Casino : deux offres de restructuration ravivent le bras de fer entre Kretinsky et les créanciers
Le groupe Casino a dévoilé deux propositions pour restructurer sa dette de 1,4 milliard d’euros. L’une est portée par son actionnaire de référence FRH, contrôlé par le milliardaire Daniel Kretinsky, l’autre par ses créan

Le feuilleton de la restructuration financière du groupe Casino continue. Le distributeur, qui cherche depuis plusieurs mois à alléger une dette devenue à nouveau insoutenable, a annoncé ce lundi 6 juillet avoir reçu « deux propositions fermes de restructuration ». L’une émane de son principal actionnaire, France Retail Holdings (FRH), contrôlé par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, l’autre de ses créanciers, Term Loan B (TLB). Le conseil d’administration doit désormais examiner ces deux scénarios afin « d’arrêter en juillet les termes de la modification du plan de sauvegarde », écrit le groupe Casino (Monoprix, Franprix, Naturalia, Cdiscount…) dans un communiqué de presse.
La proposition du conseil d’administration sera ensuite soumise « au vote des classes de parties affectées (actionnaires, banques, crédits, NDLR) », est-il ajouté. Faute d’accord, ce sera au tribunal des affaires économiques de Paris de trancher. Le groupe espérait initialement parvenir à un accord avant le 30 juin, mais les discussions entre actionnaire et créanciers n’ont pas permis de dégager un compromis.
Deux scénarios très différents sur la table
Les deux offres ont le même objectif : alléger une dette de 1,4 milliard d’euros arrivant à échéance en mars 2027. Mais elles ouvrent deux scénarios très différents pour le groupe : la proposition de Daniel Kretinsky lui permettrait de conserver la main sur Casino, tandis que celle des créanciers aboutirait à leur confier la quasi-totalité du capital.
La proposition de FRH prévoit une augmentation de capital comprise entre 1,16 et 1,23 milliard d’euros, en misant sur la transformation d’une partie de la dette en actions (entre 610 et 685 millions d’euros) et sur des apports en numéraire (il s’agit d’apports versés par les associés pour augmenter le capital social de l’entreprise). FRH détiendrait alors 66,8 % du capital, les créanciers TLB 24,5 %, les banques 8,6 %, et les actionnaires existants (hors FRH) seraient dilués à 0,1 %.
Deux ans après avoir racheté Casino, Kretinsky panse encore les plaies du distributeur
La contre-proposition des créanciers prévoit de son côté de renoncer à la quasi-totalité de la dette en échange du contrôle complet du groupe, à 99,9 %, ainsi qu’une augmentation de capital de 400 millions d’euros. Casino souligne que les deux propositions seraient « massivement dilutives » pour les actionnaires actuels.
Selon le document fourni par Casino, les créanciers TLB s’engagent à ne pas vendre de manière concertée leurs participations dans Casino, « sauf si l’opération est réglementée par le conseil d’administration ou si le repreneur s’engage à préserver l’intégrité du groupe ». Mais l’engagement est limité à une durée de deux ans, ce qui pose la question de l’avenir du groupe au-delà de cette période. Sur cette question, les créanciers avancent leur « intention de ne pas démanteler » Casino, quand Daniel Kretinsky s’engage à une « absence de démantèlement du groupe ».
Accord de principe avec les partenaires bancaires de Casino
En parallèle, le groupe a franchi une étape importante sur son financement bancaire. Casino et ses partenaires bancaires ont signé un accord de principe pour financer ses opérations de fonctionnement pendant cinq ans, via des prolongations et nouvelles lignes de crédits, à hauteur d’environ 1,5 milliard d’euros. Ces financements restent toutefois conditionnés au maintien de FRH en tant qu’actionnaire de contrôle de Casino et à un accord des créanciers TLB à la majorité des deux tiers.
Ces deux propositions s’inscrivent dans la continuité d’une première restructuration intervenue en 2024, après des années de pertes et de surendettement. Celle-ci avait déjà permis d’effacer près de cinq milliards d’euros de dette et conduit à la prise de contrôle du groupe par Daniel Kretinsky, après le départ de Jean-Charles Naouri.
Mais malgré cette opération, l’endettement est rapidement redevenu un sujet de tension, conduisant Casino à rouvrir des discussions avec ses créanciers fin 2025. Fin mars, Casino a publié une perte nette de 402 millions d’euros pour 2025 en raison notamment du vaste plan social décidé l’année précédente, mais affiché une « très nette progression de sa rentabilité » opérationnelle, selon son directeur général Philippe Palazzi.