"La Chine ne souhaite pas en arriver là, mais elle n'en a pas peur non plus": Bruxelles et Pékin se donnent trois mois pour éviter une guerre commerciale
L’Union européenne et la Chine ont convenu de négocier jusqu'au mois d'octobre pour tenter de désarmorcer de profondes tensions, tournant notamment autour du colossal déficit commercial enregistré par les Vingt-Sept.

L'Union européenne et la Chine se sont donné trois mois pour éviter une guerre commerciale. À Bruxelles, les deux parties ont consenti lundi 29 juin à négocier, au moins jusqu'en octobre, pour tenter de régler des tensions profondes. "Tout ne sera pas résolu, tout ne sera pas corrigé, mais nous pensons que d’ici octobre, nos équipes ont suffisamment de temps pour obtenir des résultats concrets", a réagi le commissaire européen au commerce, Maroš Šefčovič, après sa réunion avec le ministre chinois Wang Wentao.
L'UE assure ne plus vouloir supporter le déficit commercial colossal de 360 milliards d'euros enregistré avec Pékin, qu'elle accuse de fausser la concurrence avec des subventions et une monnaie sous-évaluée. Le Vieux Continent craint de voir son industrie, déjà fragile, être balayée par sa concurrente chinoise, dans ce que certains économistes ont qualifié de "deuxième choc chinois", vingt ans après une première vague ayant particulièrement frappé les États-Unis, où elle a provoqué une désindustrialisation particulièrement douloureuse. Ce déficit commercial n'est toutefois pas nouveau.
En fait, l'Union européenne achète plus de biens à la Chine qu'elle n'en vend depuis le début des années 2000. L'écart s'est toutefois creusé ces dernières années jusqu'à atteindre plus d'un milliard d'euros par jour. Il est devenu particulièrement préoccupant pour les dirigeants économiques lorsque les industriels chinois ont commencé à fabriquer des produits haut de gamme, dans des secteurs autrefois dominés par les Européens, comme l'automobile.
La Chine conteste Face à cette situation jugée "insoutenable", "le statu quo n'est pas une option", a martelé Maroš Šefčovič, assurant que l'Europe devait "défendre sa base industrielle et se battre pour des règles du jeu équitables au niveau mondial". Les rumeurs d'une suppression massive d'emplois chez Volkswagen -100. 000 emplois possiblement concernés d'ici 2030- ont rendu le sujet encore plus explosif ces derniers jours.
Mais les discussions s'annoncent compliquées. La Chine conteste en partie le tableau dressé par Bruxelles et refuse d'endosser la responsabilité des difficultés économiques rencontrées en Europe. "Les causes profondes des problèmes auxquels l'UE est confrontée ne se trouvent pas en Chine", a répondu la diplomatie chinoise mardi.
La semaine dernière, le Premier ministre Li Qiang avait lui aussi nié l'existence d'un "choc chinois" et juré que la Chine n'était "pas encore assez riche" pour subventionner massivement ses industries. En outre, via un compte affilié la CCTV, le média public chinois, Pékin a prévenu ce week-end qu'elle était prête à un conflit commercial. "Si l'UE persiste à traiter les négociations comme une simple formalité, la Chine est capable de faire face à une nouvelle détérioration des relations commerciales UE-Chine, voire à un gel.
La Chine ne souhaite pas en arriver là, mais elle n'en a pas peur non plus", affirmait ce compte. "L'UE devient une entité qui enfreint les règles, et les fondements de son 'pouvoir normatif' sont ébranlés", ajoutait-il, en considérant que "l'influence de l'UE est largement surestimée". Rééquilibrage des modèles économiques Au fond, la solution la plus souvent avancée par les économistes occidentaux serait que la Chine consente à rééquilibrer son modèle économique, en l'orientant moins vers les exportations et davantage vers la consommation, comme c'est le cas dans les pays occidentaux (en France, la consommation des ménages représente plus de la moitié des richesses produites chaque année, contre seulement 40% en Chine).
Concrètement, cela supposerait notamment de muscler le système de protection sociale chinois. Actuellement, ce dernier est peu développé, ce qui incite la grande majorité des ménages à beaucoup épargner, et donc à moins consommer. Cette caractéristique de l'économie chinoise est parfaitement identifiée par Pékin, qui promet depuis des années d'y remédier, sans véritablement le faire.
De son côté, la majorité des dirigeants européens constatent que l'Union européenne investit trop peu. "La manière dont l'économie mondiale se développe depuis maintenant une bonne dizaine d'années est clairement insoutenable, avec trois grandes zones qui ont chacune leurs défis: la Chine qui ne consomme pas assez, les États-Unis qui, j'allais dire, consomment trop et l'Europe qui n'investit pas assez", considérait Roland Lescure, le ministre français de l'Économie, avant le G7 à Évian. C'est à ce problème qu'entendait s'attaquer Mario Draghi dans un rapport rendu à la fin de l'année 2024, en suggérant d'investir 800 milliards d'euros supplémentaires par an et en dressant un bilan critique des politiques économiques menées en Europe, et notamment en Allemagne, ces vingt dernières années.
À ce stade, seulement un tiers de ses recommandations ont été transposées.