Il est désormais courtisé par le luxe ou l'aéro: en voulant fabriquer sa propre planche de surf, cet ingénieur a inventé un matériau à base de carton pour remplacer le plastique
Un ingénieur français a mis au point un matériau "aussi résistant que le bois et que l'aluminium" et sans plastique, donc indépendant des fluctuations des prix des énergies fossiles.

Du carton recyclé pour remplacer le plastique. L'idée n'est pas nouvelle mais un ingénieur l'a poussée plus loin, en mettant au point un matériau aux propriétés similaires voire supérieures, capable de répondre aux besoins d'industries allant du bagage à l'aéronautique. L'aventure débute durant la crise Covid.
François Jaubert, ingénieur dans les chantiers navals, veut se fabriquer une planche de surf, mais les matériaux ne sont pas disponibles, pandémie oblige. En face de chez lui se trouve une pile de cartons qui attend de partir à la benne. Il décide d'en faire le matériau de base de sa planche.
"J'ai fait avec ce que j'avais", explique François Jaubert dans un entretien avec l'AFP. Il assemble le carton, le met en forme à l'aide de résines biosourcées, c'est-à-dire non issues du pétrole, et la formule fonctionne. Après avoir testé sa planche sur l'eau, il gagne un concours d'innovation organisé par une grande marque de surf aux États-Unis.
Depuis il a reçu d'autres prix et été lauréat de l'exposition du "Fabriqué en France" en 2024 à l'Elysée pour les Pyrénées-Atlantiques. "Aussi résistant que le bois et que l'aluminium" François Jaubert, 43 ans, aux allures d'inventeur doué avec ses lunettes rondes et sa barbiche, décide ensuite de fabriquer un skate-board. La planche est solide, ultralégère.
Il la commercialise et le succès est au rendez-vous. Il crée alors sa start-up, peaufine ses formules, améliore la qualité et les propriétés de son matériau, qu'il baptise Aerboard. Le champ d'application potentiel est immense, de l'ameublement aux bagages en passant par les aménagements de cabine d'avion, l'automobile et les panneaux routiers et même...
le spatial. "J'ai travaillé ce matériau en suivant les mêmes process que dans le naval", précise celui qui est également architecte naval, sorti major de l'ENSTA Bretagne, grande école d'ingénieurs. "J'ai mis au point un matériau qui est aussi résistant que le bois, que l'aluminium.
C'est un composite bas carbone, à base de carton recyclé, qui a des performances égales au Nomex", un matériau haute performance développé par l'entreprise américaine DuPont. "On a aussi mis au point le processus industriel pour le fabriquer, développé des machines pour l'industrialiser, etc. Il n'y a pas de ponçage ni de temps d'usinage.
Les pièces sortent directement formées de nos moules", détaille-t-il. Aéronautique, luxe, sport Francois Jaubert se tourne alors vers des industriels. "On a été challengé par des grands groupes d'aéronautique, des boutiques du luxe et du sport", y compris du CAC 40, assure-t-il.
"Est-ce qu'on peut le faire déformable? Est-ce qu'on peut faire de grosses séries? ", raconte l'ingénieur, dont l'usine se trouve à Bayonne, au Pays basque.
"A l'heure actuelle, on a un matériau thermoformable, hyper résistant, aux propriétés de ceux utilisés dans l'aéro ou dans le naval, élastique et flexible" et qui "répond aux cahiers des charges", souligne-t-il. "Son matériau possède des propriétés physiques intéressantes" pour notre secteur, confirme à l'AFP un responsable d'un grand groupe industriel sous couvert d'anonymat pour des raisons de confidentialité. "Demain, il pourrait se substituer à d'autres matériaux aux caractéristiques physiques moins intéressantes", estime-t-il.
François Jaubert va également participer à un projet expérimental du Centre national d'études spatiales (CNES) pour prototyper des ailerons de fusée. Alors que la guerre au Moyen-Orient a montré la vulnérabilité du monde à l'égard des produits fossiles, dont est issu le plastique, l'ingénieur juge que son matériau pourrait réduire cette dépendance, à des coûts maîtrisés. "Ce n'est pas du plastique, c'est du thermoflexible", explique-t-il.
"Il n'y a aucune pétrochimie dans ce qu'on développe, aucun matériau importé d'Asie ou même des États-Unis", relève-t-il. "C'est une matière première 100% française. Du coup, les prix sont stables parce que ça reste un produit local.
" La start-up Aerboard est soutenue par l'Ademe, Bpifrance et la Communauté d'agglomération du Pays basque. Elle a développé une ligne de production pilote. L'enjeu est à présent de trouver des fonds afin de passer à l'échelle industrielle.