Moody's annonce maintenir la note de la France avec perspective négative
L'agence américaine s'est abstenue vendredi de toute action de notation sur la dette française, maintenant de fait son appréciation à Aa3 avec perspective négative.
Une ultime chance dans l'attente du vote du budget 2027? À la surprise générale, Moody's a de nouveau décidé ce vendredi de maintenir la note de la dette tricolore à Aa3 ("de bonne qualité"), toujours assortie d'une perspective négative. Un verdict qui permet à la France de conserver son dernier "double A", alors que les autres grandes agences, Fitch et S&P la classent déjà à A+.
Ce qui correspond à une dette de "qualité moyenne supérieure". Avec un déficit attendu à plus de 5,4% du PIB et une dette de 119%, le pays paye pourtant bien plus cher son indiscipline budgétaire et son instabilité politique depuis quelques semaines: son taux d’emprunt à 10 ans a en effet franchi mercredi et pour la première fois depuis 2002 le seuil symbolique des 5%. Illustration de la perte de confiance des investisseurs dans la capacité du gouvernement à faire voter un budget permettant de redresser les comptes publics.
Autre signe de la défiance accrue envers l’hexagone: le spread (écart de taux) avec l’Allemagne qui demeurait quant à lui supérieur à 170 points de base ce vendredi alors qu’il était encore autour de 70 points en début d’année. Du jamais vu depuis 2011. Le taux d'emprunt à 10 ans franchit les 5% Dans ces conditions, les experts jugeaient "probable" une dégradation de la note de Moody’s.
D’autant que l’agence avait précisé le 24 octobre les facteurs susceptibles de lui faire prendre cette décision, à savoir l'affaiblissement durable de "la capacité des institutions législatives à relever efficacement les principaux défis de crédit du pays", "des difficultés persistantes à réduire sensiblement le déficit budgétaire", ou encore "une pause durable ou une inversion" de la réforme des retraites. Lors de sa dernière décision en avril, ces conditions semblaient déjà réunies, notamment avec la suspension de la réforme des retraites, mais Moody's avait cependant maintenu sa note. "Le déficit public de 5,1% du PIB en 2025 (est) plus faible que notre prévision (...
) ce qui rend l'objectif de 5% en 2026 plus atteignable", avait-elle fait valoir. L'agence espérait alors pour 2026 une croissance de 1% en France et une inflation de 1,4%. Or le déficit s’est dégradé et l'inflation a grimpé à 3,1% sur un an en septembre.
La prévision de croissance annuelle a elle été sévèrement revue en baisse par l'Insee, à 0,4%, après un premier semestre proche de la récession. Ajouté à cela, un contexte de fort mécontentement social, illustré par les violences et pillages du week-end dernier, dont une répétition est redoutée dans les prochains jours, voire prochaines semaines. En dépit de ces éléments Moody's semble vouloir encore se montrer indulgente.
Pourtant, même une dégradation de la naote à A1 serait restée "surestimée par rapport à d'autres pays européens comme l'Espagne et le Portugal", estime pour sa part Éric Dor, directeur des études économiques à l'école de commerce IESEG. De fait, la dette française devrait encore grimper en 2027 à 121,7 % du PIB, bien plus que chez nos voisins de la péninsule ibérique qui ont réussi à faire passer leur ratio sous les 100%. "Étouffement financier" Désormais, le risque de cette trajectoire non maîtrisée est celui "d’un étouffement financier", a alerté cette semaine la présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, rappelant que la France devra rembourser l’an prochain 91 milliards d’euros d’intérêts.
