« On n’a toujours pas compris ce qu’ils faisaient » : alors que la France étouffe, la classe politique s’écharpe sur la canicule
Face à l’ampleur de la vague caniculaire, le gouvernement s’efforce de répondre. Mais demeure la cible des oppositions, elles-mêmes divisées sur le sujet de la climatisation.

A mesure que les températures montent, le thermomètre politique s’affole lui aussi. Et après plus d’une semaine d’une vague de chaleur d’ampleur en France, la classe politique continue de s’écharper. Le gouvernement, accusé d’avoir mal anticipé l’ampleur de la vague caniculaire, multiplie les réunions de crise et se démène pour ne pas revivre la catastrophe de 2003, qui avait entraîné la mort de 15 000 personnes en France. Soucieux de parer à tout procès en immobilisme, Sébastien Lecornu a rapidement enclenché le niveau 2 du plan Orsan qui coordonne la réponse sanitaire entre hôpitaux, Ehpad et professionnels de santé, passé au niveau 3 ce jeudi 25 juin. Et fait monter en première ligne ses ministres Stéphanie Rist (Santé) et Monique Barbut (Environnement). Tout en avertissant ses ministres que ces derniers pourraient devoir se priver de vacances si l’épisode caniculaire venait à se prolonger.
Une riposte gouvernementale qui peine pourtant à convaincre les oppositions. « La France étouffe. Pourtant, depuis la canicule de 2003, vous travaillez gratuitement un jour par an pour que la France soit prête à la chaleur. Qu’a-t-on fait de votre argent ? », s’est interrogée l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo. Quand le groupe parlementaire LFI a directement incriminé le gouvernement. « On crève de chaud. Littéralement. Ou plutôt on meurt parce que le gouvernement refuse d’agir et coupe toujours plus dans les services publics. Les morts de la canicule ne sont pas une fatalité, ils sont le bilan d’un échec politique ». « Au bout de plusieurs jours de canicule, ils font un point pour se préparer aux prochaines. Mais on n’a toujours pas compris ce qu’ils faisaient pour la vague de chaleur, là », a de son côté critiqué la patronne des Ecologistes Marine Tondelier.
Les écologistes, qui alertent depuis des années sur l’ampleur du réchauffement climatique, peinent pourtant à peser dans cet épisode caniculaire, piégé par le débat sur la climatisation, installé notamment par le RN. Mardi, alors que la France était écrasée par la chaleur, de nombreuses prises de position anti-clim de responsables écologistes ont ainsi été exhumées sur les réseaux sociaux, obligeant la secrétaire nationale des Verts à faire son aggiornamento en catastrophe et reconnaître sur BFMTV que « la climatisation faisait partie des solutions ». « Il y a un piège tendu par le RN sur la climatisation. Si l’on répond aux habitants des bouilloires thermiques qu’ils vont devoir attendre un grand plan de rénovation des bâtiments, ils ne nous écouteront même pas, ils jouent leur survie », analyse le sénateur écologiste Ronan Dantec.
Avec cette canicule inouïe, le débat sur la climatisation refait surchauffer les esprits
Avec son « plan massif de climatisation », notamment défendu par Marine Le Pen, le Rassemblement national aurait pu apparaître comme l’un des gagnants de la séquence. C’est sans compter les multiples déclarations climatosceptiques du parti de Jordan Bardella ces dernières années, qui n’a cessé de relativiser ou d’ironiser sur le réchauffement climatique, tout en remettant en cause son origine humaine. Jusqu’à attaquer, comme le porte-parole du RN Thomas Ménagé en 2023, le groupement d’experts du Giec et sa « tendance à exagérer ». Des propos qui apparaissent aujourd’hui largement inaudibles. Et exposent le Rassemblement national en vue de la présidentielle.