Prix, calendrier, lignes... Comment va fonctionner le paiement par carte bancaire dans les transports en Île-de-France ?
Ce grand chantier a été dévoilé ce mardi par Valérie Pécresse. Pensé pour les touristes et visiteurs occasionnels, il prendra plusieurs années.
Il faudra faire preuve d’un peu de patience avant de pouvoir dégainer sa carte bancaire pour accéder au métro parisien. Après des années de tergiversations sur le sujet, et six mois de travail de préparation en interne, la présidente de la région et d’Île-de-France Mobilités (IDFM), Valérie Pécresse, a enfin annoncé, ce mardi, lancer «le mouvement dès cet été». Mais le déploiement de cette solution de paiement très attendue par les usagers occasionnels et les touristes prendra plusieurs années.
Concrètement, dès le 30 juin 2026, des bornes seront installées à l’aéroport d’Orly, à la sortie de la ligne 14, «afin de faciliter la sortie des touristes» et de «leur permettre de régulariser leur situation» s’ils ne sont pas en possession du ticket «aéroport», dont la tarification est différente des autres. Début juillet, il sera aussi possible de valider par carte bancaire sur le funiculaire de Montmartre. Les prochaines étapes seront plus lointaines.
Il faudra attendre un an, à l’été 2027, pour que cette solution soit déployée à plus grande échelle, avec une «priorité» donnée aux «lignes touristiques, utilisées par les non franciliens». D’abord sur la ligne 1 - empruntée par près de 32. 000 touristes chaque jour - qui sera équipée en juillet 2027.
Puis sur les lignes 4 et 14, ainsi que les futures lignes 15 et 18 du Grand Paris Express, fin 2027. Viendront ensuite les lignes 7 et 12, équipées fin 2028. À l’horizon 2030, tout le reste du réseau basculera «tout d’un coup», tramway, RER et Transilien compris.
«Sur toutes les lignes sur lesquelles il est nécessaire de badger à l’entrée et à la sortie, nous ne pouvions pas basculer une ligne sans les autres», se défend l’élue francilienne, expliquant pourquoi il fallait ainsi «tout faire en même temps». Un service qui doit être financé par les touristes «On va rajouter la carte bancaire à nos solutions de paiement parce que c’est devenu le standard dans d’autres capitales», a poursuivi Valérie Pécresse. Les touristes sont encore trop nombreux à «privilégier l’achat de titres à leur arrivée» en région parisienne, plutôt qu’en amont de leur voyage.
Selon une enquête terrain réalisée par OpinionWay en 2025, 48% d’entre eux achètent encore leurs tickets aux distributeurs, et 37% aux guichets. «Ils ne sont pas bien informés qu’ils peuvent tout acheter sur leur smartphone. Sans doute est-ce un problème de maîtrise de la langue ou d’affichage dans les gares et les aéroports», souligne Valérie Pécresse, fataliste face à ce public qui «continue à faire la queue aux automates».
Pas question de faire payer par les Franciliens les 140 millions d’euros d’investissement de ce nouveau service pensé surtout pour les touristes : il y aura ainsi «des prix plus chers pour les visiteurs», prévient Valérie Pécresse. Et d’ajouter qu’il «faut que les touristes financent au maximum ce service qui leur est proposé, c’est quelque chose qui m’a été demandé par les entreprises franciliennes». Les tarifs ont ainsi été pensés pour absorber les 25 millions d’euros de coût de fonctionnement annuel (en raison des commissions bancaires notamment) ainsi que les 20 millions d’euros annuels d’amortissement de l’investissement (calculé sur 7 ans).
«Pour que cela coûte zéro euro aux contribuables franciliens, il faut qu’on trouve 45 millions d’euros de recettes supplémentaires», ajoute la présidente d’IDFM. Or, en partant du principe que 10% des achats se feront par carte bancaire à terme, soit 60 millions de validations sur les 600 millions de tickets vendus chaque année, il a été décidé que ces tickets seraient vendus 50 centimes de plus pour les réseaux bus, tram et funiculaires (soit 2,55 euros à date) et 80 centimes pour tout le reste (soit 3,35 euros à date). Les correspondances ne seront pas non plus incluses, dans un premier temps, en raison du calendrier de déploiement du dispositif.
Un point qui doit être amélioré, à terme. Prudence sur le calendrier Malgré cette évolution, le paiement par carte bancaire n’a pas vocation à devenir la norme dans les transports franciliens. Outre les abonnements Navigo mensuels et annuels, ImagineR, scolaire et sénior détenus par plus de 6 millions de Franciliens, la carte Liberté + a justement été pensée pour les usagers occasionnels, qui peuvent ainsi profiter de tarifs plus avantageux.
Le «sésame ultime» donc, désormais utilisé par 2,1 millions de Franciliens, mais qui n’a pas vocation à être une solution pour les touristes et autres occasionnels non franciliens. L’exécutif régional reste par ailleurs prudent, refusant toute «surpromesse» sur le calendrier. L’appel d’offres n’a pas encore été lancé, et il faudra ensuite trouver des entreprises capables de livrer rapidement des milliers de valideurs ainsi que des équipes humaines pour les installer.
Dans un premier temps, un boîtier seulement sera installé dans chaque station, «peut-être un peu plus dans les très grandes stations». Rien que sur les 5 premières lignes concernées par le déploiement, pas moins de 3000 valideurs sont nécessaires, selon les calculs d’IDFM. Et plus d’un millier d’autres pour chaque ligne de tramways, dans lesquels il faudra installer un boîtier à chaque porte.
Quant aux contrôles, les usagers devront présenter leur carte bancaire à l’agent, qui sera muni d’un boîtier spécifique de contrôle et formé à l’exercice, répond Grégoire de Lasteyrie. Le vice-président de la région chargé des Transports balaie aussi les turpitudes de ceux qui s’inquiéteraient de savoir ce que deviennent leurs données : «Cela se fera comme dans tous les réseaux du monde». Pas besoin de récupérer un ticket de caisse, donc, pour montrer patte blanche.