Agriculture: le «plan de relance» doit être l'occasion de reconfigurer les filières, plaide un groupe de réflexion
Le «plan de relance agricole» du gouvernement doit privilégier la reconfiguration des filières pour «bâtir des systèmes moins vulnérables aux aléas climatiques et géopolitiques», au-delà de l'adaptation des bâtiments d'élevage et du stockage de l'eau, plaide vendredi un groupe de réflexion. Face à la sécheresse et aux canicules à répétition, le gouvernement français a débloqué plus d'un milliard d'euros pour «l'urgence» et promis une deuxième enveloppe de 500 à 700 millions d'euros pour «la relance» de l'agriculture en 2027, et notamment son adaptation aux changements climatiques. Si le contenu de cette enveloppe est encore flou, l'adaptation des bâtiments d'élevage, le stockage de l'eau ainsi que le financement de «projets d'avenir» et de prêts à taux zéro font partie des pistes évoquées.
Mais leur mise en oeuvre dépendra largement de l'adoption du budget, en cours d'examen au Parlement, rappellent Lucile Rogissart et Maria Siefert, de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE), dans un éditorial qui accompagne une étude sur les soutiens publics aux investissements agricoles et alimentaires. Cette étude, publiée vendredi et écrite avec la chercheuse Olia Tayeb Cherif, montre qu'entre 2022 et 2024, les secteurs agricoles et alimentaires ont bénéficié d'environ 2 milliards d'euros par an de soutiens publics (européens, nationaux ou locaux) pour leurs investissements physiques hors foncier (bâtiments, matériels, plantations... ).
» LIRE AUSSI - Mesures d'urgence pour les agriculteurs: «plusieurs millions d'euros» déjà versés Des objectifs pas toujours remplis Cette période fut «une parenthèse de soutien élevé à l'investissement (avec les plans France Relance et France 2030 post-Covid, NDLR), a priori appelée à se refermer» avec les contraintes budgétaires, rappellent les autrices. Sur ces 2 milliards, environ 30 % (600 millions d'euros) ont été «au moins théoriquement orientés en faveur d'une transition plus résiliente et durable» (production d'énergies renouvelables, réduction ou optimisation des consommations d'énergie, d'eau et de produits phytosanitaires et d'engrais), même si, dans les faits, ces objectifs n'ont pas toujours été remplis. Seulement 10 % de ces 600 millions ont financé «des transitions structurelles» : diversification des productions végétales, accompagnement de la diminution ou de la réorganisation des cheptels d'élevage, développement de l'agriculture biologique, relocalisation des cultures pérennes dans des zones climatiques plus favorables.
Ces transitions structurelles impliquent des «reconfigurations particulièrement importantes à l'aval (silos, abattoirs, laiteries, etc. ), maillon qui ne bénéficie pourtant que de très peu de soutiens aux investissements», selon l'étude. Dans leur éditorial, les deux autrices soulignent que l'enveloppe du plan de relance pour 2027, bien que conséquente, «ne suffira pas à faire la transition complète du modèle agricole français» et appellent à «réinterroger l'ensemble des soutiens publics aux secteurs agricole et alimentaire».
