« Le fléchage de l’épargne réglementée offre une piste, modeste mais réelle, pour financer les investissements dont la société a besoin »
Face à l’inertie de la BCE, la France doit trouver les moyens d’orienter certains placements pour soutenir l’investissement dans la transition écologique et les services publics, plaide l’économiste Jézabel…
La Banque centrale européenne n’a jusqu’à présent offert qu’une faible relance monétaire, laissant le financement de la transition écologique et des services publics à la tâche des forces de marché. Face à cette inertie, l’économiste Jézabel insiste sur la nécessité pour la France de repenser l’orientation de ses mécanismes d’épargne réglementée, afin de canaliser une part de capitaux vers des projets d’intérêt collectif.
En France, l’épargne réglementée est principalement concentrée dans des produits tels que le livret A, le livret de développement durable ou encore les contrats d’assurance vie dont les conditions sont fixées par la loi. Ces placements constituent une source de liquidité stable, mais ils sont aussi souvent utilisés de manière conservatrice, les investisseurs préférant les rendements sûrs plutôt que les risques de financement de projets à long terme. Il s’agit donc d’un vivier de ressources financières prête à être redirigé si la réglementation le permet.
Jézabel décrit ce déplacement comme « modeste mais réel ». En effet, les montants actuels de l’épargne réglementée ne sont pas suffisants pour couvrir à eux seuls le budget croissant des infrastructures vertes ou des renouvellements de services publics. Néanmoins, mobiliser même une fraction de ces capitaux représente une plus-value certaine pour l’État, surtout lorsqu’elle est combinée à des incitations fiscales ou à des cadres incitatifs favorisant les actifs durables.
Le mécanisme de redirection pourrait s’appuyer sur plusieurs leviers : d’une part, les établissements financiers pourraient être incités à proposer des produits d’épargne syntaxiquement orientés vers les obligations vertes ou les fonds dédiés aux infrastructures publiques. D’autre part, l’Etat pourrait mettre en place des réductions d’impôt ou des engagements de revenus garantis pour les investisseurs qui choisissent d’allouer leur patrimoine à ces projets. Enfin, les régimes de retraite, qui détiennent d’importants portefeuilles d’épargne, pourraient être amenés à allouer une part plus importante à la dette d’infrastructure ou aux fonds climatiques.
Si l’on transmet ces fonds privés vers des émissions de revenus verts ou vers l’affectation de ladite épargne à des projets d’infrastructure, les retombées économiques seraient multiples. Au-delà de l’effet multiplicateur de l’investissement, on observerait un couplage plus direct entre l’épargne citoyenne et la croissance verte, réduisant ainsi la dépendance aux financements publics lourds et dynamisant la mobilisation des acteurs privés dans la palette des actifs laitiers.
Enfin, ce qui faudra surveiller, c’est la suite des décisions de politique publique de la France et la réponse de la Banque centrale européenne. L’œuvre d’orientation de l’épargne réglementée ne pourra prospérer que si elle s’inscrit dans un effort coordonné avec les politiques fiscales et les règles européennes relatives au capital des banques. Seul un suivi attentif de ces mesures permettra de juger si la piste modeste proposée par Jézabel acerca bien la France à ses ambitions de transition et de rénovation des services publics.
