"Elle est trop grosse pour être sauvée": pour les marchés, la France n'est plus dans le "cœur" sûr de la zone euro et bascule vers les pays "périphériques"
Pour Barclays, la flambée des taux français ne constitue pas simplement un nouvel épisode de tension sur les marchés obligataires. Les investisseurs seraient en train de changer profondément leur perception de la France,
La France est-elle en train de changer de catégorie aux yeux des investisseurs ? Les signaux d'alerte se multiplient sur les marchés. Le coût d'emprunt de la France tutoie les 5% depuis quelques jours et les a même atteints ce vendredi et l'écart de taux avec l'Allemagne (le spread) est au plus haut depuis 2011.
"La semaine dernière, l’écart entre les obligations françaises et allemandes à 10 ans s’est creusé de 32 points de base pour atteindre 141 points de base, rappelle Jim Reid, analyste chez Deutsche Bank. Un point de base équivaut à 0,01 point de pourcentage. Jamais le spread entre la France et l’Allemagne ne s’était autant creusé en une seule semaine depuis le début de la série Bloomberg, en 1990.
Doucement mais sûrement, la France est en train de devenir un actif à risque. C'est en tout cas l'analyse particulièrement sévère que fait Barclays de la spectaculaire hausse des taux français de ces dernières semaines. Dans une note publiée ce lundi 5 octobre, les économistes de la banque britannique estiment que le marché est en train de revoir profondément son appréciation du risque français.
"Ces dernières semaines ont surtout vu le marché reclasser la France : d'un marché "core/semi-core", elle est passée à un marché davantage assimilé aux pays périphériques, compte tenu de sa dynamique politique et budgétaire", écrivent-ils. Derrière ce jargon financier se cache un changement important. Dans la zone euro, les investisseurs ont longtemps considéré l'Allemagne comme la référence des dettes les plus sûres, le fameux "core", qu'on pourrait traduire par "cœur".
La France appartenait elle aussi à ce groupe privilégié, ou au moins à son "semi-core" : prêter à Paris était considéré comme légèrement plus risqué que prêter à Berlin, mais l'OAT restait proche du Bund allemand dans la hiérarchie des dettes européennes. À l'autre bout se trouvaient les pays dits "périphériques", notamment l'Italie, la Grèce, l'Espagne ou le Portugal, pour lesquels les investisseurs exigeaient historiquement une rémunération supplémentaire en raison d'un risque économique, politique ou budgétaire jugé supérieur. La France paie désormais plus cher que l'Italie ou la Grèce Pour Barclays, cette frontière est en train de disparaître pour la France.
La banque souligne une situation qui aurait semblé difficilement imaginable il y a peu encore : la dette française se négocie désormais avec une prime de risque supérieure à celles de l'Italie et de la Grèce. "Une phrase qui aurait semblé absurde il y a quelques années", souligne la banque. Autrement dit, il ne s'agit plus simplement d'une hausse générale des taux d'intérêt en Europe.
Les investisseurs demandent spécifiquement à la France de les rémunérer davantage pour accepter de lui prêter. Un autre indicateur traduit cette défiance : le prix de l’assurance contre un défaut de l’État français augmente fortement. Cette assurance, appelée CDS (Credit Default Swap), permet à un investisseur de se protéger contre le risque que la France ne rembourse plus sa dette.
