Monique Barbut reste au gouvernement : désavouée sur les pesticides, la ministre réussira-t-elle enfin à s’imposer ?
A la demande d’Emmanuel Macron, la ministre de la Transition écologique a accepté ce mercredi 22 juillet de rester au gouvernement, alors qu’elle menaçait de le quitter face à l’adoption d’une mesure sur les pesticides.

« La politique n’est pas mon monde, et si c’est cela dont il s’agit, elle ne le sera définitivement pas. » Monique Barbut ne mâchait pas ses mots, en cette matinée du 22 juillet, pour exprimer sa déception après l’adoption définitive par le Parlement d’une mesure contestée sur les pesticides. La ministre de la Transition écologique avait fait de l’opposition à cette disposition de la loi d’urgence agricole son cheval de bataille. Mais cela n’a pas suffi. Face à ce nouvel échec, elle avait donc pris une décision radicale : quitter le gouvernement.
Pourtant, Monique Barbut va bien rester membre de l’exécutif. Si elle a présenté, comme elle l’avait annoncé, sa démission à Emmanuel Macron dans la matinée, le chef de l’Etat l’a refusée. « A la demande » du président de la République, qui « l’a assurée de son soutien », elle a finalement décidé de « poursuivre sa mission », a annoncé son cabinet à l’AFP.
Sortir de l’ombre, le prochain défi de la ministre
Si son cabinet assure que sa décision de rester au gouvernement est un choix de « confiance », il s’agit néanmoins d’un véritable coup de théâtre. Son départ était en effet largement attendu depuis l’adoption définitive, la veille, de la loi d’urgence agricole. Car le texte contient la réintroduction, à titre dérogatoire, de l’acétamipride et du flupyradifurone – autorisés dans l’UE mais interdits en France – pour une poignée de filières en difficulté, dont celles des noisettes et de la betterave. « Contrairement aux engagements qui m’avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure, pourtant souhaitée également par les députés », dénonçait ainsi Monique Barbut dans un long message publié sur LinkedIn ce mercredi matin, où elle estimait que ce « revirement » représentait « le recul environnemental de trop ».
Cet épisode de la démission ratée pourrait ne pas faire les affaires de la ministre, qui peinait déjà à s’imposer dans le paysage politique, alors que beaucoup de Français n’ont découvert son nom qu’à l’occasion de cette actualité. Femme de dossiers, Monique Barbut est en effet largement restée dans l’ombre depuis son arrivée au gouvernement il y a neuf mois, menant ses combats en coulisses plutôt que sur la place publique.
Ce qui ne l’empêchait pas ce mercredi matin de se satisfaire d’avoir « contribué à plusieurs avancées importantes », notamment le « renforcement du budget » de son ministère de la Transition écologique, avec « un fonds vert conforté à un milliard d’euros » dans le projet de loi de finances pour 2027. Ce rehaussement devra toutefois être adopté par le Parlement lors des discussions budgétaires de fin d’année, ce qui est loin d’être une certitude. Mais elle sera en tout cas présente pour tenter de peser dans les négociations.
Des arbitrages obtenus au prix de plusieurs bras de fer et de menaces de démission
Le sujet des crédits alloués à son ministère l’avait d’ailleurs déjà poussée à menacer de quitter l’équipe gouvernementale, lors de la construction du budget 2026. Si sa mobilisation ne lui avait pas permis d’éviter de nouvelles coupes – le fonds vert a été réduit à 837 millions pour 2026 –, elle avait toutefois choisi de rester dans l’exécutif, estimant avoir obtenu le maintien d’un niveau de financement suffisant. Dans ses projets initiaux, le gouvernement souhaitait en effet rabaisser ce fonds à 650 millions d’euros.
Autre avancée mise en avant par Monique Barbut dans son message sur LinkedIn, « l’interdiction de nouveaux projets d’exploitation d’hydrocarbures ». Là aussi, la ministre avait mis sa démission en jeu pour peser dans la balance. Elle s’opposait alors à la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, qui soutenait en janvier dernier une proposition de loi visant à réintroduire des projets de recherche d’hydrocarbures dans certains territoires ultramarins. Une mobilisation payante, puisque Monique Barbut avait fini par remporter l’arbitrage gouvernemental.
Le 15 juillet dernier, la ministre a par ailleurs présenté la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3) du gouvernement. Ce plan, révisé tous les cinq ans, fixe pour objectif que la France n’ait plus recours au charbon à horizon 2030, au pétrole d’ici à 2045 et au gaz fossile en 2050. Et ce mardi, alors que la presse se focalisait sur sa démission, elle a annoncé une série de mesures pour améliorer le financement et l’adaptation des massifs forestiers face au changement climatique et les canicules qui en résultent.
Acculée par les incendies, Monique Barbut fait de nouvelles promesses pour protéger les forêts
Avant d’arriver au gouvernement, Monique Barbut a été présidente de l’ONG environnementale WWF France entre 2021 et 2023, après avoir occupé le poste de secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies (ONU) sur la lutte contre la désertification, entre 2013 et 2019. Avant cela, de 2006 à 2012, elle a été présidente et directrice générale du Fonds pour l’environnement mondial, puis en 2019, émissaire d’Emmanuel Macron pour la biodiversité dans le cadre du One Planet Summit.
Mais depuis son arrivée sur le devant de la scène politique, elle se retrouve isolée, sans relais au Parlement ni même au sein du gouvernement. De plus, ses rares prises de parole publiques ont été ponctuées de maladresses, ce qui ne facilite pas sa situation.
Fin juin, elle avait ainsi présenté un des scénarios de Météo-France sur la prochaine canicule comme un fait. C’est un « scénario » parmi d’autres, l’avait alors corrigée la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, invitant à être « extrêmement prudent lorsqu’on parle de prévisions météorologiques ». Deux jours plus tard, alors que la chaleur s’abattait sur la France, elle s’était dite « horrifiée » face aux personnes qui appelaient à « mettre la clim' partout », provoquant une nouvelle polémique. Eviter de nouvelles controverses sera donc un élément clé si elle veut réussir à imprimer sa marque auprès des Français.
Canicule : le coup de chaud du gouvernement
Des relations compliquées avec son ministre délégué
Autre défi pour la ministre de la Transition écologique : réchauffer des relations décrites comme « délicates » avec son ministre délégué, Mathieu Lefèvre. Par le passé, ce dernier s’est désolidarisé de Monique Barbut en défendant publiquement « le sérieux budgétaire » alors qu’elle bataillait pour plus de crédits. Mathieu Lefèvre s’est également opposé à l’avis de sa ministre sur la gestion des forêts, en prônant un « moratoire sur les normes imposées à la filière bois ».
Son action a « souvent malheureusement été contrée par l’exécutif », mais elle a aussi « beaucoup aidé » à faire avancer discrètement d’autres dossiers, comme celui de la protection des espèces, explique à l’AFP Cédric Marteau, directeur du pôle Protection de la Nature au sein de la Ligue pour la protection des oiseaux. Elle a ainsi « tenu bon » sur le renforcement de la protection du lagopède alpin et du grand tétras, salue le responsable associatif.
Les revirements de l’exécutif sur l’écologie
Aujourd’hui, la crise au sein de son ministère illustre plus largement l’évolution idéologique de l’exécutif depuis le premier mandat d’Emmanuel Macron. A l’époque, le président de la République promettait de sortir le pays du puissant herbicide glyphosate et d’atteindre 50 % de produits biologiques ou locaux dans la restauration collective d’ici à 2022. Des objectifs qui n’ont pas été atteints.
Depuis, les crises mondiales successives, de la pandémie de Covid-19 en 2020 à la guerre en Ukraine, ont rebattu les cartes. La notion de « souveraineté agricole et alimentaire » s’est imposée dans le débat, légitimant une politique privilégiant les volumes de production, quitte à assouplir certains garde-fous environnementaux.
En assurant le maintien de Monique Barbut au gouvernement, Emmanuel Macron est en tout cas parvenu à éviter, au moins pour un temps, qu’un deuxième ministre de la Transition écologique ne claque la porte sous sa présidence. En 2018, moins d’un an après son arrivée au pouvoir, Nicolas Hulot annonçait en direct sur France Inter son départ du gouvernement, estimant qu’il n’était pas à la hauteur de l’urgence climatique. C’est au nom de la même « urgence » que Monique Barbut a choisi d’y rester. Reste à savoir si son pari sera payant.