Multiplier par cinq les frais d’inscription à l’université : cette piste explosive pour éviter « l’appauvrissement » des établissements
Un rapport remis au gouvernement, mercredi 24 juin, suggère notamment de quintupler les droits d’inscription dans les universités, estimant que si la situation n’évolue pas, le modèle de financement de ces établissements

Les futurs étudiants français et européens vont-ils devoir payer cinq fois plus cher que leurs prédécesseurs pour s’inscrire à l’université dans l’Hexagone ? C’est en tout cas ce que préconise un rapport remis, mercredi 24 juin, au gouvernement. Issu des Assises du financement des universités, lancées en janvier par l’exécutif, ce document suggère notamment de faire passer les frais d’inscription pour une année en licence de 178 euros à 900 euros, et de 254 euros à 1 300 euros pour une année de master. Une manière d’éviter « l’appauvrissement » de ces établissements, explique le rapport, qui fait un constat pour le moins alarmant : « Si le modèle financier des universités n’évolue pas, il ne sera plus soutenable d’ici à 2030. »
Un sujet hautement explosif. Ce qui n'a pas échappé à l'exécutif. Celui-ci a bien conscience que toute hausse des frais d’inscription suscitera une levée de boucliers, notamment chez les principaux concernés. « Pour la rentrée prochaine, ça n’augmentera pas », a ainsi assuré Philippe Baptiste dès ce lundi dans « LCP – Lundi C’est Politique », en partenariat avec Challenges et Radio Classique. « Pour moi, ce n’est pas un tabou », a toutefois ajouté le ministre, estimant que ce « débat clivant » devait avoir lieu, mais plutôt dans le cadre de la campagne présidentielle.
Le rapport remis ce mercredi pourrait bien avancer le débat. Actuellement, le montant des droits en licence et master « représente 1,9 % du coût estimé des formations dispensées », rappelle le document de 117 pages, signé par Jérôme Fournel, inspecteur général des finances et ex-directeur de cabinet de l’ancien Premier ministre Michel Barnier, et Gilles Roussel, ex-président de l’université Gustave Eiffel. Ils ont été missionnés en janvier pour présider ces assises et aboutir à un « diagnostic partagé » sur la situation financière des universités.
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Les étudiants les plus modestes seraient exonérés
Selon leur rapport, « une hausse modérée » des droits d’inscription « pour atteindre globalement 10 % des ressources universitaires », contre 3 % en 2025, « pourrait utilement contribuer à la soutenabilité financière des universités », « sans remettre en question l’égal accès à l’enseignement supérieur ». Cela reviendrait toutefois à quintupler les frais d’inscription pour les étudiants de France et de pays membres de l’UE. Le rapport, qui précise que ces recettes reviendraient aux universités, prévoit néanmoins de mettre en place « un barème progressif » qui exonérerait les étudiants aux revenus les plus modestes via une « refondation du système de bourses ».
Pas suffisant pour convaincre les principales organisations étudiantes : l’Unef estime ainsi qu’augmenter les frais est « totalement en dehors de la réalité des étudiants et de leur précarité ». Pour l’Union étudiante, ce rapport « confirme l’objectif de Macron », de « faire de l’accès à l’enseignement supérieur un privilège fondé sur l’argent et la nationalité ». Les étudiants étrangers non européens doivent en effet s’acquitter de sommes bien plus considérables pour s’inscrire dans les universités françaises : elles atteignaient, pour l’année 2025/2026, 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master.
Un autre rapport propose de multiplier par 16 les frais
Un rapport distinct, publié en février dernier par les inspections générales des Finances et de l’Education, suggère justement d’aligner les frais d’inscription des étudiants français et européens sur ceux des étudiants extracommunautaires. Cela reviendrait toutefois à multiplier par 16 les droits pour les étudiants de l’Hexagone, comme nous vous l’expliquions dans Challenges au mois de mars, à l’occasion d’une rencontre entre les présidents des 77 universités de France et le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste. La mesure rapporterait trois milliards d’euros aux universités.
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Le risque d’un déficit à 2 milliards d’euros en 2030
Et pour les universités, le temps presse : « Le décrochage entre le rythme d’augmentation des dépenses et la stagnation des recettes pourrait conduire à une dégradation (…) jusqu’à atteindre un déficit d’environ 2 milliards d’euros en 2030 », lit-on ainsi dans le dernier rapport remis à l’exécutif.
D’après ce document, entre 2018 et 2025, les moyens octroyés à l’université ont « augmenté de 26 %, soit plus de 3 milliards d’euros de hausse en euros courants », essentiellement grâce à des ressources publiques, quand le nombre d’étudiants a augmenté de 3 %. Mais la situation financière globale des universités se dégrade, à cause notamment de l’augmentation des charges de personnel, avertissent ses deux auteurs. La trésorerie libre d’emploi est ainsi inférieure à 10 %.
Face à cette situation, Jérôme Fournel et Gilles Roussel plaident aussi pour une autonomie accrue des universités et les encouragent à « diversifier encore davantage » leurs ressources publiques et privées. Ils leur suggèrent notamment de mieux valoriser leur immobilier (0,6 % des recettes actuelles), de « développer des cursus payants » ou de nouer des partenariats avec des entreprises.
Pour éviter l’augmentation de la masse salariale, les deux auteurs du rapport souhaitent que les agents titulaires puissent travailler sur les appels à projets (10 % des recettes). Actuellement, les établissements doivent embaucher des contractuels, ce qui crée des charges supplémentaires. Jérôme Fournel et Gilles Roussel considèrent également que les universités devraient pouvoir adapter, voire réduire, leur offre de formation de façon autonome, en fonction de leurs moyens et des besoins des territoires.
La subvention pour charge de service public versée par l’Etat doit néanmoins rester « la ressource principale » des universités (76 % actuellement) et suivre a minima l’inflation, même si une partie pourrait être conditionnée à des objectifs, estime le rapport. « On peut avoir une palette de recettes qui contribuent à restaurer un modèle financier soutenable », affirme de son côté Jérôme Fournel. Ses préconisations ne manqueront en tout cas pas d’animer les débats de la prochaine campagne présidentielle.