« Nous avons l’un pour l’autre une immense amitié, une immense confiance » : Bardella-Le Pen, l’opération « papouilles »
À quelques jours du verdict qui décidera de sa candidature, Marine Le Pen orchestre avec Jordan Bardella une démonstration de fidélité réciproque. Une union de façade que la mécanique implacable du pouvoir suprême rend i

La fidélité existe-t-elle en politique ? Il faudra conserver soigneusement les proclamations solennelles de loyauté réciproques récemment interprétées de concert par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Une sorte de serment quasi impossible à tenir, à quelques jours du verdict de la cour d’appel qui décidera de la candidature à l’Elysée de l’une ou de l’autre. Ce contexte si particulier explique cette parade d’union si démonstrative, cette effusion de guimauve sentimental
Il fallait rassurer les électeurs, les militants, et même les cadres du parti, car le poison du doute s’est insinué : l’entente tiendra-t-elle la promesse des fleurs alors qu’il n’y aura qu’une place pour deux. Le trône n’est pas un tandem. Et déjà, ces dernières semaines, les désaccords ont bruissé, puis grondé.
Bardella plus libéral que « la patronne »
Sur la réforme des retraites, sur le rassemblement des droites, sur les gages à donner ou pas au patronat, Jordan Bardella s’est affiché nettement plus libéral que « la patronne » résolument social étatiste. Ces discordances ont inquiété puis angoissé, non seulement les militants, mais les proches de l’une et de l’autre. Et cela, alors même qu’ils doivent affronter un sacré défi : L’Eysée en effet se prend en solitaire. Au niveau suprême, le pouvoir, sa conquête puis son exercice, ne se partage pas. Le seul exemple d’une campagne à deux ? L’élection présidentielle de 1969 avec le tandem Gaston Defferre Pierre Mendès France. Résultat piteux : le ticket ne récoltait que 5,01 % des voix. L’élection présidentielle c’est un homme — ou une femme — face au peuple. Pas deux.
Pourtant Marine et Jordan, Jordan et Marine, tous deux ont violoné une partition commune quasi sentimentale. C’était même touchant ce duo car Marine Le Pen n’hésite pas à dire justement « la politique est une histoire d’amour ». Réplique immédiate de Jordan Bardella : « je me suis engagé pour elle et je souhaite la voir élue dans quelques mois… » Et Marine le Pen de reprendre : « Nous avons l’un pour l’autre une immense amitié, une immense confiance. Il n’a jamais trahi cette confiance » Des mignardises ratifiées par la signature de leurs sourires, en voulez-vous en voilà.
Mais les hommes politiques sont des hommes aussi, et les femmes également ! Les entourages aussi, toujours prêts à se déchirer. Imaginons un instant l’instable et périlleuse situation, pour elle comme pour lui ! Et d’abord pour Marine Le Pen forte de ses trois candidatures au compteur, et autant de défaites. Ça fait plus de vingt ans qu’elle subit la préparation intensive des super compétiteurs. Elle améliore son score à chaque épreuve.
Son enfance et sa vie de famille furent pour partie volées par et pour la politique. Alors qu’elle touche au Graal, comment pourrait-elle laisser sans tourment intérieur sa place à son second qu’elle a formé, d’accord, mais dont elle dit elle-même qu’il est prêt pour devenir… Premier ministre. Pour elle, ce ne peut être que la fonction suprême. Sa hiérarchie est implacable, et si elle ne pouvait se représenter, le renversement hiérarchique ne serait en grande partie que de façade. Or le candidat Bardella ne pourrait de son côté tolérer d’être tant soit peu chaperonné.
Une démarche d’abdication « sacrificielle »
Marine Le Pen peut bien répéter qu’ils sont « complémentaires », cette complémentarité ne tiendra pas l’épreuve du feu, même si beaucoup la prétendront « admirable » car la démarche d’abdication de Marine Le Pen serait « sacrificielle ». On comprend alors que l’un et l’autre éprouvent le besoin d’en rajouter pour mieux convaincre les Français et se convaincre. Jordan Bardella au violon : « Je vous renouvelle amitié et fidélité. Nous allons faire campagne pendant 5 ans et même 10 ans » Et Marine Le Pen à l’accordéon : « Si la justice m’interdit de me présenter je soutiendrai tous les jours ta candidature ! » S’ils laissaient filtrer leurs états d’âme, ce serait aussitôt retenu à charge. Les militants RN, qui eux aussi détestent les séparations, veulent de cette belle histoire politique pour… enfants. Ils aimeraient y croire tout en sachant que ce sera difficile, et chaque jour davantage. Ce qui veut dire que c’est en réalité impossible. On songe alors à Jean-Jacques Rousseau qui, sur la fidélité, écrivait « qu’elle était la paresse du désir ». Disons-le tout net : on connaît peu de paresseux en politique.