Croissance à 0,5 %, inflation à plus de 2 %, hausse du chômage… Les Français (aussi) paient l’addition de la guerre au Moyen-Orient
La Banque de France et l’Insee ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2026 en prenant en compte l’impact de la guerre au Moyen-Orient. Avec un regain d’inflation, la France est frappée par un choc stagf

Ce n’est pas une mais deux mauvaises nouvelles pour l’économie française qui ont été annoncées ces dernières 24 heures. Hier soir, la Banque de France révisait sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5 % contre 0,9 % au mois de mars. Et ce mercredi, l’Insee a suivi la même tendance. L’Institut national de la statistique et des études économiques de statistiques table sur une progression du produit intérieur brut de 0,7 % cette année alors qu’il prévoyait encore 0,9 % en mars.
Ces ajustements à la baisse s’expliquent d’abord par la sérieuse contre-performance du premier trimestre. En effet, le PIB s’est replié de 0,1 % lors des trois premiers mois de l’année. La raison ? Une consommation des ménages – habituel moteur de la croissance – en berne ainsi qu’un net repli du commerce extérieur (-3,5 % des exportations), explique la Banque de France.
Le second trimestre devrait être toutefois meilleur, espèrent à l’unisson les conjoncturistes : l’Insee anticipe 0,3 % de croissance et la Banque de France une modeste stagnation (+ 0 %), même si elle n’exclut pas un meilleur score. Les deux institutions s’accordent aussi à dire que, sur l’année, le regain proviendra du commerce extérieur : il devrait contribuer à hauteur de 40 % à la hausse du PIB, avance l’institution monétaire, et les exportations progresseraient de 1,9 % par rapport à l’an passé selon l’institut des statistiques.
« La France est frappée par un choc inflationniste »
Autre signe que la guerre au Moyen-Orient frappe de plein fouet le pays, la Banque de France anticipe une inflation de 2,5 % pour cette année et l’Insee de 2,7 %, mettant en cause l’explosion du coût de l’énergie. « Le blocage du détroit d’Ormuz a entraîné un assèchement du marché du pétrole et une envolée des cours, avec un pic au-delà de 110 dollars atteint fin avril, même si le protocole d’accord du 14 juin a toutefois provoqué une détente du prix du pétrole qui s’établit autour de 85 dollars, contre 60 dollars environ fin 2025 », notent les statisticiens.
L’Etat doit arrêter de miser sur les seules hausses d’impôts pour réduire le déficit, alerte la Cour des comptes
« La France est entrée dans un choc stagflationniste, renchérit Xavier Debrun, chef économiste à la Banque de France. Nous assistons à une propagation de la hausse des prix dans d’autres secteurs, dont les services aériens, certains pans de l’industrie et de l’agroalimentaire ». Ces « effets de second tour », comme les appellent les économistes, pourraient aussi se répandre aux salaires. Conformément à la loi, le smic a déjà été relevé de 2,41 % pour supporter l’inflation au 1er juin. Et le reste des salaires, notamment des minimums de branches, pourraient être dépassés par ce nouveau salaire minimum et faire l’objet de revalorisations.
« La France n’a plus de marge budgétaire pour financer des aides générales sur les carburants » : l’alerte de François Villeroy de Galhau
Faute de dynamisme économique, « les embauches pâtiraient nettement de l’atonie des secteurs tournés vers la demande intérieure et l’industrie n’a pas besoin de main-d’œuvre supplémentaire », prophétise l’Insee. Peu de chances donc de contenir la hausse du chômage qui n’a cessé de progresser ces derniers mois. Au contraire. L’Insee estime que son taux poussera jusqu’à 8,4 % à la fin de l’année contre 7,9 % douze mois auparavant tandis que la Banque de France pense qu’il atteindra les 8,1 % en 2026 et 2027.
Le déficit public pourrait atteindre 5,2 % du PIB
Au final, « les ménages accusent le coup » ainsi que le résume le titre de la note de l’Insee. Pour les aider à passer le cap, le gouvernement a pourtant débloqué une salve d’aides d’un coût total de 1,2 milliard d’euros. Mais celles-ci sont ciblées sur les travailleurs et resteront temporaires, faute de marges de manœuvre budgétaires. Ainsi, les statisticiens anticipent une perte de pouvoir d’achat de la population de 0,3 % cette année.
Vu la situation, l’objectif de réduction du déficit à 5 % du PIB en 2026 (contre 5,1 % en 2025) paraît plus incertain que jamais. La Banque de France parie même qu’il progressera de 0,1 point cette année pour s’établir à 5,2 % du PIB si aucune mesure d’économies supplémentaires n’est prise, alors que 4 milliards d’euros ont déjà été gelés sur le budget de l’Etat pour faire face au coût de la guerre – chiffré à 6 milliards d’euros en avril. A ce titre, le gouvernement réunira ces prochains jours un nouveau comité d’alerte sur les finances publiques lors duquel il devrait réévaluer son coût et peut-être annoncer un nouveau serrage de ceinture.