Un texte dénaturé, une seule voix pour, des députés las : l’Assemblée rejette le budget de la Sécurité Sociale en première lecture
L’Assemblée nationale a rejeté à la quasi-unanimité le projet de budget de la Sécurité sociale ce vendredi en première lecture, après l’avoir détricoté tout au long de la semaine. Le Sénat reprendra son étude sur la…
115 voix contre et une seule voix pour, si bien que l’annonce de cette dernière a provoqué un éclat de rire à l’Assemblée nationale. Il faut dire que le texte du budget de la Sécurité Sociale 2027 a été complètement dénaturé à l’issue de cette semaine de première lecture en séance publique. Le texte initial du gouvernement prévoyait des économies massives pour diviser quasiment par deux le déficit de la « Sécu », de 21,8 à 12,7 milliards d’euros en coupant dans les dépenses de santé
De son côté, la version progressivement modifiée cette semaine par les votes des députés aurait dégradé le déficit à 24 milliards d’euros. Une à une, les mesures d’économies du texte gouvernemental ont été détricotées depuis mardi. La nouvelle taxe sur les produits transformés sucrés, qui devait rapporter 300 millions ? Retoquée. La réduction des exonérations de cotisations accordées aux entreprises, pour économiser 3,7 milliards d’euros ? Annulée. La reconduction d’une surtaxe sur les mutuelles, pour 1,1 milliard ? Refusée également.
Pire pour le gouvernement, plusieurs amendements des oppositions ajoutant des dépenses ont été adoptés. Celui des Écologistes visant à permettre aux salariés ayant cotisé pendant 42 ans de cesser de travailler dès 62 ans aurait coûté 1,2 milliard d’euros à la Sécurité sociale, d’après le ministre des Comptes publics, David Amiel. Un autre du Rassemblement national, pour supprimer la contribution sociale de solidarité des sociétés (dite « C3S »), représentait même une perte de 5,5 milliards, toujours d’après lui.
« C’est comme lancer une pièce de bœuf au milieu d’une cage aux lions » : ces milliards d’euros d’économies du budget 2027 déjà rejetés par les députés
« C’est très grave, s’est lamenté David Amiel. On ne peut pas vivre dans une réalité virtuelle. On ne peut pas avoir d’un côté des taux d’intérêt qui flambent et ici, s’enfermer dans une quatrième dimension où les milliards pleuvent à flots. » Mais la responsabilité de ce détricotage revient en partie à l’absence de nombreux députés du bloc central pour défendre le texte dans l’Hémicycle, toute la semaine.
« Depuis le début de la semaine, tous vos rangs sont vides. Personne ne vous suit. Vos députés, vos soldats, ils ont déserté », les a nargués Christophe Bentz depuis les bancs du RN. « Nous avons des recettes à proposer, mais vous avez tout refusé », a déploré de son côté la socialiste Sandrine Runel, soulignant que son groupe avait déposé des amendements par exemple pour mettre davantage à contribution le capital.
Tous ces débats n’ont porté que sur le volet « recettes » de la Sécu, le seul étudié par l’Assemblée nationale, puisque son rejet provoque automatiquement le renvoi du projet global au Sénat, sans que les députés ne planchent sur le volet « dépenses ». Ce dernier inclut pourtant l’une des mesures d’économie phare du texte : une moindre revalorisation des pensions par rapport à l’inflation pour deux tiers des retraités, dénoncée par de nombreux groupes à droite comme à gauche.
