Inférieure de 4 points par rapport aux années 2010 : les solutions des experts pour relancer la productivité en France
La productivité française a ralenti par rapport à celle de ses voisins ces dernières années. Le Conseil national de la productivité identifie trois leviers, la diffusion de l’innovation, l’adaptation au vieillissement de

Ces dernières années, la productivité française a régulièrement été pointée du doigt par les économistes, décrite comme subissant un décrochage record, et responsable d’une perte de croissance. Bien que réel, le ralentissement n’est toutefois pas aussi mauvais qu’anticipé, relève le Conseil national de la productivité (CNP), un organisme rattaché au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, dans son sixième rapport publié le 1er juillet. Cette relativisation tient pour beaucoup à la récente réévaluation de la croissance de ces deux dernières années. En effet, le PIB a progressé de 1,6 % en 2023 (soit 0,7 point de plus que prévu) et de 1,5 % en 2024 (+ 0,3 point).
Il n’en reste pas moins que la productivité tricolore n’est pas flamboyante. Fin 2025, cet indicateur, qui correspond à la richesse créée rapportée au nombre d’emplois total, était inférieur de 0,7 point par rapport à 2019, et d’environ 4 points par rapport à la tendance des années 2010, analyse l’Insee dans une note publiée en mai. Ce qui pose un problème de taille : « l’accélération technologique, le vieillissement démographique et le retour des impératifs de souveraineté redéfinissent les sources de la croissance future, analyse le CNP. Dans ce contexte, les gains de productivité s’imposent comme le principal déterminant de l’élévation durable du niveau de vie ». Pour paver la voie vers plus de croissance, le groupement d’experts identifie trois grands axes capables de stimuler la productivité.
Diffuser l’innovation dans le tissu productif
D’emblée, le rapport démonte une idée reçue : le manque de productivité ne relève pas tant d’un déficit d’innovation que d’un manque de diffusion de celle-ci dans l’ensemble de l’économie. Autrement dit, les entreprises les plus innovantes intègrent les prouesses technologiques dans leur production tandis que celles qui le sont moins restent à la traîne. Or, « la capacité à diffuser l’innovation, à développer les compétences et à améliorer l’efficacité de l’ensemble de notre tissu productif devient déterminante (pour la croissance, ndlr) », insiste Natacha Valla, présidente du CNP et doyenne de l’Ecole du management et de l’impact de Sciences-Po.
EDITORIAL - Outre l’absentéisme, le faible niveau de compétences plombe la croissance en France. Pour redresser la barre, il faut mieux former les seniors et les chômeurs, et investir dans les robots.
Le constat est d’autant plus vrai à l’heure du développement tous azimuts de l’intelligence artificielle. Selon la Banque européenne d’investissement (BEI), 35 % des entreprises françaises utilisaient l’IA en 2025, contre 46 % en moyenne dans l’UE. Une faiblesse. Le CNP note que les entreprises qui ont recours à l’IA affichent une productivité supérieure moyenne de 9 points comparée aux autres. Ce phénomène conduit au renforcement des écarts entre entreprises.
« Les politiques publiques gagneraient à compléter le soutien à la recherche et à l’innovation par des actions visant à renforcer les capacités d’absorption des entreprises », préconisent alors les auteurs. Ce qui passe également par la formation des travailleurs à ces compétences. « Le premier chantier, et sans doute le plus fondamental pour la France, est celui de notre capital humain. La productivité de demain ne se décrète pas dans les bureaux d’un ministère, elle naît dans les salles de classe d’aujourd’hui », résume Antonin Bergeaud, économiste, dans son ouvrage La prospérité retrouvée (Editions Odile Jacobe, 240 pages, 23,90 euros) paru en avril dernier. Le chercheur invite à renforcer les cursus scientifiques et encourager les femmes, encore trop absentes dans ces filières, à les suivre.
S’adapter au vieillissement de la population
Lors des deux dernières décennies, la croissance française a été largement portée par la progression du nombre d’emplois, grâce à la baisse du chômage. Mais ce levier est aujourd’hui mis à mal par le vieillissement de la population : le nombre de personnes en âge de travailler progresse moins vite qu’avant. Ainsi, le CNP insiste sur la nécessité d’adapter le marché du travail à ses travailleurs afin de préserver les gains de productivité.
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Déjà, en prenant mieux en compte la pénibilité et l’usure professionnelle afin de rendre les carrières plus soutenables, notamment à travers des dispositifs tels que le compte professionnel de prévention (C2P). Mais aussi en permettant une meilleure adaptation des postes de travail au fil de l’âge grâce à la formation des travailleurs aux nouvelles compétences. « Les politiques publiques visant à favoriser l’emploi des seniors en France ne doivent pas se confiner à prolonger la durée de la vie professionnelle, elles doivent également maintenir la capacité des travailleurs », expose le CNP. Un enjeu de bien-être au travail mais aussi d’efficacité.
Tirer profit des dépenses de défense et de l’épargne privée
Plus surprenant, le CNP s’intéresse à l’impact de la hausse des dépenses de défense sur la productivité, alors que le budget des Armées a été porté à 2,5 % du PIB (436 milliards d’euros jusqu’en 2030) par un vote de l’Assemblée nationale le 1er juillet. Dans ce contexte, les experts du CNP expliquent que l’effort de réarmement, qui implique d’importants investissements en matière de recherche et développement (R&D) peut, en plus de viser la souveraineté militaire, être source de productivité. D’autant plus si les innovations du secteur, notamment en matière de cybersécurité et robotiques, sont diffusées dans le reste de l’économie grâce à une meilleure interférence entre recherches militaire et civile.
Autre levier identifié par Antonin Bergeaud dans son ouvrage : flécher l’épargne privée des Français. Celle-ci est particulièrement élevée, culminant à plus de 18 % du revenu disponible brut des ménages en 2025, contre 15 % dans la zone euro. « Nous devons construire les mécanismes incitatifs, fiscaux et réglementaires, qui permettront de canaliser cette épargne abondante vers le financement de l’innovation technologique et la réindustrialisation verte, martèle le professeur d’HEC. C’est à ce prix que nous colmaterons la fuite des capitaux qui finance aujourd’hui nos concurrents américains ». Autant de chantiers de fonds à même d’inspirer les candidats à la présidentielle.