La Vie parisienne au Théâtre du Châtelet : un entrain communicatif
CHRONIQUE – Cette nouvelle version mise en scène par Valérie Lesort et chantée par les sociétaires de la Comédie-Française est tout simplement jubilatoire.

Après une incursion réussie dans l’univers de la comédie musicale en 2023 avec L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht, la troupe de la Comédie-Française réitère avec La Vie parisienne, l’opéra bouffe de Jacques Offenbach. Car ces comédiens ne se contentent pas d’immortaliser les grands textes historiques, ils savent aussi chanter ! Une gageure certes facilitée par le fait qu’en écrivant cette opérette, Jacques Offenbach, l’avait créée pour des comédiens, avec de larges plages parlées.
En coproduction avec le Théâtre du Châtelet, puissance invitante pendant que la maison de Molière se refait une beauté, cette nouvelle version de l’une des pièces les plus célèbres et les plus jouées d’Offenbach est d’une audace à toute épreuve. Au-delà du parti pris de faire chanter des acteurs, la mise en scène de Valérie Lesort nous plonge dans un univers animalier d’une grande force symbolique. Tous les personnages de cette opérette sont effectivement transformés soit en cochon (pour les hommes…), soit en poule caquetante (pour les femmes…).
Stéréotype collant parfaitement avec la mentalité des héros de cette farce sociale où les hommes ne pensent qu’à la gaudriole et les femmes à s’enrichir grâce à leurs appâts. Car Valérie Lesort a conservé fidèlement l’esprit de cette œuvre où Jacques Offenbach a voulu dépeindre le côté sombre de Paris à l’époque du Second Empire : la dépravation de la bourgeoisie, l’argent, ses dérives, et la domination de l’homme sur la femme. Mais ce, assorti d’une musique oh combien jubilatoire. « Plutôt que d’édulcorer le propos, j’ai décidé de l’exagérer », indique d’ailleurs la metteuse en scène.
L’effet est tout à fait réussi, l’exagération des effets scéniques s’adaptant parfaitement avec l’exubérance musicale. Les comédiens de la maison de Molière s’en donnent à cœur joie. Et plus particulièrement l’irrésistible Christian Hecq qui, sous les habits du baron de Gondremark, touriste suédois venu goûter aux plaisirs de la vie parisienne et de ses « petites femmes », se fait pigeonner par quelques malandrins (dont Benjamin Lavernhe, lui aussi parfait dans ce rôle de fricoteur).
Les situations sont burlesques à souhait et permettent à la musique de trouver toute sa place. Et quelle musique ! Tous les grands airs sont connus et font partie de notre inconscient collectif. Raison qui a poussé la directrice musicale, Alexandra Cravero, à adapter la partition à la tessiture des chanteurs comédiens de manière à trouver un subtil équilibre entre le « chanté » et le « parlé ».
Il y a ici tous les ingrédients d’une pièce de boulevard de Feydeau, une fable de Lafontaine, une comédie musicale de Vincente Minnelli. L’esprit est réjoui et les oreilles ravies. Que demander de plus ?