Le Parlement adopte définitivement le projet de loi d’urgence agricole, la ministre de la Transition écologique devrait démissionner
Malgré de vives tensions au sein de la majorité, le Sénat a définitivement adopté ce mardi le projet de loi d'urgence agricole. Un texte très contesté qui réintroduit deux pesticides interdits pour soutenir les filières

Une "œuvre utile pour l'agriculture française" ou "un passage en force du gouvernement" ? Après plusieurs jours de débats houleux, le Sénat a voté l’adoption du projet de loi d'urgence agricole ce mardi 21 juillet. Il n’y a en réalité pas eu de suspense puisque le groupe Union centriste, majoritaire au Sénat, s’était exprimé en faveur du texte après un passage en commission mixte paritaire.
Pourtant, la loi qui a été adoptée hier à l'Assemblée nationale a suscité une levée de boucliers, jusque dans le camp présidentiel, ces derniers jours. La ministre de la Transition écologique Monique Barbut, personnellement opposée à la réintroduction de l'acétamipride, devrait annoncer sa démission lors du Conseil des ministres tenu demain, ont appris de son entourage l'AFP et BFMTV. Car le projet balaie de nombreux sujets tels que la souveraineté alimentaire, la gestion de l'eau ou encore l’élevage à travers près de 70 articles.
Mais une mesure en particulier cristallise les débats: la possibilité donnée à l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) de réintroduire à titre dérogatoire et sous condition deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l'Union européenne. L'acétamipride et le flupyradifurone pourraient ainsi être utilisés pour une poignée de filières en difficulté. Le sujet déchire la Macronie Les divisions avaient également éclaté au grand jour entre l'exécutif et le bloc central censé soutenir le texte, illustrées par une vive altercation dans l'hémicycle entre Annie Genevard et la députée Élisabeth Borne, ex-Première ministre macroniste, rapportée par des témoins et immortalisée dans une vidéo.
Un an après la forte mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb, qui prévoyait le retour de l'acétamipride avant une censure du Conseil constitutionnel, la résurgence de cette option sème toujours la controverse. Des députés du camp gouvernemental ont suggéré lundi à l'exécutif de la faire retirer par amendement, ce que le gouvernement a refusé. La députée Ensemble pour la République Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la Transition écologique, a dénoncé sur franceinfo "un passage en force du gouvernement", ainsi qu'un "déni de démocratie".
"Les députés sont ulcérés", dit un cadre de ce groupe parlementaire présidé par Gabriel Attal, fustigeant le "silence radio" du Premier ministre, accusé de n'avoir jamais répondu aux demandes d'explications du candidat Renaissance à l’Élysée. C'est le Sénat qui a amendé le texte afin d'y ajouter la réintroduction dérogatoire de pesticides interdits, disposition conservée par les parlementaires dans leur compromis trouvé dans une commission mixte députés-sénateurs. Les ONG vent debout, la FNSEA applaudit "Il appartiendra à l'Anses, à condition qu'il n'y ait pas d'incidence sur la santé humaine, sur l'environnement, qu'il y ait une situation d'urgence, qu'il n'y ait pas d'alternative (...
) de décider d'une dérogation pour un temps limité, pour une seule filière, pour un parcellaire agricole très mesuré", a défendu Annie Genevard. "Le Premier ministre n’assume pas. Il vient d’imposer la réintroduction de deux pesticides cancérigènes, dénoncés par les sociétés savantes, les médecins et plus de 2 millions de citoyens.
La honte", a réagi le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard sur X. La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, a dénoncé une ministre de l'Agriculture qui "met en danger la vie des Français", et appelé Annie Genevard à démissionner. Le discours rassurant de l'exécutif est aussi rejeté par de nombreuses ONG environnementales, comme Greenpeace, qui estime qu'avec ce vote, "le gouvernement et ses alliés piétinent la science, la santé, l'environnement et la volonté citoyenne".
À l'inverse, la FNSEA a salué "un tournant majeur" avec l'adoption du texte et "une prise de conscience de la situation critique que traverse aujourd’hui la Ferme France". Les filières noisette, cerises et pommes, destinataires des pesticides en question, ont estimé que l'accès à ces produits "permettra d’attendre sereinement l’arrivée des solutions alternatives". Article mis à jour le 21/07/26 à 20h02 : ajout de l'information concernant la démission de la ministre de la Transition écologique Monique Barbut.