La revanche de « Flanby » : Hollande fait son trou pour la présidentielle 2027
Longtemps le président le plus impopulaire de la Ve République, François Hollande redevient la personnalité préférée de la gauche. Un frémissement qu’il cultive avec habileté, sans pour autant se relancer dans la course

Ses adversaires peuvent s’en agacer et incriminer son « côté panda politique », il n’empêche : voilà que François Hollande est redevenu populaire à gauche. Numéro 1 dans cet électorat selon un récent sondage Elabe- Les Échos. Une sacrée remontada ! Avec 46 % d’opinions positives, il devance désormais auprès de ces électeurs François Ruffin (43 %) et Raphaël Glucksmann (42 %). Délices, amours et grandes orgues, l’Ex savoure ce retour en grâce, même s’il ne lui ouvre pas la voie de la candidature. Mais l’homme d’expérience croit percevoir « un frémissement ». Au moins le radical rejet s’est-il estompé…
L’ancien président socialiste avait pourtant sombré dans les profondeurs de l’impopularité au point d’être le premier chef de l’État à se retrouver dans l’impossibilité de se représenter. Il battait tous les records d’impopularité. Jusqu’à 9 Français sur 10 rejetaient son bilan en 2016-2017. On ne voulait plus le voir ni surtout le revoir. Même son ex-conseiller, Emmanuel Macron, à qui il avait mis le pied à l’étrier, lui tournait le dos une fois élu à l’Elysée, à l’instar du PS qui l’accablait. Mais le pelé, le galeux, travaillait, obscurément d’abord, à son retour.
Le divorce démocratique s’est toujours révélé rédhibitoire
Personne pourtant n’aurait misé un fifrelin sur sa possibilité de revenir en grâce populaire. Ca ne veut évidemment pas dire qu’il puisse redevenir Président. L’on peut d’ailleurs avoir encore de sérieux doutes : ni Valéry Giscard d’Estaing ni Nicolas Sarkozy n’y sont parvenus car les Français ne veulent pas se déjuger. Quand ils ont rompu avec leur monarque républicain, ce n’est pas pour se remettre avec lui à la colle. Jusqu’ici, le divorce démocratique s’est toujours révélé rédhibitoire. Pour autant, François Hollande, à force de ténacité et d’habileté, a réussi à remonter la cote de popularité ! En danseuse quasiment.
Il progresse en effet avec bonheur et bonhomie. Grâce à une double stratégie faite de proximité avenante et sympathique d’un côté et d’expérience présidentielle de l’autre. Chemise et visage ouvert, gravité quand il sied. C’est tout l’art de sa campagne préprésidentielle qu’il met en scène sur Instagram notamment. Travail d’artiste.
Champion du « lancer de cuillère et de louches »
On le voit avec sa femme Julie Gayet, elle-même super « charming » et rayonnante, proche, sans être envahissante. Bienveillante. Ils sortent de concert à la fête de la Musique. Ballet festivo-politique : le candidat à la candidature embrasse et serre la main de tout le monde, petits, et grands et moyens, femmes de tous âges et de toutes couleurs. C’est un champion du « lancer de cuillère et de louches » qu’il serre tous azimuts à la Chirac, ce qui ne l’empêche pas de multiplier les selfies comme Jordan Bardella, en ayant même l’air d’y prendre un plaisir contagieux.
Parallèlement, il distille des interventions sérieuses à hauteur de crises. Ainsi passe-t-il deux jours aux Rencontres économiques d’Aix avec grands économistes et patrons avant d’enchaîner pour 48 heures au moins au festival d’Avignon ou, avec Julie Gayet actrice et réalisatrice, il est comme un gardon dans l’eau. Sans oublier d’égrener ses vidéos balises sur Instagram comme celle où il célèbre le 18 juin : « l’appel du général de Gaulle montre que rien n’est fatal, rien n’est impossible, même dans la nuit la plus noire, il y a une lumière. " Tout ça avant de faire connaître son pari pour France Paraguay-1 à 0 pour les Tricolores.
Pour autant, ce retour de faveur ne se traduit pas pour l’instant en intentions de votes massives. Hollande donne rendez-vous en janvier prochain. Aujourd’hui, ll tourne entre 5 et 8 %, selon les instituts ; mais il rappelle volontiers qu’il était parti à 3 % avant d’être élu en 2012. Il est encore nettement devancé, mais pas lâché par Raphaël Glucksmann qui reste en orbite stationnaire autour des 10 % et est embourbé dans les histoires de primaire du PS. François Hollande se tient à distance de ces remugles marécageux. Il préfère intervenir en responsable de gauche « modéré », expliquant par exemple qu’il ne votera pas la censure sur le climat car « nous avons besoin d’un gouvernement, d’une stabilité ». Ainsi s’installe-t-il en pôle de référence, pôle d’attraction de la gauche modérée. Anti-radicalité suicidaire de Jean-Luc Mélenchon. Plus sérieux et plus humain. Ca ne le pose pas en candidat de conquête, mais au moins s’est-il débarrassé des sobriquets boulets qu’il traînait derrière lui : « Flanby », « Guimauve le Conquérant », " Pépère » et, le pire de tous « Fraise Flagada ».