La tonne de blé est au plus haut depuis un an: en plus des canicules et du blocage d'Ormuz, le cours des céréales flambent parce que les Russes n'osent plus traverser le détroit de Kertch
Conjuguées aux vagues de chaleur, les tensions géopolitiques dans des zones de navigation stratégiques tirent les prix des céréales vers le haut. Par crainte des bombardements ukrainiens, la Russie a ainsi suspendu la na

Après des épisodes caniculaires en Europe, l'instabilité dans les détroits d'Ormuz ou de Kertch est le principal moteur d'une flambée des cours du blé, en pleine récolte dans l'hémisphère Nord. Les cours de la céréale du pain sont en hausse sur les marchés mondiaux, de la Bourse de Chicago à Euronext. Sur le marché européen, la tonne de blé s'échangeait mercredi à son plus haut niveau depuis plus d'un an, au-dessus des 230 euros la tonne.
Les prix grimpaient également pour le maïs: bien que progressant plus modestement, le grain jaune s'échangeait à plus de 245 euros la tonne, un de ses plus hauts niveaux depuis deux ans. La canicule qui a frappé l'Europe et en particulier la France, premier producteur européen de céréales, explique en partie cette brusque remontée des cours: dans certaines régions tardives (Normandie, Hauts-de-France) où la récolte s'achève, les blés sont parfois moins remplis, plus petits. Pour les maïs, "chaque jour qui passe sans pluie est dramatique" et la récolte en France et en Europe s'annonce catastrophique, a relevé Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France.
Mais "le principal moteur de la hausse des cours est le retour du risque géopolitique global, avec de nouveau la fermeture du détroit d'Ormuz", du fait des bombardements iraniens et américains, et "celle du détroit de Kertch que la Russie n'emprunte plus à cause des risques de bombardements ukrainiens", a souligné l'analyste. Un quart des exportations de blé russe passent par la mer d'Azov, et donc par le détroit de Kertch, pour gagner la mer Noire puis le Bosphore. "La récolte débute à peine en Russie, mais cela crée un doute sur la capacité du premier exportateur mondial de blé" à acheminer ses grains jusqu'à la mer Noire, a noté M.
Poncelet. Baisse des stocks Conscient de l'impact de cette fermeture, l'Union des exportateurs et producteurs de céréales, le lobby russe du secteur céréalier, a affirmé que ses engagements d'exportation de céréales envers ses partenaires étrangers seraient pleinement honorés, selon le cabinet Inter-Courtage. La situation était plus contrastée aux États-Unis: "Il fait à nouveau très chaud dans le Midwest (...
) et la chaleur persiste dans les Grandes Plaines", ce qui "semble soutenir les cours du blé et, dans une moindre mesure, ceux du maïs et du soja", a relevé Jack Scoville, analyste de Price Futures Group. Il note toutefois que cette vague de chaleur intense devrait, selon le ministère américain de l'Agriculture (USDA), rester "en dessous des seuils critiques" pour les cultures et observe une réaction modérée du marché américain qui "semble un peu essoufflé" ces derniers jours après être monté très haut. D'une manière générale, les prix des céréales, mais aussi du soja, restent soutenus par le dernier rapport mensuel de l'USDA sur les stocks et les productions agricoles, qui a acté "une baisse des stocks aux États-Unis et à l'échelle mondiale", a rappelé Dewey Strickler, analyste à Ag Watch Market Advisors.
La Chine en arbitre pour le soja Mais dans le même temps, a-t-il souligné, la publication de données sur un meilleur état des cultures pour le maïs et le soja - laissant espérer des rendements plus élevés - est de nature à tempérer les hausses des cours. Concernant les oléagineux, le rebond des cours du pétrole lié à la fermeture du détroit d'Ormuz a entraîné dans son sillage colza et soja. Aux États-Unis, les cours du soja restent très liés à l'espoir de gros achats chinois.
"La Chine va suivre de près l'issue des élections de mi-mandat, car si le parti démocrate prend le contrôle de la Chambre des représentants, le président Trump aura pratiquement les mains liées", estime Dewey Strickler. "La Chine pourrait alors décider de ne plus importer de soja américain, et il se pourrait même que certaines ventes soient annulées", prévient-il. Pour aller plus loin: Couleur brunâtre, chair moins ferme, récolte en berne...