Fed et BCE : l’option du statu quo sur les taux pour échapper au piège politique et obligataire
La Réserve fédérale américaine et la BCE s’orientent vers une pause sur leurs taux directeurs. Confrontées au choc énergétique, les banques centrales veulent éviter toute tension, notamment à l’approche des élections…
La Réserve fédérale américaine doit annoncer sa décision de politique monétaire ce mercredi à 19 heures, heure de Paris. Les analystes prévoient le maintien de la fourchette des taux directeurs entre 3,75 % et 4,00 %, un mois après le relèvement d’un quart de point en septembre. Cette suspension intervient alors que l’indice américain des prix à la consommation s’est redressé à 3,7 % sur un an en septembre, tiré par un rebond de 9,1 % du prix des carburants à la pompe.
Un nouveau resserrement monétaire à six jours des élections de mi-mandat du 3 novembre risquerait d’être perçu à Washington comme un signal dirigé contre l’administration sortante, tandis qu’une baisse des taux passerait pour une concession politique. La résistance de l’activité économique aux États-Unis, soutenue par les investissements dans les infrastructures d’intelligence artificielle et un chômage contenu, offre au comité de politique monétaire la marge nécessaire pour suspendre son action tout en maintenant son objectif d’inflation à long terme à 2 %.
Kevin Warsh, l’homme de Trump contraint à la neutralitéLe président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, prend la parole à 19 h 30 lors d’une conférence de presse très sollicitée. Nommé par Donald Trump pour succéder à la tête du comité de politique monétaire, le dirigeant doit expliciter les choix de l’institution alors que la hausse des prix à la consommation a réaccéléré à 3,7 % sur un an en septembre, sous la pression d’une hausse mensuelle de 9,1 % du prix de l’essence. À l’approche des élections du 3 novembre, l’enjeu consiste à expliciter une suspension des taux sans donner l’impression de céder aux pressions politiques de la Maison-Blanche ou d’assouplir le combat contre l’inflation. En rupture avec les pratiques de guidage prospectif détaillé de ses prédécesseurs, Kevin Warsh cherche à conserver la flexibilité opérationnelle de la Fed tout en maintenant l’ancrage des anticipations d’inflation à 2 %.
L’écartement des spreads obligataires contraint la BCE à l’attentisme
La Banque centrale européenne s’oriente vers une position analogue jeudi en prévoyant de laisser son taux de dépôt inchangé à 2,50 %. En zone euro, la hausse globale des prix a atteint 3,8 % sur un an en septembre sous l’effet du choc sur l’énergie, alors que l’inflation sous-jacente (hors produits alimentaires et énergie) reste mesurée à 2,5 %. Sur le marché obligataire, la prime de risque exigée sur la dette souveraine française s’est accrue, avec un écart de rendement à dix ans entre l’obligation assimilable du Trésor et le Bund allemand avoisinant 175 points de base.
Un relèvement immédiat des taux directeurs à Francfort risquerait de détériorer les conditions de financement des États membres les plus endettés sans agir directement sur les causes externes de la hausse des prix pétroliers. Faute de contagion généralisée de l’inflation aux salaires en Europe, le conseil des gouverneurs dirigé par Christine Lagarde privilégie l’observation des effets des précédentes hausses sur la distribution du crédit bancaire.
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- La Tribune28 oct., 10:43
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