"Porter atteinte aux intérêts vitaux des consommateurs français": la Chine menace la France de représailles après sa "loi anti-Shein"
La Chine menace la France de mesures de rétorsion après l'adoption de sa loi anti-ultra fast fashion visant Shein, Temu et AliExpress, qu'elle juge discriminatoire et contraire aux règles de l'OMC.

La Chine a averti mercredi que la France s'exposait à de possibles mesures de rétorsion après l'adoption d'une loi visant à contrer l'essor de la mode jetable, ou "ultra fast-fashion", dénonçant une réglementation "discriminatoire" et contraire aux principes du commerce. Adopté par le Parlement français à la fin du mois dernier, la loi cible exclusivement les acteurs comme Shein, Temu ou AliExpress, définis par un très grand nombre de nouvelles références mises sur le marché et un modèle qui décourage la réparation des vêtements. Elle instaure un malus écologique progressif sur chaque produit vendu, qui pourra atteindre jusqu'à 20 euros par article en 2030, dans la limite de 50% du prix hors taxe, les sommes collectées devant notamment financer les filières de collecte et de recyclage des textiles.
Les plateformes concernées devront également afficher sur leurs sites des messages incitant à la sobriété, au réemploi et à la réparation des vêtements. Enfin, le texte interdit leur publicité, y compris via les influenceurs, même si cette mesure reste suspendue à sa compatibilité avec le droit européen et pourrait être contestée par la Commission européenne. Une initiative dénoncée par Pékin.
Un porte-parole du ministère chinois du Commerce a déclaré mercredi dans un communiqué que la nouvelle loi française, "sous couvert de fixer de prétendues normes de 'protection de l'environnement' et de 'durabilité', mettait en réalité en œuvre des mesures d'exclusion". Cette réglementation est "suspectée de violer le principe de non-discrimination de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et constitue une barrière commerciale à l'encontre de la Chine", a-t-il ajouté. L'UE émet des réserves "Elle s'écarte gravement des principes de concurrence loyale et de libre-échange proclamés par la France et portera atteinte non seulement aux droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises, mais aussi aux intérêts vitaux des consommateurs français.
" "Nous exhortons la France à respecter les règles de l'OMC et à corriger immédiatement ces pratiques discriminatoires", a-t-il poursuivi, tout en avertissant que des "mesures nécessaires de rétorsion" pourraient être prises "si les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises venaient à être bafoués". Le ministre français du Commerce, Serge Papin, a déclaré le mois dernier que les trois entreprises asiatiques étaient les principaux acteurs visés par le texte, estimant qu'elles étaient à l'origine de l'essor de l'ultra-fast fashion. Des voix se sont élevées toutefois en France contre cette loi, critiquant le fait qu'elle épargnait les entreprises européennes et françaises de mode à bas coûts, dont Zara et Kiabi.
Par ailleurs, la Commission européenne a émis des réserves quant à la conformité des dispositions relatives à la publicité avec le droit de l'Union européenne.