"Les employeurs n'ont pas pris suffisamment conscience de l'ampleur du sujet": le nouveau congé de naissance de 2 mois va-t-il mettre le bazar dans l'entreprise? Les PME et l'intérim s'en inquiètent
Entré en vigueur le 1er juillet, le congé supplémentaire de naissance permet désormais aux parents de s'absenter jusqu'à deux mois en plus des congés maternité et paternité légaux pour s'occuper de leur enfant. Dans les

Bientôt la pagaille dans les entreprises? Très attendu dans l'espoir de doper la natalité du pays, le congé supplémentaire de naissance pourrait perturber le fonctionnement des entreprises. Plus attractif que le congé parental en termes d'indemnisation des jeunes parents, ce nouveau dispositif entré en application depuis le 1er juillet permet à chacun des parents de s'absenter jusqu'à deux mois en plus des congés maternité et paternité légaux.
Et ce, tout en étant indemnisé à 70% du salaire net antérieur le premier mois, puis 60% le second mois (dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité social, fixé à 4. 005 euros). Responsable data chez Singulair, une PME bordelaise spécialisée dans l'inspection de pales d'éolionnes, Adrien Brialix, tout jeune papa, s'apprête à partir deux mois pour s'occuper de son enfant.
"Je suis content, j'ai hâte de profiter de mon enfant et de ma compagne", se réjouit celui qui s'est déjà absenté un mois en avril dernier pendant son congé paternité. "Un mois, pour un père, c'est un peu léger, surtout qu'après je laisse mon enfant à ma compagne qui, elle aussi, est toute seule". Casse-tête pour les PME?
Si son patron se réjouit pour son collaborateur, il estime que ce nouveau congé de naissance peut vite virer au casse-tête pour son entreprise: "c'est vrai qu'une absence de deux mois, ça se ressent immédiatement dans une PME en croissance comme la notre", affirme Olivier Maffrand, PDG de Singulair. "Nous avons des profils très qualifiés, ingénieurs, doctorants, avoir recours à un CDD pendant un mois ou deux, ce n'est pas très réaliste. L'intérim, c'est une option, mais ça peut coûter très cher", ajoute-t-il.
Président-fondateur de l'Agence automobilière, une PME alsacienne spécialisée dans la vente et l'achat de voitures d'occasion, Christophe Winkelmuller semble bien moins préoccupé par les éventuelles perturbations organisationnelles en cas d'absence prolongée d'un collaborateur. Un mois pour se réorganiser "À la tête du réseau, on est assez nombreux, la question peut se poser dans les agences où on ne compte que deux à quatre salariés. Mais c'est surtout une question de planification, on sait bien gérer des arrêts de travail du jour au lendemain", considère-t-il.
Reste que les jeunes parents doivent prévenir leur employeur au moins un mois avant le début de leur congé supplémentaire de naissance, voire 15 jours si celui-ci suit un congé paternité. Directeur général de Morgan Philipps Management de Transition, Xavier Bezio estime ainsi que ses "clients ne sont pas assez armés et n'ont pas pris suffisamment conscience de l'ampleur du sujet". Il anticipe un recours plus accru à l'intérim, notamment pour remplacer les pères ou seconds parents.
"Absorber le travail de quelqu’un pendant 25 jours ou pendant 3 mois, ce n’est pas toujours la même chose", insiste-t-il. En effet, auparavant, les jeunes pères ne disposaient que de 28 jours d'absence au total: trois à la naissance de l'enfant puis 25 jours calendaires de congé paternité. La création de ce nouveau congé supplémentaire de naissance est donc une petite révolution, notamment pour les secteurs d'activité les plus masculins, moins habitués aux longues absences de collaborateurs, à l'inverse des métiers féminins forcément exposés à la gestion des congés maternité.
Directeur des ressources humaines du groupe Areas, un des leaders mondiaux de la restauration de concession dans l'univers du voyage, qui emploie des travailleurs officiant sous des enseignes très connues et présentes dans les gares ou stations d'autoroutes, Henry Mottet n'est, au contraire, pas du tout inquiet par le congé supplémentaire de naissance. "Comment on fait quand il s'agit de quatre femmes en congé maternité à remplacer et pas de quatre hommes? On sait faire!
", réagit-il. Et il en a l'habitude puisque les salariés présents dans les enseignes Paul, McDonald's ou encore La Croissanterie dans les gares, aéroports ou aires d'autoroutes sont plutôt jeunes et majoritairement des femmes. À l'inverse, le casse-tête peut monter dans les fonctions plus hautes de la hiérarchie.
"Dans les équipes d'encadrement, le remplacement est plus dfficile car je peux avoir un responsable d'un périmètre qui est seul à le gérer. Par exemple un directeur de site à la gare Montparanasse". Mais pas de quoi l'inquiéter plus que cela: "on est habitué à gérer des absences, même parfois sans aucun délai de prévenance, comme lorsqu'un collaborateur tombe malade du jour au lendemain", confie-t-il.