Une addition salée de 626 millions d'euros multipliée par 35 : cette facture invisible de la Sécu qui a explosé en 4 ans
En 2025, l’Assurance maladie a payé 626 millions d’euros d’intérêts sur sa dette, soit 35 fois plus qu'en 2022. Une ardoise qui contribue à un « déficit inédit hors période de crise » de 15,9 milliards d’euros l’a

626 millions d’euros : c’est le montant des intérêts payés par la Sécu en 2025, rien que pour financer la dette de la branche maladie, selon le rapport annuel de la Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam), publié le 2 juillet. Une facture qui, jusqu’en 2023, n’existait quasiment pas. A l’époque, la mécanique était mieux-disante pour l'Assurance maladie : ses déficits étaient repris par la Cades, la Caisse d’amortissement de la dette sociale, spécialement créée pour éponger les trous de la Sécu au fil de l’eau.
Ce dispositif a permis d’absorber 155,1 milliards d’euros de déficits entre 2011 et 2024, soit presque la totalité (99,3 %) du total accumulé sur la période. Mais la pompe s’est arrêtée en 2023. Depuis, c’est l’Urssaf Caisse nationale qui avance la trésorerie manquante à l'Assurance maladie, un peu comme une banque comblerait un découvert. Or c’est là que le bât blesse : un découvert s’accompagne bien souvent d’intérêts.
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« Du fait de la hausse des taux d’intérêt », la facture des intérêts de la Sécu explose
Et « du fait de la hausse des taux d’intérêt, le financement par l’Urssaf Caisse nationale des besoins de trésorerie de l'Assurance maladie se renchérit », note la Cnam. Autrement dit, ce découvert coûte de plus en plus cher : 18 millions d’euros en 2022, puis 296 millions en 2023, 513 millions en 2024, et 626 millions en 2025. En trois ans, la note a donc été multipliée par 35 !
Un chiffre vertigineux, même si l'Assurance maladie ne reste évidemment pas les bras croisés : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a rouvert, dans la limite de 15 milliards d'euros, la possibilité d'un nouveau transfert à la Cades. Un décret daté du 30 mars 2026 en fixe le montant à 9,1 milliards d'euros pour la branche maladie. Objectif : sortir une partie de la dette accumulée depuis 2023 du giron de l'Urssaf, où elle coûte de plus en plus cher avec la hausse des taux, pour la faire porter par la Cades, dont le remboursement est assuré sur le temps long par la cotisation sociale générale et la contribution au remboursement de la dette sociale.
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Pour autant, cela ne suffit pas à éteindre l’incendie. Le déficit cumulé de la Cnam porté par l’Urssaf et accumulé depuis 2023 devrait atteindre les 35,3 milliards d’euros fin 2026. Et tant qu’il n’est pas repris à son tour, il continue lui aussi de générer des intérêts.
Le déficit de l'Assurance maladie est de 15,9 milliards d’euros en 2025
Tout cela vient donc creuser un déficit de l'Assurance maladie qui reste, lui, structurellement élevé : 15,9 milliards d’euros générés pour la seule année 2025. Dans ses prévisions financières, la Commission des comptes ambitionne tout de même un retour à 13,8 milliards en 2026, soit son niveau de 2024. Mais cette embellie tient surtout à un coup de pouce ponctuel : plus de 7 milliards d’euros de recettes nouvelles, portées notamment par une réforme des allègements de cotisations patronales, plutôt qu’à une vraie maîtrise des dépenses.
Allègements de charges sociales : un tabou coûteux
De quoi nourrir l’inquiétude affichée par la direction de la Caisse nationale de l'Assurance maladie elle-même : « Ce niveau de déficit observé aujourd’hui » est « inédit hors période de crise exceptionnelle », alerte Samira Lehaine, présidente (CFDT) du Conseil de la Cnam.
Nul doute que ce constat devrait peser sur les débats de l’automne, lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027… Et qui ouvrirait la porte, cette année encore, à un sérieux coup de rabot sur les dépenses de santé françaises ?