s’arranger en matière de contrats avec l’étranger. Début 2015, le technicien sud-africain Jake White est arrivé au club pour remplacer, dans les faits, l’entraîneur de l’époque. Ce dernier étant mis à pied mais toujours rémunéré, le club a trouvé une autre formule : selon une information de L’Équipe Magazine publiée en 2017 et jamais démentie, Jake White était alors « payé au titre d’une prestation de services via une société basée à Houston, au Texas. » Un montage contractuel très limite qui n’a pas empêché la réussite sportive, puisque la saison suivante, Jake White permettait à Montpellier de soulever le tout premier trophée européen de son histoire.
Un autre montage, plus anecdotique mais aussi le plus drôle, concerne ses cotisations passées au Medef de l’Hérault. Selon les informations de Challenges, Altrad y adhérait il y a une dizaine d’années au titre de sa holding. La cotisation étant proportionnelle au nombre de salariés, il y cotisait au même niveau qu’un autoentrepreneur ! S’il n’était probablement pas le seul à l’époque, il était au moins le plus visible.